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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 16:20

        Le tombeau des souvenirs ( suite )

             Le massacre

 

<< ..Un de ces soldats poussait devant lui un civil en bras de chemise. L’homme résistait et ne voulait pas avancer, pas d'erreur, c'étaient des boches ! J'ai mis la hausse à six cents mètres, j'ai pointé et sans m'occuper de rien, j'ai tiré ! J'ai tout de suite vu que j'étais juste dans le groupe parce que mes balles tapaient dans une maison en briques qui était dans la trajectoire et passaient à peu près à hauteur de ceinture. Tout le monde était couché et quelques un rampaient vers le fossé. Quand j'ai tiré avec la mitrailleuse, la vibration était telle qu’on ne s'entendait plus dans la cuisine.

Puis, ce fut le silence ! Le copain observateur du premier étage s'est mis à crier

« C'est très bien mon vieux ! Il y en a qui sont couchés et qui ne bougent plus ! »

J'ai ressenti une drôle de sensation, un sentiment de tristesse indéfinissable, ce n'est pas simple de tuer des hommes, même des ennemis ! Je suis très vite retombé dans la guerre où l'instinct de conservation joue un rôle important sur notre comportement. En tirant, j'avais donné le signal et la grande musique de l'horreur ne s'arrêta pas ! Devant moi, les cocos arrivaient par dizaines, par centaines,  en se cachant derrière les vaches ! Pauvres bêtes ! J'ai fait des  cartons sur le troupeau !

Devant la maison, il y avait la rue pavée et le canal ! Voyant que nous tenions bon, les Allemands n'insistèrent pas, ils cessèrent leur avancée mais très rapidement, ils nous bombardèrent avec leurs canons. Au début, c'était presque amusant ! On entendait les canons belges, les canons ennemis ripostaient, les obus sifflaient au-dessus de nos têtes, on avait l'impression d'être protégés par ce bruit infernal ! Ces tirs ne semblaient pas nous être destinés mais on entendit bien vite un avion allemand qui tournait au-dessus du bâtiment ! Il était là pour régler les tirs sur les pièces belges et celles-ci furent vite réduites au silence ! Puis ce fut bientôt pour nous ! Les marmites se mirent à pleuvoir ! Ils commençaient leurs tirs à notre droite, à environ deux cents mètres, et venaient de notre côté, les obus tombaient à dix mètres d'intervalle ! On écoutait, on se disait, attention, le prochain est pour nous ! Les obus tombaient sur la rue, dans le canal ou sur les maisons. Comme ils tiraient avec assez d'exactitude, on  sentit très vite que le prochain serait vraiment pour nous ! J'ai bien serré les genoux sur l'affût de la mitrailleuse, j'ai baissé la tête et tendu le dos !

Et boum ! L'obus tomba dans la rue, à quelques mètres ! J'ai bien cru que la maison nous tombait dessus, les derniers carreaux dégringolèrent sur mon casque et la mitrailleuse dans un fracas de verre cassé !.. >> ( à suivre )

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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 16:56

          Le tombeau des souvenirs ( suite )

<<...Sur la route, il n'y avait personne ! Mais dans la prairie, une quinzaine de vaches ruminaient tranquillement ! Tout était en place ! Un observateur à la fenêtre du premier étage scrutait les alentours !

De nouveau, le Lieutenant ordonna :

- Ne tirez pas sans ordre ! Il y a encore des Chasseurs Ardennais derrière vous !

A cette remarque je n'ai pu m'empêcher d'exprimer ouvertement mon inquiétude :

- Pensez-vous que c'est facile de reconnaître les uniformes ?  Même à la jumelle, je peux affirmer que c'est mission impossible ! Je préfère ne pas tirer que de risquer de toucher des copains !

J'avais toujours en tête le tir du pont maudit, les cris d'enfants et de femmes ! La colère montait en moi, cette situation m'énervait au plus haut point ! Je me suis mis à exprimer ma peur et ma colère en râlant à haute voix et en attirant l'attention des autres :

- Et nous, regardez les copains ! Dans cette cuisine, si un obus arrive sur la baraque on  se fera aplatir comme des galettes !

