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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 15:41

               Le tombeau des souvenirs ( suite )

<< ...Pour ne pas dormir, on buvait par petites gorgées !On n'était pas saouls mais prêts à aller à la rencontre de l'ennemi, sans réfléchir. C'est bien pour cette raison que les Français donnaient des rations de vin aux poilus de 1914 ! Le lendemain, les Allemands avaient traversé le canal sur notre gauche et nous avons décroché pour ne pas être encerclés. Nous sommes repassés à notre point de départ, les copains se bagarraient pour que l'ennemi ne coupe pas la route. On  passa à proximité mais, nous ne nous sommes pas arrêtés ! C'était étonnant !  Le sergent savait que nous n'en pouvions plus ! Sa section était toujours à l'avant, sans dormir et sans manger ! On était crevé !

Il commanda :

         - Venez les gars ! Chacun son tour !

Nous avions confiance, le sergent savait où nous devions aller pour que le reste de la compagnie nous retrouve. Je ne sais plus le nom du patelin où on s'est arrêté mais je me souviens que nous avons logé dans un hospice de vieillards  Il a fallu les déménager et les faire monter dans un autocar. Il y avait un vieux costaud, de plus de quatre vingts ans, qui ne voulait pas partir ! Nous étions trois pour le maîtriser, quel boulot ! Il était fort comme un cheval et donnait des coups de poings ! Quand le car a démarré, il nous menaçait encore du poing ! On n'entendait plus les injures ! Pauvre vieux, j'espère qu'il a compris plus tard qu'on ne voulait que son bien !

Nous avions retrouvé notre camion, avec nos affaires, nos munitions et surtout quelques boîtes de sardines trouvées dans une cave ! Notre grande préoccupation : C'était de manger un peu ! Fatigués, on a dormi sur les lits des bonnes sœurs ! On avait vraiment besoin de ce sommeil réparateur !

Une sentinelle gardait le camion, c'était mon ami Frantz, il avait pour consigne de garder les boîtes de conserves et de ne les donner à personne ! A notre réveil, au bout de quelques heures, le jour commençait à poindre, les copains étaient arrivés, fatigués et à bout de nerfs, ils avaient bien travaillé ! En se repliant, ils s'étaient bagarrés avec des motards allemands qui leur coupaient la route, ils avaient ramené deux motos et laissé quelques ennemis sur le carreau ! Quant à leurs pertes .... Silence ! Frantz s'était laissé attendrir ! Nos sardines étaient mangées ! Enfin, c'était pour des gars de chez nous, ce n'était pas grave !

Derrière le bâtiment, il y avait un cochon que les religieuses engraissaient avec leurs eaux grasses ! Quelques courageux l'avaient tué et il était cuit ! Qu'est-ce qu'on allait  se mettre derrière la cravate ! On se régalait  à l'avance ! Mais le Commandant vint briser tous nos rêves !

En arrivant, l'ordre fut bref :......>> ( à suivre )

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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 15:25

             Le tombeau des souvenirs ( suite )

         Le pont maudit

<< La nuit tombée, ma mission était de repérer deux objectifs et toutes les cinq ou dix minutes, je devais tirer une rafale sur chacun d'eux ! La première rafale partit dans le silence de la nuit, j'ai tué un cheval,  pauvre bête ! Les copains m'ont rassuré :

- Ne t'en fais pas, on n’ y voit rien ! Et puis, c'est un cheval que les boches n'auront pas !

 La deuxième rafale sur l'autre objectif, je n'y voyais toujours pas grand chose et j'ai hésité ! Mais il fallait tirer ! Le sergent me le rappelait avec insistance, c’est un ordre, tirez !

- J'ai tiré et après la rafale, j'ai entendu des cris.... des cris de femmes et d'enfants..... J'ai bien peur d'avoir touché des innocents ! ...Il faisait nuit ...C'était ma mission..... C'était la guerre .....Mais, qu’est ce que j’ai fait ?

