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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 16:24

L'inconnue du lac  ( suite )

Je l’ouvris et je  lus :

« Ma très chère Hélène,

Je ne peux plus vivre avec la suspicion qui pèse sur moi depuis quelques semaines. La vérité est que je connaissais très peu cette fille, je l’avais vue, un soir en Italie, à son bar. C’était en juillet, lors de mes vacances, j’étais avec des copains de ma rue que j’avais connus  vers six ou sept ans.  Elle était venue m’annoncer qu’elle était enceinte et que je devais l’épouser. Je lui répondis qu’elle avait beaucoup d’hommes dans sa vie et que ce n’était certainement pas moi, le « français d’adoption » que ses copains avaient saoulé à mort, qui pouvait être le père de cet enfant, j’étais sûr qu’il ne s’était rien passé entre nous . Quand je lui ai demandé comment elle avait eu mon nom et mon adresse, elle m’insulta, m’assura que j’allais voir de quoi elle était capable, fila avec sa voiture et c’est en marchant pour chasser cette fille de mes pensées que je t’ai vue, complètement désespérée sur le muret, prête à sauter dans le vide. Voilà toute la vérité que je n’ai pas eu le courage de  raconter à la police et maintenant, personne ne voudra penser que je suis innocent, il n’y a que toi qui puisses me croire. Pardonne–moi, je t’aime pour l’éternité.

                                                             Ton Angelo »

Je me mis à courir partout, j’appelais, je hurlais, les voisins accourus en catastrophe, appelèrent les gendarmes qui  arrivèrent très vite, Angelo était introuvable. Mes jambes ne semblaient plus me porter, j’allais m’effondrer quand le gendarme qui avait lu la lettre la retourna et me la montra.

 Angelo avait écrit :  ( à suivre )

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 18:07

L'inconnue du lac  ( suite )

Je m’apprêtais à répondre quand un ami intervint : « Qu’est-ce que tu veux dire ? » « Rien ! répondit l’autre, c’était pour causer ! » « Alors, fou la paix à Hélène ! » rétorqua mon ami. Je ne parlai pas de cet incident à Angelo.

Nous étions au mois d’août et nous avions préparé notre séjour de vacances, trois semaines en Corse. Je pensais que ce dépaysement allait nous changer les idées et que notre quotidien reprendrait son cours .normal. On avait retenu un petit mobile home  et notre départ était prévu pour le huit septembre. Nous attendions ce moment avec impatience quand un appel téléphonique de notre loueur nous annonça que lors d’un orage, la foudre avait détruit plusieurs bungalows et qu’il ne pourrait nous loger qu’à compter du 16 septembre, soit une semaine plus tard.

Angelo prit cette nouvelle avec philosophie et nos employeurs, très compréhensifs, acceptèrent  de décaler nos congés d’une semaine. Pour le 14, au matin, la voiture était prête : « Départ à 6 heures ! » avait dit Angelo.

Je m’assis à la place passager et j’attendis, mon compagnon voulait vérifier les fenêtres et portes de la maison. Je regardai l’heure sur le tableau de bord, il était 6 h 15, je pensai : « On n’est pas à un quart d’heure près ! » Je me mis à lire un dépliant sur les Vosges, le temps passait et je m’inquiétai, il était 6h30, je rentrai à la maison et bien en évidence sur la table du salon, il y avait une enveloppe qui m’était adressée, c’était l’écriture d’Angelo. Je l’ouvris et je  lus : ( à suivre )

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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 14:34

L'inconnue du lac  ( suite )

Ce monde féerique m’envoûtait et alimentait mon imagination toujours prête à vagabonder au pays des magiciens. Angelo s’en amusait et, avec tendresse, murmurait gentiment : « Tu es une grande romantique mon Hélène ! Tu es merveilleuse, ne change rien ! » L’année nouvelle naquit joyeusement, après une nuit de réveillon et de flonflons, organisée par le club de loisirs de la ville. Il y avait bien longtemps que je n’avais pas dansé avec autant d’enthousiasme ! 

