Enterrer ? Enfouir ? Ne serait-ce pas oublier ? Comment traiter les déchets radioactifs ? L'enfouissement des déchets radioactifs dans les conditions actuelles est-il acceptable ? A-t-on préparé le démantèlement des centrales nucléaires ? Les recherches scientifiques permettent-elles, actuellement, le traitement de tous ces déchets pour les rendre inoffensifs ? Sommes-nous assez informés des dangers de toutes ces poubelles nucléaires ?
En août, le Pr. Christopher Busby, un scientifique britannique spécialiste de la radioprotection procédant à des mesures à Tokyo, trouve à certains endroits des concentrations en radionucléides aussi élevées que celles observées dans la zone d’exclusion de Tchernobyl
Les Japonais eux-mêmes font valoir que de multiples endroits non-évacués de la préfecture de Fukushima témoignent d’une concentration en radionucléides plus élevée que dans la zone interdite de Tchernobyl. Deux semaines après le début de la catastrophe, suite à la découverte de concentrations de Césium 137 dans le sol du village de Iitate (à 40 km de la centrale), le Professeur Hiroaki Koide, de l’Université de Kyoto, avait ainsi rappelé qu’en 1986, on avait évacué rapidement tous les endroits où la contamination dépassait 550 000 Bq/m2. À Iitate, ces concentrations ont atteint jusqu’à 3 260 000 Bq/m2 pour le Césium 137
Des travailleurs sacrifiés
Tout aussi ahurissante est l’absence d’information sur et à destination des travailleurs sécurisant la centrale de Fukushima Daiichi. On apprend le 30 août le décès d’un ouvrier de la centrale, suite à une leucémie aiguë . Selon Tepco, son décès n’aurait rien à voir avec son activité à la centrale. Pourtant, le témoignage du journaliste japonais Kazuma Obara, qui a effectué une visite « incognito » sur le site, laisse peu d’interprétations possibles : « Le 1er août, Tepco a annoncé qu’un rayonnement de 10 000 millisieverts par heure avait été détecté entre les réacteurs n°1 et n°2, non loin du panneau où les idéogrammes peints en rouge proclament : « D’un même élan du cœur : n’abandonne jamais, Fukushima ». En se tenant une minute et demie à cet emplacement, un ouvrier dépasserait la dose annuelle limite de 250 millisieverts. A l’époque, les ouvriers n’en avaient pas été avertis. On ne leur a d’ailleurs jamais rien expliqué, même suite à cette annonce » . Aucune nouvelle n’a par ailleurs filtré depuis six mois sur le sort de tous les autres ouvriers contaminés depuis le début de l’accident.
Une machine gouvernementale de censure
Censure sur la presse , diffusion de faux sites d’information… Le gouvernement japonais a recours à tout un assortiment de moyens pour étouffer la contestation. L’arrivée même de matériel de radioprotection est freinée : en mai, ce sont des milliers de compteurs Geiger envoyés par des pays étrangers qui restent bloqués à l’aéroport de Narita au lieu d’être distribués, donnant lieu à une controverse à la Chambre des Représentants au Japon (http://videos.sortirdunucleaire.org/Fukushima-des-milliers-de) .
Éclosent également des discours faisant écho aux conclusions du « Forum Tchernobyl » (une instance qui avait largement contribué à minimiser les conséquences de la contamination, ainsi que l’effet délétère des plus faibles doses, et dont les travaux ont été dénoncés par plusieurs associations ) : le vrai risque ne viendrait pas des radiations, mais du stress lié aux informations sur la radiation. On a ainsi pu entendre lors de la 14ème Conférence internationale de la recherche sur les effets de la radiation qu’il fallait éviter de donner des informations « alarmistes » sur Fukushima afin de ne pas menacer la santé mentale de la population japonaise …