- La guerre, ça ne devrait pas exister ! On nous donne des ordres et on doit obéir, même la nuit ! Quand on n’ y voit rien ! Il faut dire que l’ennemi arrivait ! >>

 

A travers les mots, je sens la peine et le désarroi de mon père. Devant sa souffrance, je suis paralysée et, les yeux fermés, je reste immobile, torturée par tous ses regrets qui ne l’ont jamais quitté. Plongée dans ce combat meurtrier, mon esprit chancelle, la mort et le sang se répandent sous mes yeux et m’oppressent. La guerre, les combats, homme contre homme, chacun vise et tire pour tuer, c’est la guerre ...

 

<< En entendant tous ces cris, j'ai pensé que tous ces enfants et ces femmes étaient des êtres chers à quelqu'un et que le même malheur pouvait arriver aux miens ! Ah ce pont ! Comme je l'ai maudit et je le hais toujours ! On se donne la guerre comme excuse, mais je ne peux pas me pardonner !

D'autre part, nous étions tellement fatigués, nous avions faim et soif ! Un copain partit en quête de ravitaillement, il revint avec des bouteilles de vin mais pas de nourriture ! Le sergent m'obligea à prendre du  repos et me remplaça mais, au bout de dix minutes, il s’endormit, je l’ai poussé, il est tombé et continua à ronfler ! Cependant, il fallait monter la garde et être prêts ! Alors, je secouais mon chargeur, et je lui disais :

- Tiens bon ! Ne roupille pas ! Bois un coup, çà réveille !

Je plongeais la main dans le sac , je sortais une bouteille, n'importe quoi, du rouge ou du blanc ! On avalait doucement et on sentait le pinard qui tombait dans l'estomac vide ! >> ( à suivre )

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 16:18

        Le tombeau des souvenirs ( suite )

<< ... Puis, s'adressant à nous :

- Allez les gars ! On y va, en route pour Termonde !

C'était dur de retourner là-bas, d'où on avait été si heureux de sortir quelques heures plus tôt !

- Je t’assure que c'était vraiment difficile d’y  retourner ! On entendait le crépitement des armes automatiques et le canon  faisait vibrer toute la ville !

En arrivant en ville, c’était l’enfer ! Des obus pleuvaient un peu partout ! Après avoir trouvé le commandant du secteur, le sergent nous installa au bord du canal. Nous étions très proches l'un de l'autre, même trop proches ! Quand je braquais la mitrailleuse à fond, à droite, les tirs passaient à un mètre à peine de la figure des copains ! Notre mission était :

 « Balayer une rue en enfilade de l'autre côté du canal et  l'arrivée de la grande route, sur le pont qui avait sauté. » 

Comme il était détruit, l'ennemi devrait ralentir et s'arrêter, c’était ma mission principale ! Comme nous étions en position d'attente, nous observions, il n'y avait rien dans le secteur ! Cette situation ne dura pas longtemps, une moto allemande arriva en longeant le canal, presque en face de nous ! La moto s'arrêta, le soldat qui était sur le siège arrière descendit et longea le canal à pied, son copain resta sur la moto et s'endormit, les bras en croix sur le guidon ! C'est à ce moment là que deux Chasseurs Ardennais de chez nous, descendirent dans l'eau et traversèrent à la nage. Ils arrivèrent sur le motard endormi et lui plantèrent un poignard dans le dos ! Réveillé, l'homme hurla de douleur en criant : « Pas tué ! Pas tué ! » Ils le descendirent dans le canal et le ramenèrent de notre côté. Vous pensez peut-être que c'était simple ! Mais il fallait tout de même le faire ! Spectateur de cette tuerie, je me sentais mal, tout se bousculait dans ma tête et je me suis mis à penser que j'étais mieux avec ma mitrailleuse ! >>

 

 

Mon père vient de sombrer dans la souffrance et sa détresse me sort de cet épisode violent. Je me retrouve dans le présent  et subitement, j’apprécie notre existence , vivre en Paix.  Cependant, cet état passager de bien-être n’arrive pas à m’éloigner de cette guerre et je reprends ma lecture. ( à suivre )

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 16:43

                 Le tombeau des souvenirs ( suite )

        Termonde ou l'enfer...