Ce fut en juillet qu’un nouvel article parut dans le journal. il titrait : « Bientôt dix ans , l’inconnue du lac   livre ses secrets… » J’achetai le quotidien, je m’assis sur un banc du square et je me mis à lire : « L’inconnue a une identité, il s’agit de Graziella Monti, serveuse de bar à Turin. L’autopsie a révélé qu’elle était enceinte de cinq semaines. » Puis suivaient une série de questions : « Son état l’avait-il poussé à quitter ce monde ? Etait -elle chez nous par hasard ou était-elle venue voir quelqu’un ? Avait-elle sauté seule ou poussée par un meurtrier ? » Je mis le journal dans le fond de mon sac, cette macabre journée du 15 septembre inonda mon esprit, je me revoyais sur le parapet, prête à sauter et, comme en rêve,  la voix d’Angelo résonnait encore à mes oreilles ! En marchant vers la maison, l’angoisse me serrait la gorge, je luttais, je retenais mes larmes, je ne voulais pas sombrer dans l’angoisse : «  J’ai eu de la chance ! me dis-je, le destin a voulu que je croise mon sauveteur ! » En rentrant, Angelo comprit que j’étais tourmentée, il me rassura et  me dit : « Parle-moi, ça te fera du bien ! » Ce que je fis et cela jusqu’à une heure avancée, je m’en excusai : « Je sais que tu te lèves de bonne heure, pardonne-moi ! » Il sourit et affirma : « On avait besoin de parler ! Hélène, je ne veux pas te voir triste et inquiète !  » J’eus du mal à trouver le sommeil, le visage de la jeune fille, publié dans le journal ne cessait de me hanter. Epuisée, je finis par m’endormir.

Les jours qui suivirent, tous les magazines à sensation publièrent des articles de plus en plus détaillés sur la vie de Graziella Monti. On pouvait même y lire des soi-disant témoignages qui parlaient de sa vie intime, parler ainsi d’une morte me fit réagir violemment : « Non, ce ne sont que des voyeurs malsains ! » m’écriais-je. Un matin, alors que je prenais mon service, un collègue m’accosta : « Ton copain est bien originaire de Lombardie, comme la fille du lac ? » « Oui ! » répondis-je  et il ajouta : « Et si la fille était venue voir ton Angelo ? Tu ne t’es jamais posé la question ? » ( à suivre)

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 16:12

L'inconnue du lac  ( suite )

Il était contrarié et hésitant mais je l’encourageai : « Parle, tu es près de moi pour me soutenir ! Je t’écoute ! » Il reprit : « Un plaisancier qui faisait du bateau et plongeait dans le lac a découvert un véhicule ! J’ai appelé les gendarmes et tout a été très vite ! Des plongeurs ont repéré l’épave et elle a été sortie de l’eau ! Elle porte une immatriculation italienne et à première vue, ce serait la voiture de l’inconnue du lac !  » « Et alors ? » demandais-je. « Les gendarmes vont certainement faire des recherches, c’est normal ! » J’eus la  sensation de sombrer mais la voix rassurante d’Angelo me rappela au bon sens : « Hélène, cette découverte aidera à identifier cette jeune femme mais pour toi, rien a changé ! » Ma nuit fut un peu agitée cependant, le lendemain, je me sentais prête à entendre toutes les conversations et toutes les remarques des gens qui ne manqueraient certainement pas ! Ce fut une journée harassante où les commérages envahissaient toutes les conversations. Mes collègues ne firent aucune allusion à ma tentative de suicide, ils me connaissaient et savaient que j’avais lutté pour sortir de mon désespoir. Les semaines qui suivirent, les journaux publièrent de nombreux articles qui n’étaient que des rappels de ceux qui avaient déjà parus neuf ans plus tôt. C’est seulement en septembre, alors que nous étions en vacances en Alsace qu’un article révéla les résultats de l’enquête de gendarmerie. L’identité de la jeune femme était connue mais non divulguée et on apprit qu’elle était italienne et que c’était son frère, enquêteur, qui l’avait reconnue en compulsant des dossiers de personnes non identifiées, transmis par la police française. Cette lecture m’attrista et je murmurai à l’oreille d’Angelo : « Pauvre fille ! Quelle tristesse ! » Il me prit dans ses bras et ajouta : «  Triste destin ! » La suite de notre séjour, avec la visite du Haut-Koenigsbourg , de la volerie des aigles, de Strasbourg et sa majestueuse  cathédrale, une longue croisière  sur le Rhin , Obernai, les jolies maisons à colombages et  toutes les fenêtres illuminées de géraniums lierre nous offrait un spectacle enchanteur qui occupait toutes nos pensées. Quand la fin de nos vacances arriva, on regretta cette belle région et on se promit d’y revenir, ce qui n’était pas dans nos habitudes. On retrouva notre maison et on reprit  nos occupations. L’année s’acheva  avec des fêtes de Noël et de Nouvel An, sous une neige d’une blancheur immaculée, qui transformait le moindre monticule en mausolée ou en bouquet fantastique, les bruits devenaient des murmures et les moteurs ronronnaient doucement sous une couverture ouatinée. ( à suivre )

