Enterrer ? Enfouir ? Ne serait-ce pas oublier ? Comment traiter les déchets radioactifs ? L'enfouissement des déchets radioactifs dans les conditions actuelles est-il acceptable ? A-t-on préparé le démantèlement des centrales nucléaires ? Les recherches scientifiques permettent-elles, actuellement, le traitement de tous ces déchets pour les rendre inoffensifs ? Sommes-nous assez informés des dangers de toutes ces poubelles nucléaires ?
La région de Bure est un énorme réservoir d’eau. Il y pleut en moyenne 1100 millimètres d’eau par an, la quantité d’eau emmagasinée dans les pores des roches se chiffre en milliards de mètres cubes et l’eau est restituée en surface vers l’aval du bassin versant. Cette eau, grâce aux failles va pouvoir circuler dans le centre de stockage et emporter avec elle des radio-nucléides. Où vont-ils aller ?
Le parcours des eaux quittant le plateau de l’Ornois par de nombreux cours d’eau (la Saulx, l’Orge, le Buro, l’Ornain, l’Ormançon, le Rongeant etc…). prendra un chemin vers la Marne puis la Seine et la mer. Si ces eaux sont polluées par les radionucléides - et elles le seront malheureusement - la pollution sera généreusement distribuée aux habitants de la région parisienne et de toute la partie aval. On pourrait leur demander leur avis.
dimanche 19 octobre 2008
L’IRSN pose de vraies questions sur l’enfouissement.
L’argile de Tournemire sous haute surveillance [ 02/10/08 ]
SCIENCES ET TECHNOLOGIES - NUCLEAIRE - ENVIRONNEMENT
par MATTHIEU QUIRET
L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire tente d’encadrer avec le CNRS les recherches sur le stockage des déchets nucléaires... dans un tunnel ferroviaire.
A Tournemire, les conditions de stockage de déchets nucléaires sont extrêmes : une belle tranche d’argilite, de fissures et d’aquifères. C’est un tunnel ferroviaire comme la France en regorge. Il compte deux ouvertures, des rails mais aucun train n’y passe depuis longtemps. Le tunnel de Tournemire a réussi une brillante reconversion grâce à la roche de la montagne qu’il traverse. L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) s’est offert pour une bouchée de pain une belle tranche d’argilite de 250 mètres de profondeur, persillée à souhait de failles, de fissures, d’aquifères. « Nous sommes ici dans les conditions extrêmes d’un stockage de déchets nucléaires », assure Karim Ben Slimane, chef adjoint du laboratoire LR2 S. A proximité, les caves d’affinage du Roquefort voisinent paisiblement. Acquis en 1992, le tunnel a depuis été équipé de galeries expérimentales dont la longueur a doublé cet été (250 mètres). Grâce à elles, le nouveau groupement national de recherche « Trasse » créé par l’IRSN et le CNRS compte renforcer la recherche sur le stockage géologique des déchets les plus radioactifs. Car plusieurs questions restent en suspens.
L’eau, principal enjeu
Cette initiative fait plus qu’agacer les partisans du stockage géologique. En particulier du côté de l’Agence nationale pour la gestion des déchets nucléaires (Andra). C’est elle qui a construit le laboratoire de Bure dans la Meuse pour tester un tel enfouissement dans une couche profonde d’argile à 500 mètres sous terre. L’enjeu : persuader l’Etat en 2015 que ce stockage ne contaminera pas l’environnement sur plusieurs centaines de milliers d’années. Les recherches de Tournemire attirent tout autant la colère de Christian Bataille, le député socialiste du Nord à l’origine des lois éponymes de 1991 et 2006 qui fixent le calendrier du projet de stockage. Ce grand connaisseur du nucléaire estimait lundi dans le « Figaro » que le laboratoire de Tournemire est surtout là pour justifier qu’on donne de l’activité à une équipe de scientifiques.