 Les Allemands allaient arriver, notre position était, face au pont  détruit ! L’ennemi serait ralenti mais rien ne les arrêterait ! Les Allemands arriveraient par cette route. On était là pour les « arrêter ! » sachant qu’il était impossible de les stopper ! Nous ne pouvions que ralentir leur avancée ! »

« En position, face au pont détruit, car l'ennemi devait arriver par cette route, nous étions installés au premier étage d'une maison, dans une chambre à coucher, la mitrailleuse par la fenêtre, aucun chemin de repli, pour partir, il fallait passer devant la maison, Si l'ennemi se pointait, nous serions sacrifiés ! Un officier de la sixième compagnie, que nous étions venus renforcer, vint nous trouver et demanda :

- Le tireur, s'il vous plaît ?

C'était moi, mais le sergent m'avait dit :

- Repose-toi un peu ! Tu te mettras à la pièce quand « ils » arriveront !

Comme l'officier insistait pour me voir, je me suis levé,  j'étais couché sur un bon lit !  Dès qu'il me vit :

- Alors, le tireur ! Quelle est votre mission ?

- Première mission, le pont ! Deuxième mission, la rue de gauche en enfilade ! Répondis-je

- Très bien !

Puis, il s'arrêta en nous regardant tous dans les yeux et dit d'une voix grave :

- Vous êtes dans une très mauvaise position ! Vous le voyez bien  Mais.... que chacun ... fasse ... son devoir !

Sa voix était saccadée et hésitante. Notre réponse ne se fit pas attendre, tous, comme un seul homme on lui répondit :

- Oui, mon Lieutenant !

Nous n'étions pas des héros, mais nous étions décidés à aller jusqu'au bout ! Après quelques heures, il nous arriva un ordre inattendu mais qui fut le bienvenu :

« Sortez de batterie et retournez dans la campagne ! »

Quel soulagement de retrouver les copains ! L'ennemi approchait, l'attente était longue ! Les Allemands arrivèrent juste à l'endroit où ils étaient attendus ! Nous nous trouvions à environ un kilomètre de la ville. La compagnie était au repos et n'était pas en position de combat. Mais pour la première pièce, première section,  une surprise désagréable l'attendait !

Le Commandant Pirnay se rappela à notre bon souvenir, comme il l'avait déjà fait plusieurs reprises :

- Sergent ! Prenez vos hommes et allez vous mettre à la disposition de la sixième compagnie qui se trouve dans Termonde.

Le sergent pâlit, puis d'une voix forte qui voulait masquer son émotion, il répondit:

- Bien mon Commandant !

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 15:05

Le tombeau des souvenirs ( suite )

  Un avion passe le mur du son et me sort un instant  de ce récit qui défile dans ma tête comme un film d’horreur, rapidement, je repars vivre ce cauchemar qui n’est pas une fiction

<<... Comme tous les Chasseurs Ardennais, régiments de garde frontières, nous avions l'instruction complète du combattant et en plus, celle d'artificier, ce qui nous permettait de faire sauter tout ce qu'il y avait à détruire. En nous repliant, nous ne laissions aucun pont, aucun passage forcé, c'étaient les ordres pour freiner l'avance de l'ennemi !

Comme nous n'étions pas dans notre Compagnie, nous devions donc nous débrouiller pour la retrouver, ce qui n'était pas facile, car les militaires, Chasseurs Ardennais, très disciplinés et obéissants avaient l'ordre de ne renseigner personne sur leur unité, ni sur les autres .

D'ailleurs, on nous avait enlevé tous les insignes et numéros permettant d'identifier notre unité, il ne nous restait que la hure de sanglier ! Après une journée de recherche, enfin, on a retrouvé les copains qui nous croyaient perdus, sachant que nous étions avec la cinquième Compagnie du Capitaine Bricart qui avait eu beaucoup de pertes à Bodange. En voyant le Commandant, je lui ai dit :

- Mon Commandant, ce n'était pas encore pour cette fois ! Ce n'était pas notre heure !