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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 18:22

L'inconnue du lac  ( suite )

Chaque voyage était préparé activement et avec beaucoup de soin, c’était toujours une aventure, car nous n’allions jamais au même endroit. Je vivais un rêve éveillé. Angelo lisait les guides touristiques et se documentait, il était curieux et s’intéressait à tout, il connaissait alors tout des lieux enchantés que nous visitions, c’était un guide merveilleux. Aucun nuage ne venait ternir notre bonheur ! C’était un compagnon très attentif et prévenant qui m’aidait autant physiquement que moralement. Il était fort et équilibré alors que j’étais encore trop émotive et assez fragile.

Les années passaient et j’étais heureuse de vivre. Avec le soutien d’Angelo, je m’épanouissais dans mon travail,  les responsabilités ne m’effrayaient plus, j’étais capable de parler sereinement  de ce qui avait provoqué mon désespoir et de tous les évènements de ce funèbre 15 septembre.

C’était en juin, la chaleur poussait les passants à flâner et à prendre un verre aux terrasses des bars. Il était 19 heures et je marchais, sans me presser, vers le grand square ombragé de platanes où je devais retrouver Angelo, car nous avions décidé de prendre notre repas dans un petit restaurant italien. Je m’assis sur un banc, face à un massif de fleurs magnifiques où toutes les teintes de rose émerveillaient les regards. La beauté de ce spectacle occupait mon esprit et alimentait mes rêves quand mon téléphone me rappela dans le monde réel. C’était Angelo, il semblait contrarié : « Ma petite Hélène, je suis retenu au barrage, je ne sais pas pour combien de temps ! » « Ne t’inquiète pas ! dis-je, ce n’est que partie remise ! » Je rentrai à la maison où la douceur de la soirée m’invita à me prélasser sur la balancelle. Angelo rentra vers 21heures, j’avais préparé un petit repas et en voyant la table, il s’exclama en m’embrassant : « ce petit festin de fête me redonne le moral ! » Je lui lançai un regard interrogatif, il comprit que j’attendais des explications, il me rassura : « Profitons déjà de toutes ces bonnes choses et je te raconterai après ! » Comme d’habitude, il me demanda si ma journée avait été bonne et comme tous les soirs, je lui racontai les bons et les mauvais moments. Avec quelques conseils, il m’aida à solutionner un ennui survenu lors d’une livraison puis, il m’entraîna vers le canapé et assis près de moi, il se mit à parler : « Maintenant, c’est à moi ! Mon retard est dû à un évènement imprévisible, je voulais éviter de parler de cela pour ne pas réveiller de mauvais souvenirs, mais il le faut, tu l’aurais appris par les journaux ! » ( à suivre )

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 15:39

L'inconnue du lac  ( suite )

