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Enterrer ? Enfouir ? Ne serait-ce pas oublier ? Comment traiter les déchets radioactifs ? L'enfouissement des déchets radioactifs dans les conditions actuelles est-il acceptable ? A-t-on préparé le démantèlement des centrales nucléaires ? Les recherches scientifiques permettent-elles, actuellement, le traitement de tous ces déchets pour les rendre inoffensifs ? Sommes-nous assez informés des dangers de toutes ces poubelles nucléaires ?

Les poubelles radioactives ! Saga de l'écologie ...

Un excellent article issu des dossiers du Canard N°115— avril 2010. PP 68-69.


Nucléaire de rien.

 

Le mouvement écolo s’est construit contre l’atome. Mais, aujourd’hui, c’est l’atome qui est devenu écolo ! Enfin, presque...

LA première grande manif écolo en France est une manif antinucléaire : en juillet 1971, à l’appel de Pierre Fournier, de « Charlie Hebdo », pas moins de 15000« marcheurs » se rassemblent contre la centrale nucléaire de Bugey,dans l’Ain. L’opération, baptisée « /Bugey-cobayes/ », se veut le « coup d’envoi de la révolution écologique en Europe ».Parmi les marcheurs : Théodore Monod, Jean Rostand, Paul-Emile Victor, Lanza del Vasto et l’inénarrable Aguigui Mouna, figure contestataire de l’époque. La France n’est,alors, presque pas nucléarisée : elle en compte que Huit petits réacteurs graphite-gaz. Robert Poujade, qui occupe le poste tout juste créé de ministre de l’Environnement, se déclare même contre l’électricité nucléaire. Essayez d’imaginer le ministre de l’Environnement Borloo prendre aujourd’hui pareille position...

C’est juste après le choc pétrolier de 1973 que la France fait le choix de l’atome. Gravement malade, le président Pompidou n’est plus vraiment aux manettes. Le 5 mars 1974, trois semaines avant sa mort, le Premier ministre, Pierre Messmer,annonce à la télé que la France va se lancer dans le tout-nucléaire. Pas de débat,pas de vote à l’Assemblée pour cette marche forcée vers le« tout-électrique, tout-nucléaire » conduite par les ingénieurs d’EDF. C’est carrément cinq ou six réacteurs géants (à eau pressurisée) par an qu’ils vont construire tout au long des années 70...

Cette nucléarisation galopante devient la principale obsession des écologistes : grandes marches antinucléaires dans le Cotentin, manifs à Fessenheim, à Gravelines, appel de 400 scientifiques contre le nucléaire en 1975, 20000 personnes contre Superphénix en 1976, occupation du site de Flamanville début 77, etc. C’est à partir de cette lutte qu’ils se structurent, et structurent aussi leur pensée : le nucléaire, ils ne sont pas contre uniquement parce que c’est dangereux, que nul ne sait (aujourd’hui encore) quoi faire des déchets, mais parce que, comme le dit Didier Anger, un des pionniers de la lutte antinucléaire, non seulement « l’industrie nucléaire implique un mode de fonctionnement militarisé », mais elle induit «  une société centralisée, aux pouvoirs autoritaire et technocratique ». « /Société nucléaire, société policière ! », scandent les manifestants, plus de 60 000, réunis à Malville en juillet 1977. Comme pour leur donner raison, Giscard, excédé par cette contestation montante,choisit la politique du bâton : à Malville, il fait donner les CRS, qui attaquent à la grenade explosive. Drame : un mort, Vital Michalon, et près d’une centaine de blessés, dont plusieurs amputés. De quoi refroidir les ardeurs...

L’ambiance sera presque aussi tendue à Plogoff, où EDF projette de construire une centrale. Arrivés à la mairie le 30 janvier 1980, les dossiers de l’enquête publique sont brûlés, manifs et actions se multiplient, Giscard envoie sept escadrons de gendarmes mobiles et les paras... Plus de 100 000 manifestants fêtent la fin de la procédure le 24 mai 1980. A peine élu, Mitterrand tient sa promesse de renoncer à Plogoff. Ce qui ne l’empêche pas d’achever la nucléarisation : la dernière centrale, celle de Civaux, est construite en1987. Désormais, les 58 réacteurs nucléaires fournissent tellement d’électricité qu’EDF en exporte 15% par an...

Cette défaite en rase campagne des écologistes ne les fait pas dévier d’un pouce : ils restent farouchement antinucléaires. Lorsque les Verts se constituent en parti, en janvier 1984 à Clichy, c’est d’ailleurs sur le nucléaire que sa fait le clivage déterminant : téléguidé par Tonton, Brice Lalonde propose (déjà) aux écolos d’abandonner l’opposition au nucléaire et de s’allier aux centristes. Il ne rallie même pas un dixième des suffrages...L’année d’après, les services secrets français s’illustrent en faisant sauter le « Rainbow-warrior », bateau affrété par Greenpeace pour s’opposer aux essais nucléaires de Mururoa. Bilan, un mort. Et un scandale : le nucléaire civil, jamais très éloigné du nucléaire militaire, n ’en sort pas vraiment grandi...

Là-dessus,le 26 avril 1986 : Tchernobyl. Le mensonge officiel triomphant. Les cartes de la radioactivité falsifiées. Le nuage qui s’arrête aux frontières. Et l’entrée dans « l’hiver nucléaire » :traumatisée, l’opinion publique fait désormais preuve d’une méfiance en béton armé face à l’atome.

