Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 16:08

                 Le tombeau des souvenirs ( suite )

« Nous sommes repartis à plat ventre, laissant vélos et bardas à cinquante mètres des boches. Ils n’étaient pas très nombreux et on a réussi à traverser en rampant dans les haies et à rejoindre le groupe. Maintenant, nous faisions partie de ceux qui montaient dans les camions. Les copains étaient déjà installés, le lieutenant commanda :

- Tout est prêt ? En avant !

Les camions démarrèrent  aussitôt, les cyclistes se faufilaient à droite et à gauche des véhicules tandis que les rafales de mitraillettes commençaient à nous arriver dessus. Au bout de deux ou trois cents mètres, plus rien ! Nous étions passés ! Sans trop de '' bobos ''! La mitraillette, c'est très impressionnant et ce n'est vraiment dangereux qu'à quelques dizaines de mètres ! Le convoi repartit. Le lieutenant, en tête, debout sur un camion de quarante sept anti-char sur chenilles, le blindage ne le protégeant que jusqu'à la ceinture, observait.

A  quelques kilomètres, des civils arrivèrent vers nous en suppliant :

- Arrêtez, les enfants ! N'allez pas plus loin ! Les Allemands sont à Bellefontaine !

Il y avait des hommes et beaucoup de femmes qui voulaient nous arrêter.

 Ils se lamentaient et répétaient :

- N'allez pas vous faire tuer les enfants ! L'armée allemande, c'est un rouleau compresseur ! Le courage n'y pourra rien !

Nous, on répondait :

- On ne veut pas se rendre aujourd'hui ! On y va !

Le lieutenant ordonna :

- En avant !

Les camions se remirent en branle ! Le calme semblait s'être installé et on commençait à discuter quand des balles se mirent à pleuvoir. De mon camion, qui roulait au pas, toujours derrière  l'engin du lieutenant, je voyais les balles ricocher sur la route, de temps en temps çà faisait ''boum'' sur notre camion, le pare-brise du camion qui nous suivait vola en éclat, le chauffeur secoua la tête et continua, il n'était pas touché ! Les tirs redoublèrent d'intensité, le lieutenant ordonna :

- Halte ! Au fossé !

Au moment où nous sautions dans le fossé, tout se calma, plus de tirs ! En regardant vers la vallée, on vit des engins à chenilles mais, au lieu de venir vers nous, ils montaient le versant des collines d'en face. Profitant de cette accalmie, nous sommes repartis de plus belle, fonçant sur le village.

 Je me souviendrai toujours de ce bon vieux paysan qui était au milieu de la route, à l'entrée du village. Notre lieutenant, toujours aussi téméraire, debout sur son véhicule lui cria :

 - Où sont les boches ?...>> ( à suivre )

Repost 0
5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 18:47

           Le tombeau des souvenirs ( suite )

 

<<... Mais, malgré le courage des chefs et des soldats, une heure plus tard, l'ennemi avait capturé deux mitrailleuses, nous avions des morts et des blessés en grand nombre, les munitions commençaient à manquer et on ne pouvait pas nous ravitailler ! Le Capitaine Bricart, Commandant de la Compagnie, fut tué, entouré de plusieurs de ses hommes qui tombèrent avec lui ! C'était vers Bodange. Le lieutenant prit une décision grave :
 

- Repliez-vous en ordre et sans bruits inutiles !

 Il rompit le contact, mais il pensait sûrement que ce n'était que partie remise, car c'était un soldat courageux ! Après un kilomètre de repli, nous sommes tombés sur l'infirmerie de campagne, des grands panneaux à croix rouge qui délimitaient un carré de cinquante mètres de côté au bord de la forêt. Un médecin, deux ou trois infirmiers et des brancardiers, une cinquantaine de copains couchés ou enroulés dans des couvertures !

Je reconnus un ami, l'infirmier me dit :

-  Il a pris deux ou trois balles de mitraillette dans le dos, mais ce n'est pas grave !!!

Je sais maintenant qu'en temps de guerre, tout va pour le mieux, les morts ne sont jamais morts ! Les blessés, ce n'est jamais grave !!! Il ne faut pas essayer de comprendre, il ne faut pas saper le moral des troupes ! Ce spectacle macabre donnait peut-être à certains l'envie de se sauver, mais il nous donnait aussi la hargne de repartir au combat pour venger les copains !