Je me mis à lire l’article : « Le 15 septembre, des promeneurs ont trouvé le corps d’une jeune femme, en aval du barrage hydroélectrique , elle ne possédait pas de papiers d’identité et personne n’a signalé de disparition, pour le moment, c’est une inconnue… » « C’est étrange ! Pensais-je, c’est le même jour que je voulais en finir avec l’existence ! Et ce n’était pas très loin ! Cette nouvelle me  tourmenta  et je dus raconter ce qui me bouleversait à la psychologue. Elle m’écouta attentivement et, en me regardant bien en face me dit : « C’est malheureux, mais vous n’y êtes pour rien ! Elle n’a pas eu votre chance, c’est le destin ! » Elle arriva à calmer mes inquiétudes mais quand Angelo rentra, je ne pus m’empêcher de lui en parler. Il resta indifférent à ce fait divers et alors que j’insistais sur le fait que c’était le même jour que notre rencontre, il dit évasivement : « C’est vrai que tout le monde en parlait  mais, j’étais tellement préoccupé par ton état que j’avais complètement oublié cette histoire ! »  Il s’assit près de moi et se mit à parler calmement, avec beaucoup de gentillesse : « Hélène ! je ne voudrais pas que le sort de cette malheureuse jeune femme te fasse retomber dans l’ état de désespoir que tu viens de surmonter ! Je t’aime Hélène, je ne veux pas te perdre ! » « Oui ! dis-je, je comprends et je sais que nous ne sommes pas responsables du malheur qui a frappé cette fille, le médecin psychiatre me l’a bien expliqué ! Mais, qu’elle fut découverte  le jour où je voulais me suicider, ça me trouble énormément ! » « C’est une simple coïncidence Hélène ! » ajouta-t-il. Les mois passèrent et on ne parla plus de l’inconnue du lac. Le bonheur  s’installa dans nos vies. Nous avions loué une petite villa très agréable et un an après ma chute aux enfers, je retrouvai du travail au supermarché. Je commençai par mettre en rayons puis, on me proposa de faire une formation de vendeuse en charcuterie. Angelo m’encouragea. Je la suivis  avec succès, ce qui me permit d’être  vendeuse en charcuterie, puis responsable des achats et réassorts. Mes compétences étaient reconnues, j’avais pris de l’assurance et  toute mon existence s’était transformée. Cependant, tous les 15 septembre, je ressentais une certaine agitation, heureusement Angelo veillait et la vie reprenait son cours. Ces tristes pensées  s’éloignèrent de mon esprit quand Angelo me proposa de prendre mes congés annuels en septembre. Ce que nous fîmes régulièrement et tous les ans, nous partions découvrir un coin de France. ( à suivre )

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 14:33

L'inconnue du lac  ( suite )

En arrivant devant mon immeuble, il demanda : « Avez-vous des amis qui pourraient vous loger quelques jours ? Je ne veux pas vous laisser seule chez vous ! » « J’ai une amie ! dis-je, mais, ils sont déjà quatre dans deux pièces ! Et je ne veux pas les ennuyer ! » « Et chez vous ! dit-il, avez –vous un canapé ? C’est juste pour cette nuit et demain, je vous conduirai à l’hôpital pour que vous soyez dirigée vers un service qui pourra vous venir en aide ! » J’aurais voulu protester mais, nous étions déjà dans mon petit appartement « C’est magnifique ! s’exclama-t-il ? et votre canapé me tend les bras ! »

Le lendemain, il me prépara le petit déjeuner et m’obligea à manger un peu. Il prit un air déterminé et dit : «Hélène, je ne travaille pas ce matin, préparez-vous, je vous conduis chez votre médecin et je vous ramènerai chez vous ! » Tout se passa différemment. En rentrant dans le cabinet médical, je me suis effondrée, en proie à une crise de désespoir. Je me réveillai dans un lit d’hôpital, plus exactement dans une clinique spécialisée qui prend en charge les grands dépressifs. A mon réveil, une infirmière me prit la main et d’une voix douce se mit à me parler : « Comment vous sentez-vous Hélène ? » Je n’eus pas le temps de répondre et elle continua : « Vous dormez depuis une semaine ! Vous aviez besoin d’une cure de sommeil ! Votre ami vient tous les jours ! » « Mon ami ? » fis-je avec étonnement « Oui, ma chère ! C’est un beau jeune homme qui travaille à la centrale hydroélectrique ! Vous souvenez –vous de lui maintenant ? » « Oui ! dis-je à voix basse » Elle sortit en lançant : « Il ne va certainement pas tarder ! » A onze heures et demi, on m’apporta un plateau repas, ce fut à ce moment-là qu’Angelo se présenta dans l’entrebâillement de la porte. En me voyant, il s’exclama : « Enfin Hélène, tu reprends des forces ! » Il m’avait tutoyé et il remarqua mon étonnement mais je ne lui laissai pas le temps de parler, je pris les devants : « C’est très bien Angelo ! Merci de t’être si bien occupé de moi et de ne pas m’avoir abandonnée ! » Mon état s’améliora rapidement et après un mois de traitement, ma sortie fut programmée. Angelo vint me chercher, le médecin lui conseilla de ne pas me laisser seule. Pendant le trajet, il fut convenu  que je resterais chez moi et qu’Angelo passerait le plus de temps possible à mes côtés. Nous devînmes très proches et ma vie reprit du sens. Il y avait  trois mois que j’étais rentrée et j’allais passer une visite médicale à la clinique, quand, dans la salle d’attente, je fus attirée par le titre d’une revue : « L’inconnue du lac » écrit en grands caractères, au-dessus de la photo d’une jeune femme morte. ( à suivre )