Vingt ans plus tard, la donne a changé : le réchauffement climatique est passé par là. Depuis l’adoption du protocole de Kyoto, en 1997, qui le désigne ennemi numéro un de la planète, nombreux sont ceux qui insistent sur le fait que le nucléaire a l’avantage de générer peu de gaz à effet de serre. On assiste dès lors à de surprenants retournements de veste : Patrick Moore, l’un des fondateurs historiques de Greenpeace, s’affiche pro-nucléaire. Ainsi que le scientifique anglais James Lovelock, père de l’hypothèse Gaïa, selon laquelle la Terre se comporte comme un organisme vivant et autorégulé. Tandis qu’en France les deux grandes figures émergentes de l’écologie, Nicolas Hulot et Yann Arthus-Bertrand, s’abstiennent courageusement de prendre position (« Si on pouvait s’en passer, ça serait bien, mais à cause de l’urgence climatique, vous comprenez... »).

C’est dans ce contexte qu’en 2007 Sarkozy lance le Grenelle de l’environnement,lequel tend un joli piège aux écologistes : Sarkozy les invite à discuter de tout... sauf de l’atome ! Avides de reconnaissance, les neuf ONG désignées (WWF, Les Amis de la Terre, France Nature Environnement, Greenpeace,la ligue ROC, la Fondation Hulot, la Ligue pour la protection des oiseaux d’Allain Bougrain-Dubourg, l’association GoodPlanet de yann Arthus-Bertrand, Ecologie sans frontières) pour représenter officiellement l’écologie au Grenelle acceptent le deal comme un seul homme, et sont reçues à l’Elysée. Enfin on nous prend au sérieux !

Le Réseau Sortir du nucléaire, qui regroupe pas moins de 872 associations ;est soigneusement tenu à l’écart, tandis que, surprise, Greenpeace, vieille organisation habituée de la lutte antinucléaire, avec ses campagnes contre l’immersion des déchets en mer, contre l’enfouissement des déchets, contre le retraitement du plutonium, contre l’EPR, accepte l’invitation. Après avoir été l’un des principaux négociateurs du Grenelle, son directeur de campagne Yannick Jadot quittera Greenpeace deux ans plus tard pour rejoindre Europe Ecologie, puis se faire élire député européen... Le « Grenelle », pour Sarko, c’est « l’acte fondateur d’un new deal écologique en France, en Europe et dans le monde ». Mais pas question de toucher au nucléaire. Pour que la couleuvre ne soit pas trop grosse à avaler, le chef de l’Etat promet de « ne pas créer de nouveaux sites nucléaires », ce qui ne mange pas de pain : la France dispose d’un nombre impressionnant de sites capables d’accueillir de nouveaux réacteurs, à l’image du fameux EPR actuellement en construction sur le site de Flamanville.

D’ailleurs,quelques mois plus tard, en juillet 2008, il décrète sans consultation, ni vote, ni Grand Débat National sur l’Identité Nucléaire de la France, la construction d’un deuxième EPR sur le site de Penly (Seine maritime). Pourquoi ? Pour exporter de l’électricité : « un EPR, c’est 600 millions d’euros d’exportation. J’attends celui qui me dira que nous n’en avons pas besoin. »

Persuadés d’avoir le vent en poupe, les services de com’ d’Areva ne cessent, depuis quelques années, d’arroser la presse de publicités vantant l’atome, présenté carrément comme énergie sûre, propre et renouvelable. Certes, ce n’est jamais gagné :quand en 2003 le Réseau publie un document confidentiel reconnaissant la vulnérabilité du réacteur EPR en cas de crash d’avion de ligne (et qu’EDF se fait pincer en train de faire espionner son porte-parole Stéphane Lhomme pour connaître l’origine de la fuite), l’image d’énergie « sûre » en prend un coup. Quand survient un été atomique agité comme celui de 2008, avec grosse fuite d’uranium au Tricastin, suivie de révélations sur la pollution des nappes phréatiques toutes proches, suivies d’un accident au cours duquel une centaine d’employés sont contaminés, l’énergie « propre » en prend encore un coup. Il faut alors repartir à l’attaque à grand renfort de pages de pub...

Lors d’une audition à l’Assemblée nationale, le 9 décembre dernier, Anne Lauvergeon, patronne d’Areva, est interrogée sur la compatibilité entre mouvement écolo et nucléaire. Réponse :« Si, dans les années 70, le mouvement vert s’est en effet développé à partir de sa lutte antinucléaire, je pense qu’une scission interviendra entre les"Verts canal historique",qui resteront antinucléaires jusqu’à la fin des temps, et les Verts modernes,qui finiront par reconnaître que le nucléaire fait partie des solutions. » Ce qui fait rigoler Stéphane Lhomme, porte-parole du Réseau Sortir du nucléaire : « Elle est en pleine méthode Coué ! Elle aimerait bien que le mouvement écolo éclate,mais ça n’est pas le cas. L’ensemble du mouvement reste antinucléaire. On ne peut pas dire qu’il y ait trahison. »Pourtant les écolos s’écharpent de plus en plus souvent à cause du nucléaire. Ainsi,le 25 novembre 2009, les eurodéputés du groupe des Verts votent (hormis José Bové) une résolution sur le réchauffement où figure un article qui reconnaît au nucléaire «  un rôle important dans le bouquet énergétique à moyen terme ». Emotion des troupes !

Rebelote au Sommet de Copenhague : WWF et Greenpeace lancent à Sarko un « ultimatum climatique », dans lequel ils lui demandent de prendre la tête de la lutte contre le réchauffement... mais sans évoquer le nucléaire ! Or Sarko, chacun le sait, veut lutter contre le réchauffement grâce à l’atome. D’où bagarre interne chez les écolos : faut-il signer ou non cet appel ? Le Réseau a fini par signer, mais les esprits s’échauffent.

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