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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 16:43

         Le tombeau des souvenirs  ( suite )

 << Un jour, le lieutenant me prit à part pour me dire :

 - Soldat, vous allez être nommé brigadier, vous ne monterez plus la garde mais il y a quelques autres contraintes, vous serez responsable de cantonnement, vous répondrez au téléphone, vous ferez l'appel tous les soirs et surtout, vous n'oublierez pas de signaler les absents.

 

C'était, paraît-il, la planque ! Et comme j'étais bien avec tout le monde, les copains ne m'ont jamais occasionné d'embêtements.

Nous sommes arrivés à Wisembach par une belle journée, on nous a logés dans la salle de danse du village, rien que les mitrailleurs, le reste de la compagnie fut installé dans le « patelin » voisin. C'était calme !

Les gardes, les marches et les séances de tir se succédaient sans cesse et très vite, on n'avait pas le temps de penser et de faire autre chose. >>

               Quelques dessins  et des anecdotes agrémentent le récit suivant :

 

<< La « bouffe » n'était pas exceptionnelle, mais on s'y faisait et on l'acceptait ! Sauf un jour où on a trouvé un journal dans la purée

Je me suis approché d'un officier qui mangeait, assis contre un tronc d’arbre et j’ai engagé la conversation :

- Mon capitaine, les nouvelles sont-elles bonnes ? Lui demandais-je

- Oui soldat, comme elles peuvent l’être ! Mais pourquoi me posez-vous cette question ?

Je lui ai montré le bout de journal dans ma gamelle en lui disant :

- Parce que nous, mon Capitaine, on ne lit pas les nouvelles du journal mais on nous les donne à manger !

Le capitaine se leva et constata.

 Il était surpris et désolé à la fois :

- Soldat, je vais faire le nécessaire pour que cela n'arrive plus !

- Merci mon Capitaine ! On ne demande pas l'impossible mais que ce soit propre ! dis-je

- Croyez que j'ai très bien compris soldat!

 Après ce jour, on n'a plus trouvé le journal dans la gamelle mais il y avait des hauts et des bas !

 Dans ce patelin, dont j’ai oublié le nom, j’ai été témoin d'une histoire peu commune ! C’était presque un fait divers qui aurait pu faire la une dans la rubrique santé de la gazette.

Le patron du bistrot était un forain qui faisait les fêtes en été et tenait son petit bistrot en hiver. Le père Borio, comme il se nommait, a eu un drôle de mal pendant qu'on était là ! Une incroyable constipation qui avait commencé bien avant notre arrivée,  il est resté 32 ou 36 jours sans aller à la selle, les docteurs ne voulaient plus le soigner et c'est un curé qui lui a donné une potion à base d’huile de ricin, une vraie purge ! Le jour qu'il s'est débouché, il était tellement heureux, qu'il a annoncé la nouvelle à tout le monde ! Le pauvre bonhomme fut bien soulagé ! Nous étions en lisière de la forêt d'Anlier, une des plus grandes forêts des Ardennes belges, il y avait beaucoup de lapins de garenne et les spécialistes des collets étaient à leur affaire ! Pour les quarante hommes que nous étions, il y avait de 50 à 60 collets tendus !  Certains jours,  nos braconniers ramenaient une dizaine de lapins.

Le père Borio nous a prêté une grosse cocotte et le copain charcutier, s'est déguisé en cuisinier, on a bien cassé  la croûte ! ( à suivre )

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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 16:42

        Le tombeau des souvenirs ( suite )

Fatiguée par toutes les péripéties vécues par mon père, je ferme les yeux. Cette période de sa vie, il l’a vécue à cent à l’heure, Rien ne l’arrêtait ! Mentalement et physiquement, ses ressources semblaient inépuisables. Les mois défilent sur le papier et je me retrouve à fêter Noël 1939.