Le clairon sonna le rassemblement au pas de gymnastique, c'est alors  que j'aie assisté à un accident et que j'aie vraiment compris que c'était la guerre, malgré ce que j'avais vécu au front, le premier jour ! En allant vite, un camion recula pour faire un demi-tour et écrasa un copain sous nos yeux. Voir un ami mourir dans un accident stupide me toucha profondément. Le Commandant ordonna :

- Deux hommes avec une bêche s'il vous plaît ! Creusez une fosse ! Là, sur le bord de la route, enroulez votre camarade dans sa toile de tente, faites vite !

Quinze minutes plus tard, nous sommes partis, laissant le copain sous un petit monticule de terre sur lequel on avait posé son casque. Chaque fois que nous nous déplacions, c'était toujours pour nous mettre en position pour arrêter l'ennemi.

On circulait de nuit, la roulante ne suivait pas, elle se faisait mitrailler, on ne mangeait plus, on ne dormait plus ! Dans les déplacements, j'ai vu des copains s'endormir sur leur vélo et se ''casser '' la figure dans le fossé ou sur la route. Nous avons passé
la Meuse à Namur, nous étions bombardés, notre camions de munitions qui transportait les obus du 47 antichars prit feu, le chauffeur, courageux, n'hésita pas à prendre le volant pour sortir le camion de l'agglomération, à toute vitesse, pour éviter une catastrophe.  Sans dormir et sans manger, nous allions à la ''rescousse'', vers le nord. Après bien des détours, nous étions à Termonde ( Dendermonde )....>> ( à suivre )

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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 17:41

                 Le tombeau des souvenirs ( suite )

                  << - Où sont les boches ?

Le brave homme lui répondit en souriant :

- C'est pas des boches ! C'est des Français !

C'était vraiment le jour aux émotions fortes ! Des Français ! Et nous qui étions décidés à nous bagarrer encore ! A peine remis de la surprise, j'ai décroché un fusil qui était dans le camion, j'ai mis la baïonnette, j'ai trouvé un chiffon blanc qui traînait, je l'ai accroché au bout et de toutes mes forces, je balançais ce drapeau blanc au-dessus du camion pendant que nous avancions doucement. Quelques centaines de mètres plus loin, je vis, cachées derrière des petits buis, des automitrailleuses françaises braquées sur nous ! Rapidement, les soldats français nous reconnurent et crièrent :

 - Vivent  les p'tits belges !

 Je leur répondis:

- Vivent les p'tits belges ! Vous en avez de bonne !! Vous nous avez assez arrosé avec vos mitrailleuses ! Qu'est-ce qui vous a pris ?

- On vous prenait pour des boches ! Mais, comme vous étiez plus nombreux que nous, on s'est un peu retiré ! »

 Finalement, on était tout de même tous heureux de se retrouver, on s'est serré la ''louche'', on a discuté puis, on s'est séparé, on est parti en leur disant :

- Attention, les prochains que vous rencontrerez sont de vrais boches, nous, on vient de décrocher et il n'y a personne derrière nous, il n'y a plus de copains, nous sommes les derniers !... >>( à suivre )

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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 16:08

                 Le tombeau des souvenirs ( suite )

« Nous sommes repartis à plat ventre, laissant vélos et bardas à cinquante mètres des boches. Ils n’étaient pas très nombreux et on a réussi à traverser en rampant dans les haies et à rejoindre le groupe. Maintenant, nous faisions partie de ceux qui montaient dans les camions. Les copains étaient déjà installés, le lieutenant commanda :

- Tout est prêt ? En avant !

