Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 21:29

         Le tombeau des souvenirs ( suite )

<< ...Les copains accoururent ! Sans cesse, ils me répétaient :

« On ne te laissera pas grand, on est là ! »

Je les entendais parler de moi :

« Le Grand est touché »

Toute la pièce accourut pour me secourir ! Etait-ce pour ma bonne gueule ? Je n'en savais rien ! Toujours est-il que malgré le danger, ils étaient tous là pour m'aider, me réconforter ! Je me souviens que je leur disais :

- Laissez-moi ! Sauvez-vous ! Vous allez être pris !

Ils me répondaient :

- Non, on ne te laissera pas !

Ils foncèrent dans la ferme et revinrent avec une grande échelle. Ils la scièrent en deux pour en faire deux brancards, ils mirent le sergent sur une moitié et moi sur l'autre morceau ! Puis ils filèrent à travers les explosions vers le P.C avec leurs deux blessés sur les brancards de fortune ! Quel triste tableau ! Deux allongés, quatre gars pour les porter et un, qui suivait à quatre pattes, il avait un pied traversé par une balle ! Pendant ce voyage infernal, les balles allemandes sifflaient de toutes parts, j'avais chaud, j'avais froid, le sifflement incessant des balles m'excitait de plus en plus, je me disais " on va tous y rester, alors je criais :

- Laissez-moi ! Ils vont aussi vous avoir ! Filez !

Rien n'y faisait, ils continuaient à affronter la fureur incontrôlable qui se déchaînait autour de nous ! Ils étaient animés par le courage, l’amitié et le dévouement ! En arrivant au P.C, le Commandant vint tout de suite vers nous et questionna le sergent qui lui rendit compte de la situation. Je l'entends encore dire :

- Mon Commandant, la mitrailleuse est à moitié recouverte de sable, il faudrait une accalmie d'un quart d'heure pour la remettre en état.

Nous sommes trois blessés, le tireur, un pourvoyeur et moi-même !

Comme pétrifié, le Commandant nous regarda puis, commanda :

- Les hommes qui ont encore des armes, en avant pour protéger le P.C !

Ceux qui avaient des fusils repartirent ! Les revolvers n'étaient pas considérés comme des armes ! Dans les deux soldats qui me portaient, il y avait mon ami Devillers ! Nous étions très liés, notre amitié était sans faille ! C'était un gars sur qui on pouvait toujours compter, un râleur, toujours mécontent, qui ne croyait ni en Dieu, ni au diable, mais il avait un cœur d'or ! Comme il devait me quitter pour repartir au combat, je me souviendrai toujours de ses dernières paroles. Me voyant allongé, dans un triste état, il était plus pâle que d'habitude, il se pencha vers moi en disant :...>>  ( à suivre )

Repost 0
2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 15:59

         Le tombeau des souvenirs ( suite )

Le soleil commence sa descente et de ses rayons lumineux et rougeâtres ,il anime le grenier qui se remplit d’ombres mystérieuses. Mon imaginaire se perd dans ce monde immatériel, quand il me semble entendre la voix de mon père qui me rappelle que le 27 mai 1940 est son dernier jour de guerre !

 

Le sergent est touché !

 

<< ...Aussitôt, j'ai repris ma mission principale. Ai-je fait trop de bruit ou trop de dégâts ? Toujours est-il qu'à un moment, je ne voyais plus personne devant moi ! Ma mitrailleuse était repérée et ils allaient la faire sauter ! Puis ce fut le bombardement aux mortiers qui envoyaient des obus qui éclataient, à peine arrivés au sol, c'était très meurtrier ! Quand j'ai mis la tête dans le trou, j'avais le derrière dehors, tellement mon trou était peu profond ! On était tous aplatis, face contre terre, plats comme des galettes !