La grogne s'installait malgré notre application à nous poster au meilleur endroit possible. On s'affairait quand une voix forte nous surpris :

- Alors les gars ! Ça va ! Le moral est-il bon ?

C'était l'abbé Van den Stratt, un brancardier, c’était un homme jovial et compréhensif, il venait de temps en temps nous remonter le moral ! Ses petites visites étaient toujours appréciées, celle-ci arrivait à point nommé ! A peine l'abbé avait-il  quitté le bâtiment qu'un groupe de cyclistes se pointa sur la route à environ cinq cents mètres de nous ! Amis ou ennemis ? J'avais beau me crever les yeux à regarder avec les jumelles du sergent, mais impossible de reconnaître les nouveaux arrivants ! Ils approchèrent et on distingua  mieux les hommes !... >>

( à suivre )

 

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 21:21

         Le tombeau des souvenirs ( suite )

     En arrivant, l'ordre fut bref :

- Buvez votre café en vitesse et rassemblement !

 Une clameur s'éleva, une sorte de gémissement collectif :

- Encore nous ! !

- Oui, encore vous ! Mais vous serez bientôt relevés !

Tout le monde se brûlait « la gueule « en avalant le café trop chaud. 

Je dois avouer qu’avec un ami, nous avons bu une bouteille de Bordeaux qu'un sous-officier ne trouvait pas bonne !

 Adieu cochon ! Adieu le repos ! Je me mis à réciter « Perrette et le pot au lait », le sergent s’en amusa :

- Tu trouves encore le moyen de plaisanter !

- Je voudrais faire mieux sergent !

  Sans bruit, nous sommes repartis colmater une brèche ou ralentir un peu l'avance des cocos ! L'ordre fut bref :

- La première pièce, par ici, en extrême pointe, dans la prairie, en avant du canal !

 Encore dans la gueule du loup ! Terrain découvert, pas de chemins de repli abrités ! « Ça la foutait mal ! » C'était un très mauvais emplacement pour se battre mais un très bon pour se restaurer ! A côté de nous, il y avait une petite maison abandonnée avec un chien que nous avons détaché, des poules qui picoraient, du riz, une cuisinière et du charbon pour faire le feu ! Les poules furent vite tuées, plumées et cuites avec le riz ! Deux heures après notre arrivée, on cassait la croûte ! De croûte, il n'y en avait pas ! Quand on a faim, la viande et le riz, même sans pain, c'est un repas de prince ! Le chien était heureux, on ne regardait pas à lui  donner une part de notre festin ! C'est alors qu'arriva un civil ! On se demandait quelle folie guidait cet homme qui venait au plus épais du danger ! C'était le propriétaire qui venait lâcher son chien ! Il avait quitté sa maison rapidement et dans la précipitation, il avait oublié la pauvre bête !

Je ne pus m'empêcher de lui parler :

- Monsieur, on a lâché votre chien, mais nous mangeons vos poules,  excusez-nous !

Le brave homme me fixa, l'air presque étonné et balbutia :

- Ce n'est rien ! C'est bien ! Bon courage les gars et au revoir !

L'homme repartit, je crois que le chien est parti avec lui !

Un nouvel ordre arriva :

- Sortez de batterie et revenez derrière le canal !

Quel soulagement ! En deux temps, trois mouvements on était revenu derrière le canal !

- Par ici la première compagnie, au boulot, remplissez des sacs de sable, on fait une barbette avec des sacs de sable !

Le Sergent  me dit :

- Quand tu seras bien installé pour tirer à genoux, mets la pièce en batterie !

Je me suis tourné vers les copains et en essayant de plaisanter,  je leur dis :

- Remplissez beaucoup de sacs de sable les gars, plus il y en aura, mieux ce sera ! Je n'ai pas envie de sauter !

Vers quatre heures du matin, on nous cria :

- Attention ! Attention !

On ne voyait rien, pas un chat ! C'est alors qu'une terrible explosion fit trembler tout le voisinage ! Il pleuvait des tuiles et des pierres, c'était le dernier pont qui se trouvait à 150 mètres qui venait de sauter !