Les camions démarrèrent  aussitôt, les cyclistes se faufilaient à droite et à gauche des véhicules tandis que les rafales de mitraillettes commençaient à nous arriver dessus. Au bout de deux ou trois cents mètres, plus rien ! Nous étions passés ! Sans trop de '' bobos ''! La mitraillette, c'est très impressionnant et ce n'est vraiment dangereux qu'à quelques dizaines de mètres ! Le convoi repartit. Le lieutenant, en tête, debout sur un camion de quarante sept anti-char sur chenilles, le blindage ne le protégeant que jusqu'à la ceinture, observait.

A  quelques kilomètres, des civils arrivèrent vers nous en suppliant :

- Arrêtez, les enfants ! N'allez pas plus loin ! Les Allemands sont à Bellefontaine !

Il y avait des hommes et beaucoup de femmes qui voulaient nous arrêter.

 Ils se lamentaient et répétaient :

- N'allez pas vous faire tuer les enfants ! L'armée allemande, c'est un rouleau compresseur ! Le courage n'y pourra rien !

Nous, on répondait :

- On ne veut pas se rendre aujourd'hui ! On y va !

Le lieutenant ordonna :

- En avant !

Les camions se remirent en branle ! Le calme semblait s'être installé et on commençait à discuter quand des balles se mirent à pleuvoir. De mon camion, qui roulait au pas, toujours derrière  l'engin du lieutenant, je voyais les balles ricocher sur la route, de temps en temps çà faisait ''boum'' sur notre camion, le pare-brise du camion qui nous suivait vola en éclat, le chauffeur secoua la tête et continua, il n'était pas touché ! Les tirs redoublèrent d'intensité, le lieutenant ordonna :

- Halte ! Au fossé !

Au moment où nous sautions dans le fossé, tout se calma, plus de tirs ! En regardant vers la vallée, on vit des engins à chenilles mais, au lieu de venir vers nous, ils montaient le versant des collines d'en face. Profitant de cette accalmie, nous sommes repartis de plus belle, fonçant sur le village.

 Je me souviendrai toujours de ce bon vieux paysan qui était au milieu de la route, à l'entrée du village. Notre lieutenant, toujours aussi téméraire, debout sur son véhicule lui cria :

 - Où sont les boches ?...>> ( à suivre )

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 18:47

           Le tombeau des souvenirs ( suite )

 

<<... Mais, malgré le courage des chefs et des soldats, une heure plus tard, l'ennemi avait capturé deux mitrailleuses, nous avions des morts et des blessés en grand nombre, les munitions commençaient à manquer et on ne pouvait pas nous ravitailler ! Le Capitaine Bricart, Commandant de la Compagnie, fut tué, entouré de plusieurs de ses hommes qui tombèrent avec lui ! C'était vers Bodange. Le lieutenant prit une décision grave :
 

- Repliez-vous en ordre et sans bruits inutiles !

 Il rompit le contact, mais il pensait sûrement que ce n'était que partie remise, car c'était un soldat courageux ! Après un kilomètre de repli, nous sommes tombés sur l'infirmerie de campagne, des grands panneaux à croix rouge qui délimitaient un carré de cinquante mètres de côté au bord de la forêt. Un médecin, deux ou trois infirmiers et des brancardiers, une cinquantaine de copains couchés ou enroulés dans des couvertures !

Je reconnus un ami, l'infirmier me dit :

-  Il a pris deux ou trois balles de mitraillette dans le dos, mais ce n'est pas grave !!!

Je sais maintenant qu'en temps de guerre, tout va pour le mieux, les morts ne sont jamais morts ! Les blessés, ce n'est jamais grave !!! Il ne faut pas essayer de comprendre, il ne faut pas saper le moral des troupes ! Ce spectacle macabre donnait peut-être à certains l'envie de se sauver, mais il nous donnait aussi la hargne de repartir au combat pour venger les copains !

Quand tous les rescapés de la Compagnie furent  réunis, le médecin s'adressa à nous en ces termes :

- Mes amis, vous êtes encerclés, les Allemands sont autour de nous, il y a aussi  des parachutistes  derrière vous !

 Dans un cri de douleur, on a tous hurlé :

- Non ! non !  On ne peut pas se rendre comme çà !

