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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 14:13

         Le tombeau des souvenirs  ( suite )

Sûr et confiant, je vois mon père entrer dans le bureau du Lieutenant Kieffer , il a  écrit :

<< Je me suis retrouvé devant un homme jeune, au regard clair, je lui présentai ma permission, il me regarda et dit simplement :

- Soldat, vous êtes en retard !

- Je le sais mon Lieutenant, j'ai pris le dernier train ! En prenant le précédent, j'aurai perdu une journée et les permissions sont si rares

- Bon !..... Je comprends !....Quelles nouvelles en France ?

- En France, mon Lieutenant, c'est comme nous, ils attendent !

- C'est bien, vous pouvez disposer !

- Plus rien à vos ordres mon Lieutenant ?

- Non, rompez !

Je suis sorti du bureau radieux, en m’exclamant :

- Alors les copains, c'est un bon gars le lieutenant !

Ils me regardaient médusés et n’y comprenaient rien !

- Ne faîtes pas cette tête, je crois que j'ai une gueule qui lui revient !

-  T’as une sacré veine ! s’exclama un copain

Par la suite, je me suis souvent retrouvé avec le Lieutenant Kiffer, je ne m'étais pas trompé, c'était quelqu'un de bien ! Du fait qu’il commandait le peloton de mitrailleurs, j'ai souvent eu à faire à lui, nos rapports étaient très bons ! C'était un officier sérieux, compétent et intelligent ! Il ne cherchait pas la petite bête pour « emmerder les gars ». Il gardait toujours son rang, pas de familiarités, chacun savait à quoi s’en tenir. Ce n’était pas le genre à faire la fête avec ses hommes et les punir à la moindre incartade ! C’était un homme calme, sachant se dominer et toujours égal à lui-même.  Par la suite, tous les copains se rangèrent à mon avis et reconnurent notre Lieutenant comme étant un bon officier, ordonné, proche de ses hommes et compréhensif. >>

 

J’imagine mon père devant le douanier et le gendarme, il n’avait pas le caractère à se laisser intimider. C’était un homme d’une extrême gentillesse mais il ne supportait pas l’injustice et les gens dédaigneux et hautains. Avec lui, je pars pour sa deuxième permission.

 

 

 

 

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 21:36

         Le tombeau des souvenirs    ( suite )

Un douanier belge s'approcha de moi et m'adressa la parole en ces termes :

- Rien à déclarer, mon ami ?

- Non !

- Ouvrez votre valise !

- Voilà monsieur !

Aussitôt, il prit ma bouteille d’eau de vie de mirabelle et questionna :

- Et ça, qu'est-ce que c'est ?

- Cette bouteille ! C'est de « l'antigrippe ! »

Il ouvrit la bouteille, renifla et me regarda en ricanant :

- De « l'antigrippe » ! Tu as de la chance que c'est pour aller dans les tranchées sais-tu !

Au même moment, un gendarme, intrigué par ma capote  froissée m'arrêta :

- Vous ! Le militaire, vos papiers et votre permission !

Je lui ai présenté ce qu'il avait demandé, il lut puis me regarda de haut avec sa casquette « à ridelles » pour me dire :

- Vous êtes en retard ! Votre permission s'est terminée à minuit !

En voyant ce jeune gendarme qui me parlait dédaigneusement, mon sang ne fit qu'un tour et j'ai tout de suite riposté :

- Combien gagnes-tu par jour ? Moi, je gagne un franc par jour ! Donne-moi ma permission ! Si quelqu'un doit me punir, ce n'est pas toi ! Mon Capitaine est assez grand pour le faire !

Il n'insista pas, et me rendit mes papiers, quant au vieux douanier qui tenait ma valise en ricanant, il semblait décidé à la garder, alors, énervé,  je lui ai pris des mains en l'insultant à mi-voix, je ne voulais pas qu'il entende  mon vocabulaire  peu académique.

J'étais devenu agressif et grossier, prêt à bondir sur tout ce qui me barrait le passage. Ils ont compris que j'étais décidé à en venir aux mains, alors, ils m'ont laissé partir. Ce retour de  permission me réservait encore une autre cause de stress !