Quand tous les rescapés de la Compagnie furent  réunis, le médecin s'adressa à nous en ces termes :

- Mes amis, vous êtes encerclés, les Allemands sont autour de nous, il y a aussi  des parachutistes  derrière vous !

 Dans un cri de douleur, on a tous hurlé :

- Non ! non !  On ne peut pas se rendre comme çà !

 Le Lieutenant reprit le dessus et ordonna :

- Que tous ceux qui ont des vélos montent en selle et les autres dans les camions !

 Avec mon inséparable copain, on a essayé de forcer le barrage, à cinquante mètres des panneaux de la croix rouges, il y avait les boches avec leurs armes braquées sur nous, le médecin qui nous suivait des yeux vit que nous étions couchés et que nous nous préparions à tirer, il s’écria :

  •     Ne tirez pas ! Vous êtes trop près de
    la Croix rouge ! >>

 La fin du cahier est couverte de croquis d’armes et de dessins de ruines très représentatifs. Je n’imaginais pas que mon père dessine aussi bien. C’est avec émotion que je prends le cahier numéro 3. Il commence par un article de journal, c’est un extrait de  La Belgique  au combat :

« La 1ère Division blindée allemande fut bloquée  par la résistance des Chasseurs Ardennais du Capitaine Bricart à Bodange et piétinera toute la journée du 10 mai . Le point d'appui de Bodange était défendu par la 5ème compagnie du 1er régiment de Chasseurs Ardennais plus le poste de Strainchamps (une garde de quatre hommes) D'après le constat de « La Belgique au combat » on estime à 80 combattants l'effectif de cette résistance. L'effectif était incomplet à cause des permissions et des congés agricoles. » 

 

Puis le récit continue et décrit leur situation après avoir réussi à prendre de la distance avec le campement de la Croix rouge.

 

Repost 0
4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 14:04

         Le tombeau des souvenirs ( suite )

En lisant cette phrase : "J’avais  l’impression de les abandonner en enfer ! ", des frissons parcourent mon corps et mon esprit sombre dans les ténèbres de l’horreur. Quand mon père a écrit ces mots, j’imagine toute la souffrance qui devait se lire dans son regard. J'ai hâte de lire la suite :

                    Bodange

                             <<...Deux minutes après, le pont n'existait plus ! Nous sommes montés vers la forêt toute proche et nous avons retrouvé la 5ème Compagnie qui se préparait à résister au choc. Aussitôt, un lieutenant nous a reconnus, il s’exclama :

- Ah ! Le poste de Strainchamps ! Restez à ma disposition !

Tous les Chasseurs Ardennais étaient là, calmes, personne ne bougeait, bien camouflés dans la verdure, l'arme au poing, les armes automatiques pointées vers l'Est et sur tous les passages propices à l'avancée de l'ennemi. Le lieutenant avait donné l'ordre de ne pas tirer sur quelques éclaireurs afin de ne pas nous découvrir et d'attendre l'arrivée en nombre de l'ennemi. Comme je n'étais pas dans ma compagnie, je n'avais pas de mitrailleuse, j'avais juste mon arme individuelle, un G.P, revolver de grande puissance avec la crosse adaptée sur la culasse pour tirer avec précision jusqu'à  cent mètres. Nous attendions, anxieux ! C'est alors que je vis des soldats allemands arriver en grand nombre vers la rivière ! C'était impressionnant ! Un des premiers arriva sur le reste du petit pont qui n'était pas tombé ! Il était à 80 mètres de moi et observait de tous les côtés à la jumelle ! Les allemands étaient là ! Tellement nombreux et si proches ! Je bouillais d'impatience ! Je me disais :

Bon Dieu ! Que fait le lieutenant ?  Bon sang ! C'est le moment de tirer ! Ils vont passer la rivière et nous encercler ! Je me suis mis à observer celui qui était sur le bout de mur, les autres arrivaient à sa hauteur, décidé, j'ai pris mon arme, j'ai adapté la crosse sur la poignée, j'ai visé et tiré ! L'homme a disparu derrière le muret ! Etait-il touché ? Je ne le saurai jamais ! Ce que je sais, c'est que mon coup de feu a déclenché la fusillade ! Je dois avouer que l'ordre de faire feu est arrivé en même temps ! C'était vraiment le moment, d’autres allemands descendaient la côte en formation de combat ! Il y avait des centaines de soldats armés jusqu'aux dents : mitrailleuses légères, fusils-mitrailleurs, lance-grenades....Ce n'était plus les manœuvres, c’était la vraie guerre, on serrait tous les dents. Le bruit infernal des armes automatiques résonnait en écho, à l'infini ! Bien que moins bien armés que l'ennemi, mais bien retranchés et plein de courage, nous résistions ! Il faudra toute la journée du 10 mai à cet ennemi supérieur en nombre et en matériel pour venir à bout des Chasseurs Ardennais qui se défendaient avec un réel mépris du danger.