 Le Lieutenant reprit le dessus et ordonna :

- Que tous ceux qui ont des vélos montent en selle et les autres dans les camions !

 Avec mon inséparable copain, on a essayé de forcer le barrage, à cinquante mètres des panneaux de la croix rouges, il y avait les boches avec leurs armes braquées sur nous, le médecin qui nous suivait des yeux vit que nous étions couchés et que nous nous préparions à tirer, il s’écria :

  •     Ne tirez pas ! Vous êtes trop près de
    la Croix rouge ! >>

 La fin du cahier est couverte de croquis d’armes et de dessins de ruines très représentatifs. Je n’imaginais pas que mon père dessine aussi bien. C’est avec émotion que je prends le cahier numéro 3. Il commence par un article de journal, c’est un extrait de  La Belgique  au combat :

« La 1ère Division blindée allemande fut bloquée  par la résistance des Chasseurs Ardennais du Capitaine Bricart à Bodange et piétinera toute la journée du 10 mai . Le point d'appui de Bodange était défendu par la 5ème compagnie du 1er régiment de Chasseurs Ardennais plus le poste de Strainchamps (une garde de quatre hommes) D'après le constat de « La Belgique au combat » on estime à 80 combattants l'effectif de cette résistance. L'effectif était incomplet à cause des permissions et des congés agricoles. » 

 

Puis le récit continue et décrit leur situation après avoir réussi à prendre de la distance avec le campement de la Croix rouge.

 

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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 14:04

         Le tombeau des souvenirs ( suite )

En lisant cette phrase : "J’avais  l’impression de les abandonner en enfer ! ", des frissons parcourent mon corps et mon esprit sombre dans les ténèbres de l’horreur. Quand mon père a écrit ces mots, j’imagine toute la souffrance qui devait se lire dans son regard. J'ai hâte de lire la suite :

                    Bodange

                             <<...Deux minutes après, le pont n'existait plus ! Nous sommes montés vers la forêt toute proche et nous avons retrouvé la 5ème Compagnie qui se préparait à résister au choc. Aussitôt, un lieutenant nous a reconnus, il s’exclama :

- Ah ! Le poste de Strainchamps ! Restez à ma disposition !

Tous les Chasseurs Ardennais étaient là, calmes, personne ne bougeait, bien camouflés dans la verdure, l'arme au poing, les armes automatiques pointées vers l'Est et sur tous les passages propices à l'avancée de l'ennemi. Le lieutenant avait donné l'ordre de ne pas tirer sur quelques éclaireurs afin de ne pas nous découvrir et d'attendre l'arrivée en nombre de l'ennemi. Comme je n'étais pas dans ma compagnie, je n'avais pas de mitrailleuse, j'avais juste mon arme individuelle, un G.P, revolver de grande puissance avec la crosse adaptée sur la culasse pour tirer avec précision jusqu'à  cent mètres. Nous attendions, anxieux ! C'est alors que je vis des soldats allemands arriver en grand nombre vers la rivière ! C'était impressionnant ! Un des premiers arriva sur le reste du petit pont qui n'était pas tombé ! Il était à 80 mètres de moi et observait de tous les côtés à la jumelle ! Les allemands étaient là ! Tellement nombreux et si proches ! Je bouillais d'impatience ! Je me disais :

Bon Dieu ! Que fait le lieutenant ?  Bon sang ! C'est le moment de tirer ! Ils vont passer la rivière et nous encercler ! Je me suis mis à observer celui qui était sur le bout de mur, les autres arrivaient à sa hauteur, décidé, j'ai pris mon arme, j'ai adapté la crosse sur la poignée, j'ai visé et tiré ! L'homme a disparu derrière le muret ! Etait-il touché ? Je ne le saurai jamais ! Ce que je sais, c'est que mon coup de feu a déclenché la fusillade ! Je dois avouer que l'ordre de faire feu est arrivé en même temps ! C'était vraiment le moment, d’autres allemands descendaient la côte en formation de combat ! Il y avait des centaines de soldats armés jusqu'aux dents : mitrailleuses légères, fusils-mitrailleurs, lance-grenades....Ce n'était plus les manœuvres, c’était la vraie guerre, on serrait tous les dents. Le bruit infernal des armes automatiques résonnait en écho, à l'infini ! Bien que moins bien armés que l'ennemi, mais bien retranchés et plein de courage, nous résistions ! Il faudra toute la journée du 10 mai à cet ennemi supérieur en nombre et en matériel pour venir à bout des Chasseurs Ardennais qui se défendaient avec un réel mépris du danger.