 

<< Noël 1939 ! Nous étions en repos dans des baraquements à courants d'air ! Il faisait de -15° à -20° et c'était Noël ! On installa un magnifique sapin à la place de mon lit, on fit un bon vin chaud, servi à gogo ! Mais aucun n’exagéra. A minuit, nous étions tous à la messe de minuit. Nous avions deux curés brancardiers, l'un célébra la messe, l'autre fit le sermon et un jeune élève officier chanta « Minuit Chrétien » comme je ne l'avais jamais entendu, tellement il avait une belle voix.  L'assemblée n'était constituée que de soldats, l'église était fermée aux civils.

Cette Fête de Noël  fut la plus belle et surtout la plus émouvante que j'ai connue ! Avec le recul et le temps, c'est encore davantage, le mot n'existe pas ! En y pensant, je suis toujours aussi ému. Le prêtre qui célébrait la messe est le seul rescapé du trio ! Celui qui a fait le sermon et celui qui a chanté sont tombés comme des braves au début de la guerre !

Nous étions installés dans la forêt.  On était de garde à une issue du campement. Notre baraque avait été construite à un mètre du sol, c'était dur comme une tôle ! Nous avions baptisé notre cabane :

 « La Villa des Privés d'Amour ! »

 La reine Elisabeth, mère de Léopold III, nous a rendu visite. En lisant l’inscription, elle a eu un petit sourire et nous a encouragés à continuer notre mission  en gardant  le moral et la même discipline, elle nous  félicita.

 Nous avons changé trois fois de cantonnement : Martelange, Wisembach et Chaumont, mais les gardes étaient partout aussi nombreuses et toujours à la frontière ! On a été trois ou quatre fois en alerte sur le terrain, jour et nuit, plus question de permissions ! De plus, j'ai été « nommé F.F, c'est à dire faisant fonction »,

Quelquefois, je remplaçais un chef de pièce, en général, un caporal ! Mais pendant une nuit d'alerte, j'ai remplacé un sous-officier d'élite, soit un sergent ou un adjudant, j'étais responsable de deux mitrailleuses et de deux fusils-mitrailleurs, ce n'était pas très régulier.  Le lendemain,  tout le monde avait repris son poste. >> ( à suivre )

 

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 17:30

         Le tombeau des souvenirs   ( suite )

Je vois mon père, confiant et d'une volonté inébranlable ! Je sens son regard qui traduit ses pensées, ne comprenant pas l'impuissance des quelques officiers et sous-officiers devant ces mitrailleuses silencieuses ! Sans hésiter, il rechercha la cause de ces échecs., il écrit :

<< La mitrailleuse brillait de propreté ! J'ai commencé par manœuvrer la culasse, à bien huiler tout le mécanisme, comme il faut ! Mais la machine ne marchait pas ! Impossible de tirer ! Je voulais trouver la panne ! J'étais à genoux, les mains bien grasses, quand mon regard se posa sur le ressort de rappel de la culasse. Presque triomphant, je m'écriai :

  • Mais quel est l'imbécile qui a réglé ce ressort ?

Un copain se pencha vers moi en chuchotant :

  • Un adjudant !

Je hurlai encore plus fort :

  • Un adjudant ! Quel con celui-là !

Cette fois ce fut le lieutenant qui ordonna :

- Soldat, n’insistez pas, cette pièce ne fonctionne pas ! Aujourd'hui, on prend la deuxième, celle de secours !

Moi, le rebelle, j'avais suivi la formation de mitrailleur et j'étais sûr de moi ! Je me permis de répondre au lieutenant :

  • Vous permettez mon lieutenant ? Cette mitrailleuse a été mal réglée ! Le ressort de rappel de culasse est à 45 et il doit, au maximum, être à 20 !
  • En êtes-vous sûr ?
  • Oui, mon Lieutenant !
  • Alors, faîtes le nécessaire !