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 16:35

L'inconnue du Lac ( suite )

Les ténèbres semblaient envahir mon cerveau, mes yeux étaient embués de larmes, un bourdonnement monotone occupait mes oreilles  et le vide me faisait entrevoir un monde idéal. Un rêve destructeur  m’habitait, il canalisait toute ma volonté pour en finir. Je me mis sur la pointe des pieds et je me  hissais sur le muret pour faire le grand saut vers une autre vie quand je sentis deux mains énergiques et fortes me prendre par les épaules. Une voix grave et chantante murmura : « Non mademoiselle, ce n’est pas une solution d’en finir ainsi avec la vie ! » Il m’attira vers lui et m’emmena au-delà du pont. Nous marchions en silence, je ne le regardais pas, je voulais éviter son regard comme si j’avais honte. Il tendit la main vers des arbres abattus et stockés au bord de la route qui longeait une forêt et m’invita à m’asseoir. « Et maintenant dit-il, parlons un peu ! Que se passe-t-il dans cette jolie tête ? » Je restai muette, incapable d’articuler un seul mot. Je ne cherchais pas à le regarder, je baissais la tête ou je la tournais. Il s’en rendit compte et interrogea : « De quoi avez-vous peur ? Ne craignez rien, je ne vous juge pas,  je ne vous veux pas de mal ! Je veux simplement vous aider ! » Je continuai à me murer dans le silence et il se tut. Je pensais qu’il allait partir et me laisser mais, le temps passait et il était toujours assis près de moi. Le soleil  embrasait le ciel et commençait à descendre derrière l’horizon. De temps en temps, il posait sa main sur mon épaule et je sentais son regard qui m’observait avec insistance. Doucement, il se mit à parler de lui : « Je m’appelle Angelo, je suis né à Mantoue, en Lombardie ! C’est une belle région avec trois lacs ! » Timidement, je dis : « Vous êtes  italien ! » et je le regardai. C’était un jeune homme de mon âge, au regard très doux et souriant. Il s’exclama : « Enfin, vous avez une voix et vous osez poser vos yeux sur moi ! » Je souris et il continua : « Parlez-moi de vous, c’est votre tour ! » je me mis à lui raconter ma vie et tout ce qui m’avait poussé à accomplir l’irrémédiable, j’allai jusqu’à lui dire : « Si vous n’aviez pas été là, je serais libérée ! » Il s’écria : « Non ! Non ! Regardez tout ce qui vous entoure, pensez aux autres, la vie vaut la peine d’être vécue ! Secouez vous ! Vous avez déjà traversé l’enfer et vous avez survécu ! Continuez à lutter !» Il me saisit par les épaules, l’obligeant à le regarder droit dans les yeux et demanda : « D’abord, quel est votre prénom ? » Je susurrai : « Hélène ! » Il continua : « Hélène, promettez-moi de chasser les idées noires qui habitent votre esprit et de vous faire consulter un médecin ! » Je hochai la tête et il insista : « Plus fort ! Et je veux entendre dire, oui Angelo ! » Je m’exécutai. Puis, il chargea mon vélo dans sa camionnette et me ramena au bourg.  ( à suivre )

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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 18:40

De Marie ANDRE  FASSOTTE :     L'inconnue du lac

Une nouvelle relatant un fait divers, une jeune fille inconnue, retrouvée morte au pied d'un barrage hydraulique .

Dès le départ du train, je réussis à me calmer. Je ne tremblais plus. Alors que le dernier wagon du convoi qui ramenait la dépouille d’Angelo vers sa Lombardie natale,  disparaissait dans le virage, les dix dernières années de ma vie se mirent à défiler dans ma tête.