Une pluie de feu et de ferraille se mit à tomber et à labourer le sol. La terre remuée retombait sur nous. Alors qu'on se terrait, j'entendis crier :

« Au secours ! Au secours ! »

Quand j'ai relevé la tête, j’ai vu le sergent qui essayait de ramper avec une botte arrachée et la jambe en sang ! Comme tireur, je ne devais pas quitter la pièce. Les autres tâches, comme porter secours à un blessé, incombaient aux pourvoyeurs, mais comme personne ne bougeait et que le pauvre sergent hurlait de douleur, je sortis de mon trou et je courus à son secours. Je me souviens de ma course ! En longeant le mur de la ferme, j'entendais ...bigne...bigne...bigne...les balles et les éclats d'obus passaient si près de moi qu’il me semblait entendre un bourdonnement de guêpes ou un essaim d'abeilles ! En me voyant passer sous ce déluge de feu, un copain vint avec moi. Le sergent était là ! On le tira derrière le mur où on avait l'impression d'être abrités ! Je lui fis un garrot et un pansement avec sa pochette de premiers soins qu'il avait dans sa poche. Il ne perdit pas connaissance, dès qu'il vit que le sang ne coulait plus, il me dit :

- Grand, va chercher du renfort !

- Oui Sergent ! ai-je répondu

- Je vais avec toi ajouta le copain qui m'avait aidé à secourir le sergent.

J'ai rapidement réfléchi et je lui ai dit :

- Oui, mais prépare ton flingue ! On va sûrement rencontrer les cocos sur notre route ! Vas-y, premier bond, derrière le poulailler, là-bas ! On partit ensemble. Le copain se laissa tomber près du petit bâtiment, moi, j'atterris quelques mètres plus loin ! Bien aplati sur le sol, j'ai pivoté sur moi-même pour revenir à côté de lui, pour repartir ensemble. Mais au moment où je mettais mes jambes à la place de ma tête, j'entendis une détonation terrible et je ressentis un choc d'une violence indescriptible, comme si j’avais reçu un coup de masse sur la jambe droite !

Puis, des sueurs froides m’envahirent, des gouttes perlaient à mon front ! J'ai déboutonné tout, j'ai jeté mon revolver ! Une douleur irrésistible monta en moi et m’étreignit avec fureur !...>> ( à suivre )

 

Repost 0
1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 18:23

         Le tombeau des souvenirs ( suite )

<< ...Notre progression ne fut pas simple ! Tant que nous étions cachés par la verdure, tout allait bien ! Mais il fallut parcourir deux cents mètres à terrain découvert pour atteindre notre emplacement « réservé » dans la cour d'une ferme.

Je suivais le sergent avec la mitrailleuse sur l'épaule, elle était enveloppée dans sa bâche pour ne pas que le sable l'encrasse ! Nous faisions des bonds de plusieurs mètres, nous étions environ à une dizaine de mètres l'un de l'autre.

Quand nous sommes arrivés à la ferme, le sergent se retourna, il n'y avait personne derrière nous ! Ils se mit à les appeler par de grands gestes du bras tout en me disant : « quelle bande de froussards ! » Le temps de creuser une espèce de barbette pour la mitrailleuse, de trouver trois fagots pour mettre devant, les copains arrivaient. Vite, le trépied, le chargeur et la mitrailleuse était en batterie ! Les cocos n'étaient pas loin.

Ordre du Sergent :

- Prends la prairie en enfilade et tire sur tout ce que tu vois ! Les pourvoyeurs, mettez-vous en position pour préserver le flanc de la mitrailleuse !

Les premiers objectifs ne se firent pas attendre ! Au bout d'une heure environ, il y eu des cris sur ma droite qui se rapprochaient de plus en plus.

- Qu'est-ce- que c'est ? demandais-je

Le copain d'Arlon comprenait l'Allemand, il nous a tout de suite traduit :

- Des soldats allemands crient de ne pas tirer ! Ils crient amis ! amis !

- Ils veulent nous rallier à leur cause ! Ils ont réussi avec quelques régiments flamands, mais avec nous, ils n'ont pas de chance ! Ils ont devant eux des Chasseurs Ardennais que rien ne peut détourner de leur devoir ! grogna le Sergent.

Quelques Flamands avaient failli à leur devoir, c'était une autre affaire et nous n'avions pas à les juger !