Sitôt dit, sitôt fait ! Une demi -heure plus tard, nous étions sur le champ de tir improvisé avec une cible en carton à l'effigie d'Hitler

Le lieutenant Kiffer qui commandait le tir de toutes les compagnies du secteur  passa derrière moi en me demandant :

  • ça va marcher mon ami?
  • Oui, mon lieutenant !

Alors, il ordonna :

  •  A mon commandement ! En batterie ! Chargez ! Pointez l'objectif ! Feu !!! 

Au moment de tirer, mon sang bouillait, mon cœur s'accélérait et la mitrailleuse tournait comme une horloge, tir réussi !!! Alors que beaucoup d'autres pièces s'enrayaient ou n'envoyaient que des petits pifs ! pafs ! Poufs ! Mon lieutenant sautait de joie en me tapant sur l'épaule et en hurlant sur tous ceux qui n'arrivaient pas à régler leur machine !

 Très excité, il s'adressa à moi :

  • Bon sang ! Quel est votre secret ?
  • Mon secret Lieutenant ? C'est simple ! Huiler fortement le ressort de rappel de culasse et le régler entre 18 et 20, c'est tout et Ça doit marcher !
  • Deux jours plus tard, toutes les mitrailleuses fonctionnaient, elles  étaient prêtes à recevoir l'ennemi qui n'arriva que huit mois plus tard ! >>  ( à suivre )
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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 17:37

Le tombeau des souvenirs  ( suite )

<< Le temps ne passait pas trop vite, mais trois mois s'étaient de nouveau écoulés.

  Tout arrive à qui sait attendre, me dit un sergent.

Le moment de poser ma deuxième permission de neuf jours était venu ! Nous étions en subsistance dans une autre compagnie. Les sous-officiers du bureau firent des difficultés à me donner ma permission, il fallut aller chercher le capitaine, qui  dut élever la voix pour qu'ils obéissent à ses instructions. Il fallait toujours se démener comme des diables !

  • Mais ce n'était pas fini, il fallait encore aller chercher le passeport à Namur ! C’était le parcours du combattant ! cette fois, j'ai voyagé en train et en stop, ça ne s'est pas mal passé ! cette deuxième permission passa encore plus rapidement que la précédente. La joie de se retrouver chez soi, avec ceux qu'on aime, c’est merveilleux ! Puis ce fut de nouveau la tristesse du départ ! Ah, le départ ! Camille, malgré sa force de caractère, supportait mal ce moment d’adieux ! Pour s’en excuser, elle disait :
  • Tu sais, pendant une semaine, je me suis laissée vivre et je vais devoir franchir le mur de la tranquillité et retomber dans la réalité des responsabilités !

En revenant au cantonnement, je me demandais ce que j'allais trouver. La première fois, c’était mon retard et le Lieutenant Kiffer et cette fois, que me réservait-on ?

A mon arrivée, les copains me firent un compte-rendu assez noir de la situation !

  • Ecoute Grand ! Tout va mal !
  • Vous broyez du noir les gars ! Qu'est-ce qui se passe ?
  • Pendant ton absence, ils nous ont emmené au tir pour rôder les mitrailleuses et, comme beaucoup d’autres, la nôtre est restée muette ! Rien ! Pas moyen de la faire fonctionner !

Je compris immédiatement leur inquiétude ! C'est alors que le sergent arriva et commanda :

  • Au tir, les gars !

Je me précipitai sur ma mitrailleuse, le sergent m’arrêta :

  • Qu'est-ce que vous faîtes mon ami ?
  • Je vais chercher ma mitrailleuse !
  • Inutile, elle ne fonctionne pas ! Aujourd'hui, on prend l'autre !
  • Non sergent, on prend la mienne ! Elle va fonctionner, il le faut ! Vous allez voir !