Tout commença alors que je venais d’être licenciée de mon poste de standardiste d’une petite usine qui venait de déposer le bilan et j’étais désespérée C’était par une journée d’automne ensoleillée, les arbres flamboyaient dans la lumière, le ciel était resplendissant tandis que mon esprit souffrait. J’avais déposé ma bicyclette contre un arbre et je marchais sur la route qui enjambe le lac du barrage. Sous mes pieds, les turbines tournaient  et, vers l’amont, mon regard se perdit sur l’immense étendue d’eau où sont engloutis deux hameaux, une église et quelques bergeries , effacés du paysage et happés par les profondeurs  .Je flânais sans but,  le bruit de l’eau qui filait vers l’aval m’envahissait étrangement. Je traversai la chaussée et je me penchai au-dessus du mur de protection. La vallée profonde s’étalait sous mes yeux comme un immense précipice qui m’envoûtait, mon corps semblait flotter au-dessus du vide et un vertige incontrôlable s’empara de mon équilibre. Cette sensation de légèreté me détachait progressivement de l’envie de vivre. «  Ce n’est peut-être que la fin d’une existence tourmentée ! » pensais-je. Depuis ma naissance, je n’avais connu qu’une suite de familles d’accueil. Je vécus cependant des moments heureux avec des frères et sœurs de galère, et les éducateurs disaient de moi : «  Hélène a de bons résultats en classe, elle s’en sortira, on n’est pas inquiets pour elle ! Que pouvaient-ils savoir de ce que la vie me réservait ? »  Cette fois, j’étais au fond du trou, seule au-dessus de ce barrage hydroélectrique vrombissant et tumultueux, plus rien ne me rattachait à cette terre ! Un avion passa le mur du son et m’éloigna un instant des pensées morbides qui me hantaient. Mais la réalité revint au galop, me cingla en plein visage, cruelle et implacable. Je me répétais sans cesse : « Hélène, tu n’as plus de travail ! Tu n’as pas de famille ! Tu n’es qu’un être isolé au milieu du monde ! Hélène, tu n’es personne ! » Je me cramponnais à ce parapet de béton, tiraillée entre la vie et la mort. Je luttais pour que l’une ou l’autre de ces destinées prenne le dessus et m’aide à  prendre une décision pour mon avenir.  ( à suivre )

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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 09:48

( suite )           Ce fut le directeur qui répondit :

« Trois hommes sont réfugiés dans une autre poche ! Il faudra un peu plus de temps pour les libérer ! »

« Attendre ! Encore attendre ! » S’exclama  Juliette.

Elle se mit à l’écart et s’assit sur un muret. Ses filles et les familles des deux autres manquants la rejoignirent. Le carreau de la mine était encore occupé par des mineurs et de nombreux habitants du bourg, qui voulaient les accompagner dans leur interminable attente. Un nouvel espoir, deux hommes, assez gravement blessés, furent évacués vers les hôpitaux mais Lulu était toujours au fond. Juliette trouvait sa force en laissant éclater son chagrin dans des colères bruyantes. Le directeur fit un communiqué à la presse et déclara :

 « Le fond de la galerie est complètement effondré ! Un homme ne donne plus signe de vie ! Les équipes continuent les recherches et elles progressent ! »

Cette fois, Juliette resta silencieuse, le poids du chagrin avait courbé son dos et creusé les rides de son visage meurtri par la douleur. Midi sonnait, le directeur vint vers elle et dit :

 « Les sauveteurs sont arrêtés par un nouvel éboulement ! Je suis désolé Madame ! »

 Juliette, une lueur d’effroi dans le regard, le cœur brisé,  vit toute la foule se disperser. Elle se redressa fièrement et dit en tapant du pied : 

« Je ne peux pas laisser mon Lulu dans ce trou noir !  Cette fichue mine me l’aurait-elle pris pour de bon ? Non ! »

Ses deux filles l’enlacèrent en murmurant : 

« Viens maman ! Tu ne peux pas rester devant cette cage vide ! »

A contre cœur, elles s’apprêtaient enfin à  quitter ce lieu qui sentait la mort quand le grand Pasca, qui n’avait pas pu abandonner son ami, jaillit de la fosse en hurlant :

 « J’ai trouvé Lulu ! » L’angoisse et l’espoir s’emparèrent des trois femmes.

Jambes broyées, mais vivant, Lulu fut remonté. Il était là, le visage raviné par la souffrance, il s’efforçait de sourire, comme le clin d’œil du soleil qui sortait timidement de sa cachette !

( fin)                           

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