 Je m'écriai :

- C'est le signal, les copains ! Ils vont arriver !

Le sergent me saoulait de questions :

- Alors , es-tu bien installé? Le créneau est-il assez large ? As-tu une bonne visibilité ?

 - Oui, sergent !

J'étais relativement bien installé quand un nouvel ordre arriva !

- Sortez de batterie ! Suivez-moi !

- On déménage encore m'écriais-je ! C'est lassant ! J'espère qu'on va finir par trouver le bon endroit !

On crapahuta de nouveau avec tout le matériel ! Pour rentrer dans une maison, il a fallu franchir quatre ou cinq marches puis le Lieutenant commanda :

- Allez les gars ! Mettez la pièce en batterie par la fenêtre de cette cuisine, quelques sacs de terre pour faire un créneau, mission principale, la route qui arrive sur le pont et la prairie, devant vous !

( à suivre )

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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 15:41

               Le tombeau des souvenirs ( suite )

<< ...Pour ne pas dormir, on buvait par petites gorgées !On n'était pas saouls mais prêts à aller à la rencontre de l'ennemi, sans réfléchir. C'est bien pour cette raison que les Français donnaient des rations de vin aux poilus de 1914 ! Le lendemain, les Allemands avaient traversé le canal sur notre gauche et nous avons décroché pour ne pas être encerclés. Nous sommes repassés à notre point de départ, les copains se bagarraient pour que l'ennemi ne coupe pas la route. On  passa à proximité mais, nous ne nous sommes pas arrêtés ! C'était étonnant !  Le sergent savait que nous n'en pouvions plus ! Sa section était toujours à l'avant, sans dormir et sans manger ! On était crevé !

Il commanda :

         - Venez les gars ! Chacun son tour !

Nous avions confiance, le sergent savait où nous devions aller pour que le reste de la compagnie nous retrouve. Je ne sais plus le nom du patelin où on s'est arrêté mais je me souviens que nous avons logé dans un hospice de vieillards  Il a fallu les déménager et les faire monter dans un autocar. Il y avait un vieux costaud, de plus de quatre vingts ans, qui ne voulait pas partir ! Nous étions trois pour le maîtriser, quel boulot ! Il était fort comme un cheval et donnait des coups de poings ! Quand le car a démarré, il nous menaçait encore du poing ! On n'entendait plus les injures ! Pauvre vieux, j'espère qu'il a compris plus tard qu'on ne voulait que son bien !

Nous avions retrouvé notre camion, avec nos affaires, nos munitions et surtout quelques boîtes de sardines trouvées dans une cave ! Notre grande préoccupation : C'était de manger un peu ! Fatigués, on a dormi sur les lits des bonnes sœurs ! On avait vraiment besoin de ce sommeil réparateur !

Une sentinelle gardait le camion, c'était mon ami Frantz, il avait pour consigne de garder les boîtes de conserves et de ne les donner à personne ! A notre réveil, au bout de quelques heures, le jour commençait à poindre, les copains étaient arrivés, fatigués et à bout de nerfs, ils avaient bien travaillé ! En se repliant, ils s'étaient bagarrés avec des motards allemands qui leur coupaient la route, ils avaient ramené deux motos et laissé quelques ennemis sur le carreau ! Quant à leurs pertes .... Silence ! Frantz s'était laissé attendrir ! Nos sardines étaient mangées ! Enfin, c'était pour des gars de chez nous, ce n'était pas grave !

Derrière le bâtiment, il y avait un cochon que les religieuses engraissaient avec leurs eaux grasses ! Quelques courageux l'avaient tué et il était cuit ! Qu'est-ce qu'on allait  se mettre derrière la cravate ! On se régalait  à l'avance ! Mais le Commandant vint briser tous nos rêves !