  A cinq heures du soir, répondant à quelques sous-officiers qui parlaient de repli, le Lieutenant se tourna vers tous ceux qui étaient à ses côtés et répondit :

- Je préfère périr que de me replier sans ordre !...>> ( à suivre )

PS . Amicales pensées à Noémie

Repost 0
3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 22:24

           Le tombeau des souvenirs ( suite )

Le chapitre suivant m’envahit d’un pressentiment mêlé d’anxiété et d’ignorance. Mon père vit sous tension permanente. Dans cette incertitude, je le vois , silencieux et pensif, prêt à accomplir scrupuleusement toutes les directives :

    10 mai 1940 à quatre heures du matin ....

             Strainchamps

<< L'homme qui s'était échappé avait couru à perdre haleine ! Le poste d'où il venait se trouvait à mille mètres devant nous, c'était proche ! Nous allions avoir de l'occupation, l'officier de garde se rappela à notre bon souvenir en téléphonant une quatrième fois :

 - Ordre de destruction ! Je vous envoie un ordre écrit par motocycliste !

Cette fois c'était clair !  Au bout de quelques minutes, comme nous n'entendions pas de moto venir vers nous, j'ai pris mes responsabilités, j’ai commandé :

- Les copains, pas de moto, on appelle l'officier de garde !

J’ai saisis le combiné :

  • Allô, ici le poste de Strainchamps, nous attendons encore le motocycliste !
  • Comment ? Le motocycliste n'est pas arrivé ? Faites sauter immédiatement !

C'est ainsi que le 10 mai 1940, à quatre heures du matin, le point stratégique dont nous avions la garde sauta !  
1800 kg de charge à 4,50 m de profondeur ! Quel beau feu d'artifice ! Quel entonnoir ! Mais aussi, quelle vitesse pour quitter les lieux, car la plus forte armée du monde déferlait sur nous ! Nous, une très petite armée ! Pleine de courage ! Il en fallait « dans  la culotte » pour résister et ne pas prendre la « tangente ! » Après avoir assisté à ce « beau spectacle » depuis l'abri et nous être assurés que tout le matériel était détruit, nous avons décacheté le pli qui nous était destiné ! Dans ce pli, nous avions la marche à suivre et même une carte avec un itinéraire au cas où nous aurions été seuls, c'est à dire, abandonnés par les autres unités, ce qui n'était pas le cas, les Chasseurs Ardennais faisaient honneur à leur réputation et tout le monde était solide au poste !

La première instruction était :

Après sa mission accomplie, la garde du poste de Strainchamps doit se mettre à la disposition de l'officier commandant le point d'appui qui se trouve derrière elle.

Nous sommes descendus dans le village où tous les habitants étaient aux fenêtres. De partout fusaient des questions :

-  Qu'est-ce que c'est ? Voilà les boches ? Peut-on rester chez nous ? Où peut-on se cacher ?

On n’avait pas de réponses et le fait de voir tous ces civils désemparés me contrariait.

Nous avons traversé un petit pont qui enjambait une rivière. Le chef du poste devait le faire sauter après notre passage, ce qu'il fit immédiatement derrière nous. Je l'entends encore s'adresser aux civils qui se sauvaient :

- Que tout le monde s'écarte, je fais sauter le pont !