 En arrivant au cantonnement, les copains et le sergent n'étaient pas optimistes sur mon avenir proche, il me voyait déjà en tôle ! Le sergent m’expliqua avec de l’inquiétude dans la voix :

- te rends-tu compte de ton retard ? Tu devais rentrer à minuit ! Tu dois aller au bureau ! De plus, c'est le lieutenant Kiffer qui est de service, on dit qu'il est vache !

Je les écoutais en m’efforçant de garder mon calme. Le sourire aux lèvres et en blaguant, je leur dis :

- Ne vous en faîtes pas ! Vous allez voir, avec ma bonne gueule, il ne me dira rien !

D’un bon pas, je me suis rendu au bureau, j'ai frappé énergiquement, une voix ferme, bien posée et nette répondit :

- Entrez !      ( à suivre )

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 16:52

            Le tombeau des souvenirs  ( suite )

 L'écriture de l'extrait suivant reflète l'espoir que cette permission a suscité,  ce souffle de bonheur me pousse à découvrir cet épisode :

<< Après avoir crapahuté pendant trois mois, j'ai posé ma demande de permission de neuf jours. La réponse arriva assez vite :

- Permission acceptée !

Le lendemain, je me suis précipité à Namur pour chercher mon passeport au Consulat de France. Ce ne fut pas simple d'affronter les files d'attente ! Enfin, après bien des péripéties, le passeport en poche, j'ai atteint la frontière, chez mon frère Joseph, qui ne craignait rien. La joie de nos retrouvailles n'échappait à personne, l'affection qui nous liait était très sincère et profonde. Pour m'aider et me rassurer, il m'empoigna affectueusement par les épaules et sa voix toujours enjouée me fit oublier mes soucis :

- Ne t'en fais pas frangin, je vais t'emmener chez toi, en voiture !

- Mais...On n'a pas le droit de circuler dans les zones armées !

- Frangin ! s’exclama-t-il, tu me connais ! Monte dans mon taxi et on prend le gauche !

L'épopée commença ! Il emprunta des itinéraires interdits, il roulait à vive allure, sans hésitation, avec une voiture tellement sale qu' on ne voyait pas si c'était une voiture militaire ou pas ! Toutes les barrières s'ouvraient devant nous, il y avait même des gars qui nous saluaient ! Mon frère Joseph pilotait comme un champion ! Je fus vite rendu chez moi ! Mon petit village meusien était envahi de soldats français, je crois que c'était le 11ème régiment de cuirassiers. J’étais heureux de trouver des soldats français pour discuter et échanger nos idées sur cette guerre qui se préparait sournoisement. Heureusement, j'étais chez moi, mais  neuf jours, ça passe vraiment vite ! Je me suis offert un jour de plus ! C'était l'hiver 1939-1940, particulièrement rude, surtout dans les Ardennes belges ! Pour repartir, j'ai mis une petite bouteille d’eau de vie de mirabelle dans ma valise pour en donner un peu aux copains, je pensais que ça les réchaufferait !

 J’ai pris le train en habit civil, à la frontière, j'ai enfilé ma veste et ma capote militaire, je n'avais pas le droit de circuler en uniforme belge en France ! Le train arriva à la douane, le haut parleur grésilla :

- Douane ! Tout le monde descend !

Un douanier belge s'approcha de moi et m'adressa la parole en ces termes :

- Rien à déclarer, mon ami ? ...>>  ( à suivre )

 

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 22:05

           Le tombeau des souvenirs  ( suite )

<< Il leva les bras au ciel et gémit :

- Qu'est-ce que tu veux mon vieux, moi non plus, je n'ai pas de permission !

- Excusez-moi Sergent, mais pour vous, c'est différent, c'est votre métier !

- Mon métier ! s’écria-t-il,Oui, mais pas mon métier de faire la guerre !...

- Et moi, pensez-vous que ce soit le mien de faire la guerre ?

- Soldat, ne devez-vous pas faire votre devoir ?

Il commençait à me saouler celui-là, alors je lui ai répondu :

- D'accord Sergent, c'est votre métier de toucher la paye, pendant que moi, je gagne un franc par jour !