En arrivant, l'ordre fut bref :......>> ( à suivre )

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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 15:25

             Le tombeau des souvenirs ( suite )

         Le pont maudit

<< La nuit tombée, ma mission était de repérer deux objectifs et toutes les cinq ou dix minutes, je devais tirer une rafale sur chacun d'eux ! La première rafale partit dans le silence de la nuit, j'ai tué un cheval,  pauvre bête ! Les copains m'ont rassuré :

- Ne t'en fais pas, on n’ y voit rien ! Et puis, c'est un cheval que les boches n'auront pas !

 La deuxième rafale sur l'autre objectif, je n'y voyais toujours pas grand chose et j'ai hésité ! Mais il fallait tirer ! Le sergent me le rappelait avec insistance, c’est un ordre, tirez !

- J'ai tiré et après la rafale, j'ai entendu des cris.... des cris de femmes et d'enfants..... J'ai bien peur d'avoir touché des innocents ! ...Il faisait nuit ...C'était ma mission..... C'était la guerre .....Mais, qu’est ce que j’ai fait ?

- La guerre, ça ne devrait pas exister ! On nous donne des ordres et on doit obéir, même la nuit ! Quand on n’ y voit rien ! Il faut dire que l’ennemi arrivait ! >>

 

A travers les mots, je sens la peine et le désarroi de mon père. Devant sa souffrance, je suis paralysée et, les yeux fermés, je reste immobile, torturée par tous ses regrets qui ne l’ont jamais quitté. Plongée dans ce combat meurtrier, mon esprit chancelle, la mort et le sang se répandent sous mes yeux et m’oppressent. La guerre, les combats, homme contre homme, chacun vise et tire pour tuer, c’est la guerre ...

 

<< En entendant tous ces cris, j'ai pensé que tous ces enfants et ces femmes étaient des êtres chers à quelqu'un et que le même malheur pouvait arriver aux miens ! Ah ce pont ! Comme je l'ai maudit et je le hais toujours ! On se donne la guerre comme excuse, mais je ne peux pas me pardonner !

D'autre part, nous étions tellement fatigués, nous avions faim et soif ! Un copain partit en quête de ravitaillement, il revint avec des bouteilles de vin mais pas de nourriture ! Le sergent m'obligea à prendre du  repos et me remplaça mais, au bout de dix minutes, il s’endormit, je l’ai poussé, il est tombé et continua à ronfler ! Cependant, il fallait monter la garde et être prêts ! Alors, je secouais mon chargeur, et je lui disais :

- Tiens bon ! Ne roupille pas ! Bois un coup, çà réveille !

Je plongeais la main dans le sac , je sortais une bouteille, n'importe quoi, du rouge ou du blanc ! On avalait doucement et on sentait le pinard qui tombait dans l'estomac vide ! >> ( à suivre )

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 16:18

        Le tombeau des souvenirs ( suite )

<< ... Puis, s'adressant à nous :

- Allez les gars ! On y va, en route pour Termonde !

C'était dur de retourner là-bas, d'où on avait été si heureux de sortir quelques heures plus tôt !

- Je t’assure que c'était vraiment difficile d’y  retourner ! On entendait le crépitement des armes automatiques et le canon  faisait vibrer toute la ville !

En arrivant en ville, c’était l’enfer ! Des obus pleuvaient un peu partout ! Après avoir trouvé le commandant du secteur, le sergent nous installa au bord du canal. Nous étions très proches l'un de l'autre, même trop proches ! Quand je braquais la mitrailleuse à fond, à droite, les tirs passaient à un mètre à peine de la figure des copains ! Notre mission était :

 « Balayer une rue en enfilade de l'autre côté du canal et  l'arrivée de la grande route, sur le pont qui avait sauté. » 

Comme il était détruit, l'ennemi devrait ralentir et s'arrêter, c’était ma mission principale ! Comme nous étions en position d'attente, nous observions, il n'y avait rien dans le secteur ! Cette situation ne dura pas longtemps, une moto allemande arriva en longeant le canal, presque en face de nous ! La moto s'arrêta, le soldat qui était sur le siège arrière descendit et longea le canal à pied, son copain resta sur la moto et s'endormit, les bras en croix sur le guidon ! C'est à ce moment là que deux Chasseurs Ardennais de chez nous, descendirent dans l'eau et traversèrent à la nage. Ils arrivèrent sur le motard endormi et lui plantèrent un poignard dans le dos ! Réveillé, l'homme hurla de douleur en criant : « Pas tué ! Pas tué ! » Ils le descendirent dans le canal et le ramenèrent de notre côté. Vous pensez peut-être que c'était simple ! Mais il fallait tout de même le faire ! Spectateur de cette tuerie, je me sentais mal, tout se bousculait dans ma tête et je me suis mis à penser que j'étais mieux avec ma mitrailleuse ! >>