Des cris déchirèrent l’air, les pauvres gens apeurés levaient les bras en implorant le ciel ! J’avais  l’impression de les abandonner en enfer

...>> ( à suivre)

Repost 0
2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 17:33

Bloavez mad.jpg

Repost 0
2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 15:42

Le tombeau des souvenirs ( suite )

J'ai laissé mon père avec son téléphone, je reprends le cahier  et j'ouvre à la page de ma remarque qui n'est autre qu'une vieille photographie jaunie par le temps! Je l'ai trouvée au fond de la caisse et je n'ai jamais essayé de voir ce qui est encore visible, elle est blanchâtre et présente plusieurs pliures comme si elle avait été pliée en quatre ! Mon attention est attirée par une forme de visage, j'approche de la petite fenêtre illuminée de soleil, je distingue deux silhouettes de femmes, maman et sa cousine ! Toutes mes pensées vont vers elles, toutes deux me paraissent si jeunes !  L'atmosphère semble se charger d'une douceur infinie ! Alors que mon esprit voyage sur un nuage de tendresse, la réponse de mon père à son officier me fait bondir,

<<- Merde ! Merde ! M.........

Tous avaient entendu et demandèrent d'une voix blanche, presque éteinte :

- Qu'est- ce- qu'il y a ?

Je leur répondis en hurlant :

- Encore une fois, plus de permissions ! Alerte réelle ! Vous avez compris ! Alerte réelle, soyez vigilants !

On s'est mis à discuter, bien énervés ! Puis on décida de dormir encore un peu, mais le roupillon ne fut pas long ! Une heure après, le téléphone sonna de nouveau et l’officier hurla :

- Préparez le matériel de mise à feu !

Alors, je m'écriai :

- Ah dites -donc, çà va mal les gars ! Très mal ! Ce n’est pas une plaisanterie !

Personne n'avait plus envie de dormir, chacun tournait en rond,  grognait un peu et  attendait. Ce ne fut pas long, le téléphone nous sortit de notre torpeur, on se précipita sur l'appareil et on entendit :

- Amorcez la destruction !

Cela devenait plus grave, nous avions reçu une formation d’artificier, il fallait casser le carreau de l'armoire, décrocher la clef, sortir la cartouche avec la mèche, la fixer sur la charge, prendre le pli cacheté dans lequel se trouvait la marche à suivre en cas de catastrophe . A bout de nerfs, il fallait rester calme,  tout le monde écoutait, quand un copain qui était à un poste d'observation arriva en courant, annonçant que son poste venait d'être encerclé et qu'il était le seul à s'être échappé ! Il n'arrivait plus à parler tellement il avait couru, il était à bout de souffle. On le calma un peu avant de l'interroger :

  • C'étaient des boches ? Tu en es sûr ? Lui demandais-je.

Sans hésitation, il répondit :

  • Oui ! Oui ! J'en suis sûr et certain ! Ils seront bientôt ici !
  • Tu es un courageux, reste calme ! Où sont les autres ?

La voix haletante, il murmura :

  • Prisonniers ! Je crois ! Ou morts !

La situation de guerre se précisait, ce n'était plus de la rigolade ! La recommandation principale était, soyez vigilants ! C'était sérieux ! On était devant l'armoire à explosifs, prêts à casser la vitre. Un impressionnant silence s'installa, à l’écoute de tous les bruits, le moindre bruissement nous faisait sursauter ! La nuit  fit naître  l'angoisse et un grand sentiment d’insécurité. >>

                   ( à suivre )

Repost 0
1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 22:21

            Le tombeau des souvenirs ( suite )

            Le récit continue :

<<...Alors, à quatre copains, souvent volontaires pour tuer le temps, nous avons levé la main et, c'est ainsi que nous avons pris la dernière garde à la frontière, le 9 mai 1940 à 13 h 30. Le temps resta beau toute la journée, nous étions à la lisière de la forêt, à un poste de destruction, à un carrefour, sur la route de Martelange à Bastogne, c'était le poste de Strainchamps. Le soir, j'ai dit aux copains :

- Vous pouvez roupiller, moi, je vais monter la garde et en même temps, je vais écrire à mes beaux-parents.

Je me suis retrouvé seul et tranquille avec mon chien. Nous avions trouvé cette pauvre bête dans la nature, il nous suivait partout et c'était un bon chien de garde ! Je crois même qu'il aurait mordu si quelqu'un était venu nous surprendre. Alors que j'écrivais, le téléphone sonna, il était minuit. J'ai décroché et :

- Allo, J'écoute !

- Ici l'officier de garde ! Je vous annonce une bonne nouvelle, les permissions sont rétablies !

Aussitôt, j'ai bondi vers les copains en criant :

- Hé les copains ! Çà y est, les permissions sont rétablies !