Il s'éloigna et à partir de ce jour, il ne m'adressa plus jamais la parole, il n’osait même plus me regarder en face, il répondait juste au salut, c'était tout !

L'automne était déjà bien installé, le vent soufflait en rafales, emportant toutes les feuilles. Les forêts de grands sapins restaient imperturbablement vertes. Nos caractères belliqueux semblaient s'être soumis, mais la rage grondait à l’intérieur.  C'était un foyer de braises ardentes, prêt à exploser ! Etait-ce l'accalmie avant la tempête ?

 Enfin, une bonne nouvelle pour les « Français » comme moi, il était temps, nous étions tout ouïe :

- Les hommes habitant l'étranger ont droit à neuf jours de permission tous les trois mois ! Cependant, ils devront se procurer un passeport pour chaque permission !

Malgré les contraintes d’obtention du passeport, le sourire revint sur nos visages fatigués, encore trois mois à attendre,  ce qui nous parut encore long ! Mais nos chefs ne nous laissaient pas inactifs, pas une minute de répit ! Ainsi, le temps passait vite ! >>

 

                  Enfin, la permission !

 

En lisant  ce gros titre, je ressens la joie et le soulagement qui envahissent le cœur de tous ces hommes, enrôlés malgré eux, dans un tourbillon inconnu ! Pour mon père, je sais que retrouver sa famille, sa maison, c’était très important, il disait souvent : " votre mère habitait mes pensées, elle travaillait comme un homme et ne se plaignait jamais, je savais qu’elle était fatiguée,

 mais son indestructible  volonté lui donnait la force de surmonter tous les obstacles ! " Je ferme les yeux et dans le silence du grenier résonne la voix claire de mon père, elle captive toute mon attention ! Ce saut dans le passé me plonge dans cette époque trouble, aux frontières de l'insécurité !

 

( à suivre )

 

 

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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 15:42

                Le tombeau des souvenirs    ( suite )

 Le verdict du médecin fut clair et net :

  •   -  Crise de rhumatismes articulaires, huit jours de repos !

Cet arrêt forcé m'ennuyait, le médecin répéta :

- Huit jours de repos, c'est un ordre !

Finalement, ce repos obligatoire me redonna des forces pour reprendre le rythme infernal, 48 heures de garde, une journée de repos et un jour de travaux de campagne ou marche d'entraînement. Le temps passait, la lassitude commençait à nous habiter, c'est à ce moment le plus difficile pour le moral qu'il fut question de permissions :

- Soldats, la situation actuelle nous permet de vous donner trois jours de permission par mois, sauf pour ceux qui habitent à l'étranger !

Je me suis affalé sur un tronc d'arbre mais aussitôt, j'ai rebondi comme un ressort et le franco-belge au tempérament bouillant s'est fait entendre :

- Alors quoi ? Pour nous, « les Français », pas de perm ! Vous allez apprendre à connaître les râleurs et les grognards !

Les copains étaient tous derrière moi, solidaires dans la révolte ! Nos chefs ont tout de suite compris notre colère. Ils usèrent de diplomatie pour nous rassurer et nous calmer. Les jours suivants s'écoulèrent assez sereinement. Il restait la correspondance, l'heure du courrier était toujours attendue avec un sentiment d'impatience mêlé d'angoisse. J'avais de la chance, Camille m'écrivait souvent et je répondais aussi vite. Pour quelques- uns, le désarroi les habitait, pas de nouvelles de la famille, c'était difficile à vivre ! Après quelques semaines, personne ne parlait plus de permission. Le moral était fluctuant, la nourriture de qualité moyenne, le boulot nous occupait ! A 26, 27 ans, on tient le coup ! Les chefs étaient braves et la discipline ne supportait aucun laisser-aller ! Le Capitaine Commandant PIRNEY calmait toujours les adjudants par ces mots :

- Laissez un peu de liberté à ces hommes, il est inutile de les énerver pour des broutilles !

Cet officier avait connu la Grande guerre, 1914-1918, il savait ce que c'était que de quitter les siens et sa maison pour aller faire  son devoir !