La première vague allemande arriva juste devant moi ! Comme j'étais de côté, je les pris en enfilade. Au moment où je lâchais ma première rafale, le plus proche était à dix mètres de moi ! On se vit distinctement ! Par la suite, ils ne s'approchèrent plus si près ! Ils se mirent à tirer depuis une haie qui les cachait un peu, à cent mètres de nous. Pendant cette bagarre, j'ai failli me faire descendre par un gars, assez proche de nos lignes et qui s'était perché dans un arbre.

Voyant des balles taper dans le sable sur ma droite et qui ne me passaient pas loin des oreilles, j'ai tourné la tête juste quand il tirait, ce qui m'a permis de le repérer. J'ai tourné la mitrailleuse, le sergent a hurlé :

- Qu'est-ce que tu fais ?

Sans répondre, j'ai tiré une paire de rafales, j'ai vu quelque chose tomber ou descendre et j'ai grommelé :

- Regarde, ce salaud ! Il était presque derrière nous ! C'était lui ou moi !

C'est moche la guerre ! Chacun défend sa peau, de toutes ses forces ! Avec cet Allemand, en dehors de ce déchaînement de haine, on aurait pu être de bons copains ! Mais, c’est ça la folie de la guerre !... >>

(à suivre )

 

Repost 0
31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 14:28

                Le tombeau de souvenirs ( suite )

                         27 mai 1940

<<...On souffla un peu, mais notre petite planque ne dura pas longtemps. De nouveau, rassemblement :

- Par ici, les gars !

Et nous voilà repartis, l'un derrière l'autre, le front était proche et on pensait bien qu'on allait devenir les acteurs du spectacle ! Quand le jour se leva, notre groupe était dans un verger ! Bien que nous y soyons arrivés de nuit, dans le plus grand silence, les Allemands nous avaient déjà repérés ! On était là depuis une petite heure quand l'artillerie se mit à nous bombarder ! Ça dégringolait de partout ! Les bâches des camions partaient en lambeaux ! Des éclats pleuvaient de tous les côtés ! Moi, j'étais à plat ventre, jouant des coudes comme pour rentrer en terre ! Je serrais les dents, je serrais les fesses, j'avais une trouille terrible mais comme toujours, je n'étais pas loin du commandant car j’aimais entendre ce qui se passait ! Ce jour-là, J'ai vu ce que c'était qu'un officier digne de ce nom ! Les obus tombaient, tout le monde se couchait ne sachant pas où se mettre ! Si on avait pu, on se serait fourré dans un trou de souris ! Pendant ce temps, le Commandant était debout, la carte étalée sur le coffre arrière de sa voiture quand un obus éclata ! Il ne broncha pas, ne fit pas un mouvement, continua son étude de la carte, puis se tournant vers le chef de peloton mitrailleur, dit :

- Voilà ! Regardez attentivement ! Vous devez aller reconnaître les positions à ces endroits précis !

L'adjudant et le sergent partirent, ça bagarrait à cinq cents mètres de nous. Les deux chefs revinrent rapidement et l'adjudant rendit compte au Commandant, toujours aussi calme :

- Mon Commandant, je ne sais pas si les mitrailleurs pourront prendre les emplacements prévus car là-bas, ils sont en contact !

- Je l'entends bien qu'ils sont en contact rétorqua le commandant, mais il faut que les mitrailleurs prennent les positions prévues !

Le Commandant avait la voix plus grave que d'habitude en donnant cet ordre ! pensait-il aux sacrifices inutiles, lui qui voyait et comprenait la tournure que prenait cette guerre ? Le sergent se tourna vers moi :

- Première pièce, avec moi ! suis-moi avec la mitrailleuse, puis le chargeur avec l'affût, les pourvoyeurs suivront et le chef de pièce en dernier ! ...>> ( à suivre )

Repost 0
30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 18:40

      Le tombeau des souvenirs ( suite )

<< ...Alors, un grand silence se fit, deux ombres approchèrent ! En nous voyant, ils s'exclamèrent :

- Ah ! C'est vous, les Chasseurs de la 2ème ! On avait mis en batterie et on allait tirer ! On vous avait pris pour des boches !