 Tout le monde était réveillé et moi, qui attendais ma permission depuis quinze jours, je n'étais pas le moins heureux. Après cette effervescence, au bout de quelques minutes, chacun s'était rendormi, heureux, et moi, j'ai continué à écrire. Je leur racontais que nous étions dans un poste de garde, quelque part en Belgique, pas trop mal logés, avec le téléphone et un poste émetteur pour donner l'alerte en cas d'incursion de l'ennemi. A une heure du matin, alors que j'allais me faire remplacer, le téléphone sonna de nouveau. La voix était plus excitée :

- Allô ! Ici l'officier de garde ! Alerte réelle ! Redoublez de vigilance...>> ( suivre )

Repost 0
31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 17:37

                  Le tombeau des souvenirs ( suite )

<< J'étais plébiscité ! Donc, toutes les semaines, je devais signer le cahier de la cuisine et donner mon avis sur la nourriture. C'était très bien, les cuistots malpropres avaient été changés ou lavés !  Par contre, je pense que c'est vraiment ce jour-là que  j'ai perdu ou qu'on a oublié de me donner mon petit galon de brigadier. Le Commandant a toujours pensé que j'avais organisé la grève de la gamelle ! C’est vrai qu’il n’avait pas tout à fait tord !      

Malgré tous ces petits incidents, le mois de mai arriva avec le beau temps et un bon moral ! Il fallait en profiter pour s'installer convenablement ! Nous avons arrangé un parterre de fleurs près de la baraque et planté un mât en haut duquel on hissa le fanion des chasseurs mitrailleurs qui était une roue avec l'étoile des mitrailleurs et une hure de sanglier. Autour de nous, tout était lumineux et calme, le printemps chantait partout !... >>

 

Au milieu de ce fatras de livres et de feuillets, je ferme les yeux pour écouter ma mémoire ! Dans cette attente fébrile de la guerre, je ressens l'envie de vivre de tous ces jeunes hommes, le réveil de la nature leur donne l'espoir !  Avec mon père, je respire cet air de printemps et mon regard court sur cet environnement  apaisant qui règne autour du  campement. Chaque instant de vie  est à prendre à bras le corps ! " Il faut éliminer tous les éléments négatifs et ne garder que le positif ! " répétait mon père . Il a écrit :

 

<<...On respirait cet air doux et on s'émerveillait devant cet endroit magnifique qui nous permettait de vivre un moment de sérénité ! Mais hélas ! Nous étions le 9 mai 1940 et pour beaucoup d'entre nous, c'était le dernier jour de calme et de bonheur et pour tous, nous  attendrons longtemps avant de retrouver une vie paisible.

Il était 11 heures, le sergent Grégoire nous dit :

- Je n'ai pas fait de tour de garde, mais, qui est volontaire pour aller relever la garde ?... >> ( suite )

 

Repost 0
30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 19:25

        Le tombeau des souvenirs ( suite )

Au milieu de ce grenier, je sens monter la colère qui envahissait  mon père, il luttait contre toutes les injustices ! Ce n’était pas son genre de  rester silencieux et inactif devant ce genre d’ évènement et surtout, il ne pouvait  pas laisser punir injustement un ami...

 

               9 mai 1940 ..... Le sermon

 

<< L'après-midi, alors que tout était calme et silencieux, on entendit une voiture, le Commandant ! C'était un homme aux cheveux gris ! Entre nous, on se dit :

  Voilà le vieux grisou qui vient nous passer un savon !

 La porte s'ouvrit, il descendit calmement, s’avança vers nous et commanda :

- A l'ordre ! Repos !

 Puis, ce fut le sermon.

Quel sermon ! Un Commandant pour nous parler de la bouffe, incroyable !

- Messieurs les militaires, jusqu'à aujourd'hui, vous avez accompli un bon service dans toutes les Compagnies où vous êtes allés en subsistance, je n'ai jamais eu de mauvais rapports vous concernant ! Mais aujourd'hui, je vous méprise ! ! ! Pourquoi n'avez-vous pas mangé votre nourriture ? J'espère que vous avez fait des achats ! Vous êtes riches ! De nouveau, je vous le demande :

  •    Pourquoi n'avez vous pas mangé la gamelle ?

 Aucune réponse ! Devant ce silence, il continua :

- Elle était pourtant bonne, vous aviez de la viande rôtie et de bons légumes ! Encore une fois, pourquoi n'avez-vous pas mangé ?