Un soir, je m'étais un peu éloigné des autres et je m'étais assis sur un muret, à côté de la cuisine et du bureau de la deuxième Compagnie, quand vint à passer un fameux sergent chef, Wagner,

faisant fonction d'adjudant. J'avais déjà remarqué que c'était un grand gueulard, il stoppa net en me voyant et demanda

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- J'attends une permission sergent-chef !

Il leva les bras au ciel et gémit :... ( à suivre )

 

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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 15:21

               Le tombeau des souvenirs  ( suite )

Le nouveau titre m’interpelle :

              L’abri Devèze

 

                     Je repars au milieu de cette foule tumultueuse de soldats, ces jeunes hommes loin de leur famille dont le futur proche est la guerre. Leur impatience et leur anxiété torturent mes pensées. Le récit de mon père s’intensifie :

 

<< Les sous-officiers appelèrent leurs hommes, puis ce fut le tour  des mitrailleurs.

Quand les sept hommes de la pièce furent nommés, on s'aperçut qu'on habitait  tous en France ou à la frontière. Pour toute la compagnie, nous étions les Français. Quelques jours plus tard, on dut prendre position à la frontière Luxembourgeoise. Nous sommes arrivés à Martelange sous une pluie battante, trempés jusqu'aux os, sans repos, il fallait relever la garde, l'ordre tomba sur nous comme une douche froide.

 Pour me donner du courage, j'ai appelé les copains :

- Allez les gars ! On y va ! à 5 kilomètres, il y a quatre gars transis, à la lisière de la forêt qui doivent attendre notre arrivée avec impatience !

                      Les quatre bicyclettes et les paquetages prirent le chemin de la forêt. Les ornières pleines d'eau ne facilitaient pas notre progression. Enfin, le petit peloton se trouva devant un abri  en béton, couvert de mousse et de lierre, c’était un abri Devèze.

 

C’étaient de petits abris en béton, appelés « abris Devèze », construits dans tout le Luxembourg belge et dans la partie sud de la province de Liège.

Chaque abri était  prévu pour une arme automatique

 (Mitrailleuse ou fusil-mitrailleur) et quatre servants, gradés compris. Il devait  pouvoir résister au feu du canon de 77 mm. Ces abris ne comportaient pas de système de ventilation, ni de cloche d’observation, ni de projecteur. Ils étaient de dimensions réduites (3,30 m x 3,25 m) et dissimulés dans des couverts naturels ou des bâtiments.

A l'intérieur régnait un air humide, un peu de paille servait de couchette, la mitrailleuse trônait au centre. Les quatre hommes relevés ne traînèrent pas, on était à peine installés qu'ils avaient déjà disparu ! Après deux longs jours passés dans ce gourbi, avec nos vêtements humides, d'autres copains vinrent prendre notre place. Le lendemain, on a dormi dans une école, sur une sorte de litière sèche, je me suis endormi sans efforts mais, le matin suivant, impossible de me relever, je souffrais des reins et  toutes mes articulations m’auraient facilement fait hurler de douleur si je n'avais pas eu la volonté de me taire et de crier à l'intérieur.

 Le verdict du médecin fut clair et net : ...>> ( à suivre )

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 17:35

          Le tombeau des souvenirs  ( suite )

 Une certaine lassitude et de l'ennui émanent du texte mais, mon père ne se laisse pas envahir   par des pensées qui pourraient anéantir son énergie et son courage. Toujours actif, il marche au milieu de tous les groupes de soldats. Je l'imagine affichant un visage souriant, prêt à engager la conversation, il a écrit : .

<< Je partis donc, en quête d'amis ! Tous les visages qui s'offraient à moi m'étaient inconnus et je commençais à penser que nous étions tous éparpillés dans les différentes compagnies quand, au bout de la prairie, j'aperçus un gars,  les genoux inondés de photos, sa femme et ses gamins ! Quand je suis arrivé à sa hauteur, il se leva d'un bond et atterrit dans mes bras, c'était la cinquième fois qu'on se retrouvait, ensemble, sous l'uniforme, en 1932, 1934, 1935, 1938, 1939, c’était un vrai copain. J'étais tellement heureux de le revoir que je me suis écrié :

- Alors mon vieux Gomès ! Te voilà encore ! On ne peut vraiment pas partir l'un sans l'autre ! Qu'est-ce que c'est que toutes ces photos ? Ta femme ! Tes gosses ! D'accord, tu les aimes ! Moi aussi, j'aime ma femme,  mais aujourd'hui, range tout ça dans ton portefeuille et viens te balader avec moi, on parlera d'autres choses !