 

 

Mon père vient de sombrer dans la souffrance et sa détresse me sort de cet épisode violent. Je me retrouve dans le présent  et subitement, j’apprécie notre existence , vivre en Paix.  Cependant, cet état passager de bien-être n’arrive pas à m’éloigner de cette guerre et je reprends ma lecture. ( à suivre )

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 16:43

                 Le tombeau des souvenirs ( suite )

        Termonde ou l'enfer...

 Les Allemands allaient arriver, notre position était, face au pont  détruit ! L’ennemi serait ralenti mais rien ne les arrêterait ! Les Allemands arriveraient par cette route. On était là pour les « arrêter ! » sachant qu’il était impossible de les stopper ! Nous ne pouvions que ralentir leur avancée ! »

« En position, face au pont détruit, car l'ennemi devait arriver par cette route, nous étions installés au premier étage d'une maison, dans une chambre à coucher, la mitrailleuse par la fenêtre, aucun chemin de repli, pour partir, il fallait passer devant la maison, Si l'ennemi se pointait, nous serions sacrifiés ! Un officier de la sixième compagnie, que nous étions venus renforcer, vint nous trouver et demanda :

- Le tireur, s'il vous plaît ?

C'était moi, mais le sergent m'avait dit :

- Repose-toi un peu ! Tu te mettras à la pièce quand « ils » arriveront !

Comme l'officier insistait pour me voir, je me suis levé,  j'étais couché sur un bon lit !  Dès qu'il me vit :

- Alors, le tireur ! Quelle est votre mission ?

- Première mission, le pont ! Deuxième mission, la rue de gauche en enfilade ! Répondis-je

- Très bien !

Puis, il s'arrêta en nous regardant tous dans les yeux et dit d'une voix grave :

- Vous êtes dans une très mauvaise position ! Vous le voyez bien  Mais.... que chacun ... fasse ... son devoir !

Sa voix était saccadée et hésitante. Notre réponse ne se fit pas attendre, tous, comme un seul homme on lui répondit :

- Oui, mon Lieutenant !

Nous n'étions pas des héros, mais nous étions décidés à aller jusqu'au bout ! Après quelques heures, il nous arriva un ordre inattendu mais qui fut le bienvenu :

« Sortez de batterie et retournez dans la campagne ! »

Quel soulagement de retrouver les copains ! L'ennemi approchait, l'attente était longue ! Les Allemands arrivèrent juste à l'endroit où ils étaient attendus ! Nous nous trouvions à environ un kilomètre de la ville. La compagnie était au repos et n'était pas en position de combat. Mais pour la première pièce, première section,  une surprise désagréable l'attendait !

Le Commandant Pirnay se rappela à notre bon souvenir, comme il l'avait déjà fait plusieurs reprises :

- Sergent ! Prenez vos hommes et allez vous mettre à la disposition de la sixième compagnie qui se trouve dans Termonde.

Le sergent pâlit, puis d'une voix forte qui voulait masquer son émotion, il répondit:

- Bien mon Commandant !

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 15:05

Le tombeau des souvenirs ( suite )

  Un avion passe le mur du son et me sort un instant  de ce récit qui défile dans ma tête comme un film d’horreur, rapidement, je repars vivre ce cauchemar qui n’est pas une fiction

<<... Comme tous les Chasseurs Ardennais, régiments de garde frontières, nous avions l'instruction complète du combattant et en plus, celle d'artificier, ce qui nous permettait de faire sauter tout ce qu'il y avait à détruire. En nous repliant, nous ne laissions aucun pont, aucun passage forcé, c'étaient les ordres pour freiner l'avance de l'ennemi !