  A cinq heures du soir, répondant à quelques sous-officiers qui parlaient de repli, le Lieutenant se tourna vers tous ceux qui étaient à ses côtés et répondit :

- Je préfère périr que de me replier sans ordre !...>> ( à suivre )

PS . Amicales pensées à Noémie

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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 22:24

           Le tombeau des souvenirs ( suite )

Le chapitre suivant m’envahit d’un pressentiment mêlé d’anxiété et d’ignorance. Mon père vit sous tension permanente. Dans cette incertitude, je le vois , silencieux et pensif, prêt à accomplir scrupuleusement toutes les directives :

    10 mai 1940 à quatre heures du matin ....

             Strainchamps

<< L'homme qui s'était échappé avait couru à perdre haleine ! Le poste d'où il venait se trouvait à mille mètres devant nous, c'était proche ! Nous allions avoir de l'occupation, l'officier de garde se rappela à notre bon souvenir en téléphonant une quatrième fois :

 - Ordre de destruction ! Je vous envoie un ordre écrit par motocycliste !

Cette fois c'était clair !  Au bout de quelques minutes, comme nous n'entendions pas de moto venir vers nous, j'ai pris mes responsabilités, j’ai commandé :

- Les copains, pas de moto, on appelle l'officier de garde !

J’ai saisis le combiné :

  • Allô, ici le poste de Strainchamps, nous attendons encore le motocycliste !
  • Comment ? Le motocycliste n'est pas arrivé ? Faites sauter immédiatement !

C'est ainsi que le 10 mai 1940, à quatre heures du matin, le point stratégique dont nous avions la garde sauta !  
1800 kg de charge à 4,50 m de profondeur ! Quel beau feu d'artifice ! Quel entonnoir ! Mais aussi, quelle vitesse pour quitter les lieux, car la plus forte armée du monde déferlait sur nous ! Nous, une très petite armée ! Pleine de courage ! Il en fallait « dans  la culotte » pour résister et ne pas prendre la « tangente ! » Après avoir assisté à ce « beau spectacle » depuis l'abri et nous être assurés que tout le matériel était détruit, nous avons décacheté le pli qui nous était destiné ! Dans ce pli, nous avions la marche à suivre et même une carte avec un itinéraire au cas où nous aurions été seuls, c'est à dire, abandonnés par les autres unités, ce qui n'était pas le cas, les Chasseurs Ardennais faisaient honneur à leur réputation et tout le monde était solide au poste !

La première instruction était :

Après sa mission accomplie, la garde du poste de Strainchamps doit se mettre à la disposition de l'officier commandant le point d'appui qui se trouve derrière elle.

Nous sommes descendus dans le village où tous les habitants étaient aux fenêtres. De partout fusaient des questions :

-  Qu'est-ce que c'est ? Voilà les boches ? Peut-on rester chez nous ? Où peut-on se cacher ?

On n’avait pas de réponses et le fait de voir tous ces civils désemparés me contrariait.

Nous avons traversé un petit pont qui enjambait une rivière. Le chef du poste devait le faire sauter après notre passage, ce qu'il fit immédiatement derrière nous. Je l'entends encore s'adresser aux civils qui se sauvaient :

- Que tout le monde s'écarte, je fais sauter le pont !

Des cris déchirèrent l’air, les pauvres gens apeurés levaient les bras en implorant le ciel ! J’avais  l’impression de les abandonner en enfer

...>> ( à suivre)

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