Il me regarda en souriant et rangea ses affaires en s'exclamant :

- Sacré Grand ! Tu n’as pas changé !

- Ne t'en fais pas, c’est notre lot à tous, moi aussi, j'ai tout laissé à la maison ! Mais gardons le moral, c'est la meilleure façon de s'en sortir et de revoir ceux qu'on aime !

Gomès rangea toutes ses photos et on s’est mis à marcher de long en large, à travers les groupes de soldats. La chance nous sourit, une joyeuse troupe qui semblait faire la fête, nous accueillit à bras ouverts. C'étaient des copains de la classe 1932. On fêta nos retrouvailles en mangeant la soupe ensemble. La gamelle n’était pas mauvaise et on a trinqué avec un quart de café .Notre groupe faisait pas mal de bruit et attirait ceux qui se sentaient trop seuls. Mais nous n’étions pas là pour rire et discuter, on nous le rappela rapidement. Le temps d'organiser le campement, la nuit arriva trop vite, à notre goût. >> ( à suivre )

 

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15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 10:53

                            Le tombeau des souvenirs  ( suite )

Un étrange sentiment s’empare de moi. La peur et l’angoisse m’étreignent mais l’envie de savoir m’invite irrésistiblement à continuer :

 

<< Je m'étais fait des copains, beaucoup étaient de la région, ils connaissaient bien le pays et ils nous montrèrent, sous les arbres, des monuments aux morts couverts de mousse !

C'est alors que le Capitaine commandant intervint :

- Reposez-vous ! Je vous interdis d'aller visiter ces tombes, c’est un ordre ! Vous n'êtes pas en villégiature !

Assis près de nos bécanes, on discutait en mangeant ce qui était le petit-déjeuner, quand un remue-ménage inattendu se fit entendre vers l'avant.

- Ah non ! m’écriais-je, on ne peut même pas bouffer tranquille !

- Qu'est-ce qu'il y a mon ami ? hurla un adjudant

- Excusez-moi mon adjudant, je crois que c'est mon instinct râleur de   presque Français  ou de Franco-belge !

Il me répondit par un rire et vint me serrer la main, à partir de ce jour, nous sommes devenus de vrais amis ! Le remue-ménage avait été provoqué par l'arrivée du major, commandant le Bataillon. Je me suis relevé, comme tout le monde, pour le saluer. Il descendit de sa voiture, s’avança vers nous, puis, d'une voix sèche et monocorde,  s'adressa au groupe en ces termes :

- Officiers, sous-officiers, hommes de troupe, je vous demande d'aller vous incliner respectueusement devant les tombes des soldats français, massacrés dans cette forêt, à la bataille de Rossignol en 1914 !

Un silence pesant s'abattit sur la troupe et tous les hommes, par petits groupes, allèrent se recueillirent dans ce triste lieu qui n'était qu'un rassemblement de fosses communes où étaient enterrés des soldats français, plus d'une dizaine par fosse ! Des frissons parcoururent mon corps, d'un bout à l'autre. Là, devant ces pierres tombales, nous avions une image de la guerre et de ses conséquences. Quelques larmes furtives, vite essuyées, se perdirent au fond de nos yeux, nous sentions que pour nous aussi, la guerre était proche. Après ce recueillement devant les tombes, chacun reprit sa bicyclette et se remit à pédaler. A 16 heures, on  a  posé le pied dans une ferme, ce fut notre premier cantonnement ! Deux cents bidasses avec leur vélo, assis dans une prairie, en attendant la soupe, ça fait du monde ! Comme j'avais du mal à rester en place, j'en ai profité pour partir à la recherche de copains que j’aurais pu  connaître au cours de mon service militaire ou pendant les périodes précédentes.>> ( à suivre )

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14 décembre 2016 3 14 /12 /décembre /2016 15:12

                                Le tombeau des souvenirs ( suite )

<< Le capitaine commanda :

- La deuxième compagnie, à mes ordres !