En qualité d’experts indépendants pour ses tutelles ministérielles, l’IRSN et son partenaire tentent malgré tout de valider les recherches très sensibles de l’Andra, avec des moyens 10 fois plus modestes (6 millions d’euros). Les chercheurs de Trasse veulent répondre à deux questions : l’argilite est-elle imperméable ? L’imperméabilité est-elle préservée au cours du stockage ? Car la question de l’enfouissement des déchets nucléaires est devenue celle de l’eau. En quelques milliers d’années, l’eau contenue dans l’argile (3 %) liquéfiera les emballages vitrifiés ou métalliques, libérant les matières radioactives comme le plutonium, les actinides, etc. L’isolation de ces éléments ne reposera plus que sur la couche d’argile. D’où la nécessité de vérifier qu’aucun mouvement d’eau ne fasse migrer ces polluants vers des nappes phréatiques ou vers l’environnement extérieur.
Pour sa vingtaine de chercheurs, le tunnel de Tournemire offre une réplique pas chère de Bure et un cas d’école intéressant. « La couche d’argilite de 180 millions d’années a presque le même âge et la même composition chimique », explique Karim Ben Slimane. Comme à Bure, elle subit la contrainte des 250 mètres de calcaire au-dessus d’elle. A Tournemire, les scientifiques ont voulu se positionner dans un scénario extrême, celui d’une couche fracturée et cernée par deux aquifères. En cela, l’IRSN se démarque des équipes de l’Andra pour qui la couche d’argile de Bure ne contient pas de failles. Cette position qui se défend géologiquement par la grande stabilité passée du plateau régional ne suffit pas à convaincre l’IRSN. A Tournemire, les géologues ont montré que certaines fissures dans l’argile peuvent échapper aux meilleures technologies sismiques.
Or les fissures restent aujourd’hui la grande interrogation du stockage géologique selon les chercheurs. Un consensus existe sur l’imperméabilité de l’argilite saine. A Tournemire, les hydrogéologues ont pu reconstituer la migration de l’eau de l’aquifère situé 50 mètres au-dessus du tunnel-laboratoire : 3 centimètres par million d’années, quasiment l’étanchéité. En revanche, dans les zones fissurées, l’eau court à 3 kilomètres par million d’années. Cette perméabilité est alors intolérable pour des déchets nucléaires.
Maîtriser les fractures
Pour les géologues, la présence de fracture ne condamnerait pas pour autant le futur site de stockage. « Il faut dans ce cas s’assurer qu’elles en sont éloignés ou qu’elles sont non circulantes », explique Denise Stammose de l’IRSN en montrant dans une galerie une fracture de 2 mètres d’épaisseur pour quelques centaines de mètres de long : « Cette faille a bougé de 10 mètres verticalement il y a 40 millions d’années. L’argile a depuis été broyé, il est stable ».
A la seconde question, le tunnel de Tournemire apporte plus de réponses que le site de Bure. Le tunnel, qui a été percé à la fin du XIXe siècle, offre cent vingt ans de recul. Deux phénomènes risquent de dégrader l’imperméabilité du stockage. Les chercheurs ont découvert en 2001 que le creusement des tunnels d’accès et de stockage fissure la roche. A Tournemire, des carottages et des analyses chimiques et ultrasoniques ont montré que l’anneau de 2 mètres autour du tunnel est endommagé. Ce résultat a surpris : « Avec une telle masse de roche au-dessus de la couche, nous n’avions pas prévu ces fissures. L’ouverture du tunnel a dû dégrader les qualités de l’argile à cause du coupage des effets mécaniques, de la désaturation en eau et de l’oxydation de la roche. » Le même travail de mesure a été réalisé sur la galerie percée en 1996. Aucune fissure n’a encore été repérée, ce qui fait dire à Karim Ben Slimane : « l’absence d’impact à 10 ans n’implique pas qu’il n’y en ait aucun à 100 ans. » En clair, gare aux conclusions trop hâtives sur le site de Bure. Les chercheurs reconnaissent ne pas comprendre tous les phénomènes du stockage. A tel point qu’aucune modélisation ne colle avec les mesures de propagation des fissures du tunnel et des galeries. Les spécialistes espèrent quand même y parvenir d’ici quelques années.