Le sergent eut un rictus septique et marmonna :

  • Bon !  Allez-y ! On verra  ! Vous avez intérêt à la faire fonctionner >>
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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 14:13

         Le tombeau des souvenirs  ( suite )

Sûr et confiant, je vois mon père entrer dans le bureau du Lieutenant Kieffer , il a  écrit :

<< Je me suis retrouvé devant un homme jeune, au regard clair, je lui présentai ma permission, il me regarda et dit simplement :

- Soldat, vous êtes en retard !

- Je le sais mon Lieutenant, j'ai pris le dernier train ! En prenant le précédent, j'aurai perdu une journée et les permissions sont si rares

- Bon !..... Je comprends !....Quelles nouvelles en France ?

- En France, mon Lieutenant, c'est comme nous, ils attendent !

- C'est bien, vous pouvez disposer !

- Plus rien à vos ordres mon Lieutenant ?

- Non, rompez !

Je suis sorti du bureau radieux, en m’exclamant :

- Alors les copains, c'est un bon gars le lieutenant !

Ils me regardaient médusés et n’y comprenaient rien !

- Ne faîtes pas cette tête, je crois que j'ai une gueule qui lui revient !

-  T’as une sacré veine ! s’exclama un copain

Par la suite, je me suis souvent retrouvé avec le Lieutenant Kiffer, je ne m'étais pas trompé, c'était quelqu'un de bien ! Du fait qu’il commandait le peloton de mitrailleurs, j'ai souvent eu à faire à lui, nos rapports étaient très bons ! C'était un officier sérieux, compétent et intelligent ! Il ne cherchait pas la petite bête pour « emmerder les gars ». Il gardait toujours son rang, pas de familiarités, chacun savait à quoi s’en tenir. Ce n’était pas le genre à faire la fête avec ses hommes et les punir à la moindre incartade ! C’était un homme calme, sachant se dominer et toujours égal à lui-même.  Par la suite, tous les copains se rangèrent à mon avis et reconnurent notre Lieutenant comme étant un bon officier, ordonné, proche de ses hommes et compréhensif. >>

 

J’imagine mon père devant le douanier et le gendarme, il n’avait pas le caractère à se laisser intimider. C’était un homme d’une extrême gentillesse mais il ne supportait pas l’injustice et les gens dédaigneux et hautains. Avec lui, je pars pour sa deuxième permission.

 

 

 

 

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 21:36

         Le tombeau des souvenirs    ( suite )

Un douanier belge s'approcha de moi et m'adressa la parole en ces termes :

- Rien à déclarer, mon ami ?

- Non !

- Ouvrez votre valise !

- Voilà monsieur !

Aussitôt, il prit ma bouteille d’eau de vie de mirabelle et questionna :

- Et ça, qu'est-ce que c'est ?

- Cette bouteille ! C'est de « l'antigrippe ! »

Il ouvrit la bouteille, renifla et me regarda en ricanant :

- De « l'antigrippe » ! Tu as de la chance que c'est pour aller dans les tranchées sais-tu !

Au même moment, un gendarme, intrigué par ma capote  froissée m'arrêta :

- Vous ! Le militaire, vos papiers et votre permission !

Je lui ai présenté ce qu'il avait demandé, il lut puis me regarda de haut avec sa casquette « à ridelles » pour me dire :

- Vous êtes en retard ! Votre permission s'est terminée à minuit !

En voyant ce jeune gendarme qui me parlait dédaigneusement, mon sang ne fit qu'un tour et j'ai tout de suite riposté :

- Combien gagnes-tu par jour ? Moi, je gagne un franc par jour ! Donne-moi ma permission ! Si quelqu'un doit me punir, ce n'est pas toi ! Mon Capitaine est assez grand pour le faire !

Il n'insista pas, et me rendit mes papiers, quant au vieux douanier qui tenait ma valise en ricanant, il semblait décidé à la garder, alors, énervé,  je lui ai pris des mains en l'insultant à mi-voix, je ne voulais pas qu'il entende  mon vocabulaire  peu académique.