Vers 2 heures du matin, tout le monde était en selle, c'était  le vrai départ sur le terrain de manœuvre  où nous attendaient, guides de destruction de ponts, gardes aux points stratégiques, travaux de campagne, marches d'entraînement, parcours du combattant, longues étapes en vélo.... A peine 24 heures après mon départ de France et bien des péripéties au sein de la caserne, j'étais déjà en campagne !

Toutes les jeunes recrues et tous les anciens, ça faisait du monde à gérer ! Finalement, mis à part le casse-croûte et la boisson qui se faisaient rares, l'ordre s'est installé progressivement ! Par la suite, les rations furent correctes ! De toutes façons, si on veut une armée qui a le moral, il faut la nourrir et l'abreuver ! On attrape les pigeons par le bec ! Les Français avaient régulièrement des rations de vin avec leur nourriture ! Quant à elle, l'armée belge buvait beaucoup de café, de l'eau et peu de pinard ! Après quelques semaines de campagne, j'étais devenu un vrai chasseur cycliste ! C'était un jour de septembre où les journées sont encore belles. À la nuit tombée, nous sommes partis ! Nous roulions sur deux files, sans éclairage, avec nos paquetages de 48 kg. Nous avons traversé une forêt que la lune éclairait d'un croissant blafard. Elle jouait à cache-cache avec les arbres qui se pressaient  le long du chemin comme une haie de soldats au garde à vous. Au lever du jour, on s'arrêta en plein bois, nous, la deuxième compagnie, 200 vélos  et 200 hommes ! Les autres avaient pris d’autres directions à la sortie d'Arlon. >>

Ce chapitre se termine par une allée d’arbres en perspective où se cachent des pierres tombales, perdues sous une végétation assez dense. ( à suivre )

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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 15:41

                                Le tombeau des souvenirs ( suite )

<<- Tiens ! Attrape !

 Il me lança une pompe en ajoutant :

- Tu peux même la garder en souvenir !

Après dépoussiérage et regonflage, ma bicyclette avait plus d’allure, même si elle avait perdu son vernis et sa peinture. Ce n’était pas le dernier modèle, alors que dans la cour, tous les vélos étaient neufs ou presque neufs. Ma monture avait déjà des heures de route mais, avec le recul, je dois avouer que mon tacot  ne payait pas de mine mais  roulait bien, même très bien ! En neuf mois, je n'ai crevé qu'une seule fois et pourtant, il en a vu de toutes les couleurs, des routes, des chemins empierrés, des fossés, des champs, des forêts..... Enfin ! J'étais équipé comme les autres !

Je mourais de soif et il n’y avait aucune borne fontaine ! A vingt- deux  heures, tout le monde était au lit ! La paillasse était dure, avec des creux et des bosses. Je me suis tourné et retourné dans tous les sens, à droite, à gauche,  pour faire mon trou, avant de m’endormir. Combien de temps ai-je dormi ? Une heure ou deux ! Quand le clairon sonna, c'était une sonnerie inhabituelle, ce n'était pas le réveil ! Non ! C'était l’alerte ! >>

Un bruit de moteur trouble l’atmosphère paisible et attire mon attention, je pose le cahier, c’est le moment de faire une pause.

Tout en descendant les escaliers à regret, la voix de  mon père résonne dans ma tête : « Je ne l’aurai pas écrit pour rien ! » Mon visiteur est déjà loin, il a jeté le courrier sous la porte puis est reparti avant mon arrivée.

 

Agacée par ce dérangement inutile, je reprends ma place, tout mon être revit cette préparation de guerre avec intensité et je me sens transportée par le flot mouvant de tous ces hommes et je lis :

<< Branle-bas de combat dans toutes les chambrées ! Trente-cinq minutes après, nous étions tous alignés dans la cour. Le capitaine commanda : ...>>  ( à suivre )

 

 

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