Comme nous n'étions pas dans notre Compagnie, nous devions donc nous débrouiller pour la retrouver, ce qui n'était pas facile, car les militaires, Chasseurs Ardennais, très disciplinés et obéissants avaient l'ordre de ne renseigner personne sur leur unité, ni sur les autres .

D'ailleurs, on nous avait enlevé tous les insignes et numéros permettant d'identifier notre unité, il ne nous restait que la hure de sanglier ! Après une journée de recherche, enfin, on a retrouvé les copains qui nous croyaient perdus, sachant que nous étions avec la cinquième Compagnie du Capitaine Bricart qui avait eu beaucoup de pertes à Bodange. En voyant le Commandant, je lui ai dit :

- Mon Commandant, ce n'était pas encore pour cette fois ! Ce n'était pas notre heure !

Le clairon sonna le rassemblement au pas de gymnastique, c'est alors  que j'aie assisté à un accident et que j'aie vraiment compris que c'était la guerre, malgré ce que j'avais vécu au front, le premier jour ! En allant vite, un camion recula pour faire un demi-tour et écrasa un copain sous nos yeux. Voir un ami mourir dans un accident stupide me toucha profondément. Le Commandant ordonna :

- Deux hommes avec une bêche s'il vous plaît ! Creusez une fosse ! Là, sur le bord de la route, enroulez votre camarade dans sa toile de tente, faites vite !

Quinze minutes plus tard, nous sommes partis, laissant le copain sous un petit monticule de terre sur lequel on avait posé son casque. Chaque fois que nous nous déplacions, c'était toujours pour nous mettre en position pour arrêter l'ennemi.

On circulait de nuit, la roulante ne suivait pas, elle se faisait mitrailler, on ne mangeait plus, on ne dormait plus ! Dans les déplacements, j'ai vu des copains s'endormir sur leur vélo et se ''casser '' la figure dans le fossé ou sur la route. Nous avons passé
la Meuse à Namur, nous étions bombardés, notre camions de munitions qui transportait les obus du 47 antichars prit feu, le chauffeur, courageux, n'hésita pas à prendre le volant pour sortir le camion de l'agglomération, à toute vitesse, pour éviter une catastrophe.  Sans dormir et sans manger, nous allions à la ''rescousse'', vers le nord. Après bien des détours, nous étions à Termonde ( Dendermonde )....>> ( à suivre )

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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 17:41

                 Le tombeau des souvenirs ( suite )

                  << - Où sont les boches ?

Le brave homme lui répondit en souriant :

- C'est pas des boches ! C'est des Français !

C'était vraiment le jour aux émotions fortes ! Des Français ! Et nous qui étions décidés à nous bagarrer encore ! A peine remis de la surprise, j'ai décroché un fusil qui était dans le camion, j'ai mis la baïonnette, j'ai trouvé un chiffon blanc qui traînait, je l'ai accroché au bout et de toutes mes forces, je balançais ce drapeau blanc au-dessus du camion pendant que nous avancions doucement. Quelques centaines de mètres plus loin, je vis, cachées derrière des petits buis, des automitrailleuses françaises braquées sur nous ! Rapidement, les soldats français nous reconnurent et crièrent :

 - Vivent  les p'tits belges !

 Je leur répondis:

- Vivent les p'tits belges ! Vous en avez de bonne !! Vous nous avez assez arrosé avec vos mitrailleuses ! Qu'est-ce qui vous a pris ?

- On vous prenait pour des boches ! Mais, comme vous étiez plus nombreux que nous, on s'est un peu retiré ! »

 Finalement, on était tout de même tous heureux de se retrouver, on s'est serré la ''louche'', on a discuté puis, on s'est séparé, on est parti en leur disant :

- Attention, les prochains que vous rencontrerez sont de vrais boches, nous, on vient de décrocher et il n'y a personne derrière nous, il n'y a plus de copains, nous sommes les derniers !... >>( à suivre )

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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 16:20
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Published by marie-therese andre
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