J'étais devenu agressif et grossier, prêt à bondir sur tout ce qui me barrait le passage. Ils ont compris que j'étais décidé à en venir aux mains, alors, ils m'ont laissé partir. Ce retour de  permission me réservait encore une autre cause de stress !

 En arrivant au cantonnement, les copains et le sergent n'étaient pas optimistes sur mon avenir proche, il me voyait déjà en tôle ! Le sergent m’expliqua avec de l’inquiétude dans la voix :

- te rends-tu compte de ton retard ? Tu devais rentrer à minuit ! Tu dois aller au bureau ! De plus, c'est le lieutenant Kiffer qui est de service, on dit qu'il est vache !

Je les écoutais en m’efforçant de garder mon calme. Le sourire aux lèvres et en blaguant, je leur dis :

- Ne vous en faîtes pas ! Vous allez voir, avec ma bonne gueule, il ne me dira rien !

D’un bon pas, je me suis rendu au bureau, j'ai frappé énergiquement, une voix ferme, bien posée et nette répondit :

- Entrez !      ( à suivre )

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 16:52

            Le tombeau des souvenirs  ( suite )

 L'écriture de l'extrait suivant reflète l'espoir que cette permission a suscité,  ce souffle de bonheur me pousse à découvrir cet épisode :

<< Après avoir crapahuté pendant trois mois, j'ai posé ma demande de permission de neuf jours. La réponse arriva assez vite :

- Permission acceptée !

Le lendemain, je me suis précipité à Namur pour chercher mon passeport au Consulat de France. Ce ne fut pas simple d'affronter les files d'attente ! Enfin, après bien des péripéties, le passeport en poche, j'ai atteint la frontière, chez mon frère Joseph, qui ne craignait rien. La joie de nos retrouvailles n'échappait à personne, l'affection qui nous liait était très sincère et profonde. Pour m'aider et me rassurer, il m'empoigna affectueusement par les épaules et sa voix toujours enjouée me fit oublier mes soucis :

- Ne t'en fais pas frangin, je vais t'emmener chez toi, en voiture !

- Mais...On n'a pas le droit de circuler dans les zones armées !

- Frangin ! s’exclama-t-il, tu me connais ! Monte dans mon taxi et on prend le gauche !

L'épopée commença ! Il emprunta des itinéraires interdits, il roulait à vive allure, sans hésitation, avec une voiture tellement sale qu' on ne voyait pas si c'était une voiture militaire ou pas ! Toutes les barrières s'ouvraient devant nous, il y avait même des gars qui nous saluaient ! Mon frère Joseph pilotait comme un champion ! Je fus vite rendu chez moi ! Mon petit village meusien était envahi de soldats français, je crois que c'était le 11ème régiment de cuirassiers. J’étais heureux de trouver des soldats français pour discuter et échanger nos idées sur cette guerre qui se préparait sournoisement. Heureusement, j'étais chez moi, mais  neuf jours, ça passe vraiment vite ! Je me suis offert un jour de plus ! C'était l'hiver 1939-1940, particulièrement rude, surtout dans les Ardennes belges ! Pour repartir, j'ai mis une petite bouteille d’eau de vie de mirabelle dans ma valise pour en donner un peu aux copains, je pensais que ça les réchaufferait !

 J’ai pris le train en habit civil, à la frontière, j'ai enfilé ma veste et ma capote militaire, je n'avais pas le droit de circuler en uniforme belge en France ! Le train arriva à la douane, le haut parleur grésilla :

- Douane ! Tout le monde descend !

Un douanier belge s'approcha de moi et m'adressa la parole en ces termes :

- Rien à déclarer, mon ami ? ...>>  ( à suivre )

 

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 22:05

           Le tombeau des souvenirs  ( suite )

<< Il leva les bras au ciel et gémit :

- Qu'est-ce que tu veux mon vieux, moi non plus, je n'ai pas de permission !