Personne ne bronchait, le silence complet, c’était insupportable, je me suis dit :

  Allez, dévoue-toi encore une fois ! Alors je suis intervenu :

- Vous permettez mon Commandant ?

- Ah ! Voilà un protestataire ! Qu'est-ce qui ne va pas ?

- Hier, mon Commandant, un de nos camarades qui a déclaré que notre bouffe était juste bonne pour les cochons,  a été menacé de punition sévère ! Comme nous ne voulons pas qu'un copain soit puni pour avoir dit la vérité, nous avons décidé de faire front et de ne pas prendre la gamelle, aujourd'hui ! S’il doit être puni, punissez-nous aussi ! Mon Commandant, nous sommes allés en subsistance dans d'autres compagnies et la nourriture était meilleure et surtout plus propre ! Je pense qu'à la deuxième compagnie, on a mis les gars qui ne savent rien faire aux cuisines et je crois même qu'ils ne se lavent que quand ils ont le temps ou quand il pleut !

- Très bien soldat, à compter d'aujourd'hui, vous aurez un intermédiaire de ménage, spécial pour les mitrailleurs ! Veuillez en nommer un !

           A ce moment-là, tout le peloton a crié mon nom. >>

Repost 0
29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 16:31

Le tombeau des souvenirs  ( suite )

Je me souviens du regard amusé de mon père quand il nous disait : " Quelle aubaine ! J'allais être décoré de la sardine de brigadier ! Pauvre petit poisson innocent ! ! ! disait-il malicieusement  ."

Je reprends le cours du récit :

<< Un jour, l'ami Gomès qui habitait à la frontière, est parti en permission en France, dans les Ardennes. Avant son départ, il me dit :

 - Mon vieux, j'irai rassurer ta femme !

 Et moi de lui répondre en plaisantant :

 - Mon Gomès, tu peux y aller, mais vas-y proprement....

Le fils de l'instituteur, un gamin de quatre ou cinq ans qui était là avec son père qui venait faire la causette presque tous les soirs, m'avait entendu et la première chose qu'il raconta à sa mère en rentrant fut :

- Tu sais maman, le grand soldat a dit à son copain qui doit aller dire bonjour à sa femme : vas-y, mais vas-y proprement !

En nous rapportant ce propos, l’instituteur éclata de rire.

Quelques semaines plus tard, changement de lieu, nous étions installés à Chaumont, les mitrailleurs, toujours à part.

 Avril 1940, le capitaine vint nous rendre visite alors que nous creusions  des tranchées et élevions des barbettes.

Une barbette, c’est une plate-forme un peu élevée permettant le tir de la mitrailleuse par-dessus la protection de la tranchée.

 - Faites-les bien celles-ci, car ce sont les dernières ! dit le Capitaine avant de nous quitter.

 Il sentait arriver l'orage !

Tous les gars étaient exténués, ils avaient les nerfs à fleur de peau et de surcroît, la nourriture n'était pas trop bonne et surtout, les cuistots étaient malpropres. Un soir, la bouffe était tellement moche qu'un copain, en allant chercher sa gamelle au camion s'écria :

 « C'est de la bouffe pour les cochons ! »

 et il balança sa gamelle dans le caniveau. Le sergent fourrier qui accompagnait le chauffeur lui dit :

 - Demain, vous viendrez vous expliquer au bureau !

 Oser manifester son mécontentement, surtout devant les civils qui étaient là, c'était grave ! La punition risquait d'être sévère ! Alors, le lendemain à midi, on a tous décidé de ne pas aller chercher la gamelle à la roulante ! Le camion arriva, personne ne bougea et il repartit à la Compagnie avec la bouffe des quarante mitrailleurs ! >>

 

Repost 0

Présentation

  • : Les poubelles radioactives
  • Les poubelles radioactives
  • : Enterrer ? Enfouir ? Ne serait-ce pas oublier ? Comment traiter les déchets radioactifs ? L'enfouissement des déchets radioactifs dans les conditions actuelles est-il acceptable ? A-t-on préparé le démantèlement des centrales nucléaires ? Les recherches scientifiques permettent-elles, actuellement, le traitement de tous ces déchets pour les rendre inoffensifs ? Sommes-nous assez informés des dangers de toutes ces poubelles nucléaires ?
  • Contact

Recherche

Liens