- Excusez-moi Sergent, mais pour vous, c'est différent, c'est votre métier !

- Mon métier ! s’écria-t-il,Oui, mais pas mon métier de faire la guerre !...

- Et moi, pensez-vous que ce soit le mien de faire la guerre ?

- Soldat, ne devez-vous pas faire votre devoir ?

Il commençait à me saouler celui-là, alors je lui ai répondu :

- D'accord Sergent, c'est votre métier de toucher la paye, pendant que moi, je gagne un franc par jour !

Il s'éloigna et à partir de ce jour, il ne m'adressa plus jamais la parole, il n’osait même plus me regarder en face, il répondait juste au salut, c'était tout !

L'automne était déjà bien installé, le vent soufflait en rafales, emportant toutes les feuilles. Les forêts de grands sapins restaient imperturbablement vertes. Nos caractères belliqueux semblaient s'être soumis, mais la rage grondait à l’intérieur.  C'était un foyer de braises ardentes, prêt à exploser ! Etait-ce l'accalmie avant la tempête ?

 Enfin, une bonne nouvelle pour les « Français » comme moi, il était temps, nous étions tout ouïe :

- Les hommes habitant l'étranger ont droit à neuf jours de permission tous les trois mois ! Cependant, ils devront se procurer un passeport pour chaque permission !

Malgré les contraintes d’obtention du passeport, le sourire revint sur nos visages fatigués, encore trois mois à attendre,  ce qui nous parut encore long ! Mais nos chefs ne nous laissaient pas inactifs, pas une minute de répit ! Ainsi, le temps passait vite ! >>

 

                  Enfin, la permission !

 

En lisant  ce gros titre, je ressens la joie et le soulagement qui envahissent le cœur de tous ces hommes, enrôlés malgré eux, dans un tourbillon inconnu ! Pour mon père, je sais que retrouver sa famille, sa maison, c’était très important, il disait souvent : " votre mère habitait mes pensées, elle travaillait comme un homme et ne se plaignait jamais, je savais qu’elle était fatiguée,

 mais son indestructible  volonté lui donnait la force de surmonter tous les obstacles ! " Je ferme les yeux et dans le silence du grenier résonne la voix claire de mon père, elle captive toute mon attention ! Ce saut dans le passé me plonge dans cette époque trouble, aux frontières de l'insécurité !

 

( à suivre )

 

 

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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 15:42

                Le tombeau des souvenirs    ( suite )

 Le verdict du médecin fut clair et net :

  •   -  Crise de rhumatismes articulaires, huit jours de repos !

Cet arrêt forcé m'ennuyait, le médecin répéta :

- Huit jours de repos, c'est un ordre !

Finalement, ce repos obligatoire me redonna des forces pour reprendre le rythme infernal, 48 heures de garde, une journée de repos et un jour de travaux de campagne ou marche d'entraînement. Le temps passait, la lassitude commençait à nous habiter, c'est à ce moment le plus difficile pour le moral qu'il fut question de permissions :

- Soldats, la situation actuelle nous permet de vous donner trois jours de permission par mois, sauf pour ceux qui habitent à l'étranger !

Je me suis affalé sur un tronc d'arbre mais aussitôt, j'ai rebondi comme un ressort et le franco-belge au tempérament bouillant s'est fait entendre :

- Alors quoi ? Pour nous, « les Français », pas de perm ! Vous allez apprendre à connaître les râleurs et les grognards !

Les copains étaient tous derrière moi, solidaires dans la révolte ! Nos chefs ont tout de suite compris notre colère. Ils usèrent de diplomatie pour nous rassurer et nous calmer. Les jours suivants s'écoulèrent assez sereinement. Il restait la correspondance, l'heure du courrier était toujours attendue avec un sentiment d'impatience mêlé d'angoisse. J'avais de la chance, Camille m'écrivait souvent et je répondais aussi vite. Pour quelques- uns, le désarroi les habitait, pas de nouvelles de la famille, c'était difficile à vivre ! Après quelques semaines, personne ne parlait plus de permission. Le moral était fluctuant, la nourriture de qualité moyenne, le boulot nous occupait ! A 26, 27 ans, on tient le coup ! Les chefs étaient braves et la discipline ne supportait aucun laisser-aller ! Le Capitaine Commandant PIRNEY calmait toujours les adjudants par ces mots :

- Laissez un peu de liberté à ces hommes, il est inutile de les énerver pour des broutilles !

Cet officier avait connu la Grande guerre, 1914-1918, il savait ce que c'était que de quitter les siens et sa maison pour aller faire  son devoir !

Un soir, je m'étais un peu éloigné des autres et je m'étais assis sur un muret, à côté de la cuisine et du bureau de la deuxième Compagnie, quand vint à passer un fameux sergent chef, Wagner,

faisant fonction d'adjudant. J'avais déjà remarqué que c'était un grand gueulard, il stoppa net en me voyant et demanda

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- J'attends une permission sergent-chef !

Il leva les bras au ciel et gémit :... ( à suivre )

 

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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 15:21

               Le tombeau des souvenirs  ( suite )

Le nouveau titre m’interpelle :

              L’abri Devèze

 

                     Je repars au milieu de cette foule tumultueuse de soldats, ces jeunes hommes loin de leur famille dont le futur proche est la guerre. Leur impatience et leur anxiété torturent mes pensées. Le récit de mon père s’intensifie :

 

<< Les sous-officiers appelèrent leurs hommes, puis ce fut le tour  des mitrailleurs.

Quand les sept hommes de la pièce furent nommés, on s'aperçut qu'on habitait  tous en France ou à la frontière. Pour toute la compagnie, nous étions les Français. Quelques jours plus tard, on dut prendre position à la frontière Luxembourgeoise. Nous sommes arrivés à Martelange sous une pluie battante, trempés jusqu'aux os, sans repos, il fallait relever la garde, l'ordre tomba sur nous comme une douche froide.

 Pour me donner du courage, j'ai appelé les copains :

- Allez les gars ! On y va ! à 5 kilomètres, il y a quatre gars transis, à la lisière de la forêt qui doivent attendre notre arrivée avec impatience !

                      Les quatre bicyclettes et les paquetages prirent le chemin de la forêt. Les ornières pleines d'eau ne facilitaient pas notre progression. Enfin, le petit peloton se trouva devant un abri  en béton, couvert de mousse et de lierre, c’était un abri Devèze.

 

C’étaient de petits abris en béton, appelés « abris Devèze », construits dans tout le Luxembourg belge et dans la partie sud de la province de Liège.

Chaque abri était  prévu pour une arme automatique

 (Mitrailleuse ou fusil-mitrailleur) et quatre servants, gradés compris. Il devait  pouvoir résister au feu du canon de 77 mm. Ces abris ne comportaient pas de système de ventilation, ni de cloche d’observation, ni de projecteur. Ils étaient de dimensions réduites (3,30 m x 3,25 m) et dissimulés dans des couverts naturels ou des bâtiments.

A l'intérieur régnait un air humide, un peu de paille servait de couchette, la mitrailleuse trônait au centre. Les quatre hommes relevés ne traînèrent pas, on était à peine installés qu'ils avaient déjà disparu ! Après deux longs jours passés dans ce gourbi, avec nos vêtements humides, d'autres copains vinrent prendre notre place. Le lendemain, on a dormi dans une école, sur une sorte de litière sèche, je me suis endormi sans efforts mais, le matin suivant, impossible de me relever, je souffrais des reins et  toutes mes articulations m’auraient facilement fait hurler de douleur si je n'avais pas eu la volonté de me taire et de crier à l'intérieur.

 Le verdict du médecin fut clair et net : ...>> ( à suivre )

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