Soulagé, je leur dis :

- Oui, c’est bien nous ! Les cocos sont un peu plus loin, allez-y doucement !

Encore une fois, j’avais eu le nez creux, le lieutenant et le sergent ne disaient plus rien ! On l'avait échappé belle ! Se faire descendre par des copains ! Non ! Il y avait déjà assez d’Allemands pour ça !... >>

 

Un grand soulagement secoue mon corps, c’est ce que mon père a dû ressentir après avoir éviter les tirs des Belges, sensés venir en renfort ! Son attention permanente à tout ce qu’il entendait et sa détermination ont sauvé la vie de ses copains ! Je comprends la grande popularité dont il jouissait et l’amitié qui le liait à tous ses compagnons de guerre. Le cahier se termine par des illustrations, ce sont des avions qui volent, envoient des bombes et explosent ! De tous ces dessins émanent une violence extrême ! Il reste un cahier qui ne porte pas de numéro mais un titre en lettres majuscules : « Mon dernier jour de guerre ». Je l’ouvre, il commence par un article de « La Belgique au combat » :

Document : La Belgique au combat- Mai 40 –

Chasseurs Ardennais

« Vinkt : …..Le 25 mai à 8h30 … Une brèche s’est ouverte dans la position du canal de dérivation ( Meygem ) et l’ennemi s’y rue. En rase campagne, sans plus de fortifications que lors des combats retardataires du 19 mai, les 1er et 3ème régiments de Chasseurs Ardennais vont briser cet élan.

 

Les journées des 26 et 27 mai verront se développer des conditions de combat de plus en plus difficiles, du fait de l’effritement des positions belges et de certains retraits effectués en conséquence, tant au sud qu’au nord du secteur de Vinkt toujours tenu par la 1ère Division de Chasseurs Ardennais, Le 27 mai, au soir.

 

Du 10 au 28 mai 1940, l’ensemble des unités de tradition ardennaise compta cinq cent vingt-huit morts et près de deux mille cinq cents blessés, soit 10% des effectifs globaux. » ( à suivre )

 

Repost 0
29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 18:58

        Le tombeau des souvenirs ( suite )

Nous n'étions pas loin et on avait chaud aux oreilles ! Après avoir assisté à cette bataille jusqu'au lendemain soir, on se disait :

- Ils ont la vie dure là-bas ! Ça tire toujours !

La deuxième nuit commença, on reçut une consigne :

- Faites attention ! Observez bien autour de vous ! Lancez de temps en temps une fusée éclairante pour voir ce qui se passe !

Ma tête fonctionnait bien et j'avais un bon flair ! J’ai dit aux copains :

  • Il y a sûrement des boches qui ont traversé la rivière !

Vers 23 heures, nouvel ordre :

- Le 3ème régiment de Chasseurs Ardennais arrive en renfort vers zéro heure cinq, soyez vigilants !

On écouta, aucun bruit ! Nouvelle consigne :

  • Ils arrivent à zéro heure quinze avec le général Keyaerts !

Dix minutes passèrent, aucun bruit, mais des ombres qui se faufilaient ! Puis on entendit le frottement des armes, quelques cliquetis et nos fantômes se mirent à avancer en formation de combat. A un moment donné, les ombres que je voyais en face de moi ne bougeaient plus !

J’ai dressé l'oreille et j'entendis le bruit d'une mitrailleuse qui se mettait en batterie et le bruit caractéristiques des caisses de munitions ! Je m'adressai aux copains :

- Ecoutez ! C'est une mitrailleuse qui se met en batterie ! Ils ont vu des ombres, ils nous prennent pour des boches ! Eh sergent ! Ils vont nous tirer dessus !

- Taisez-vous ! Ordonna-t-il

Cette fois, je m'adressai au lieutenant :

Cette fois, je m'adressai au lieutenant :

- Mon Lieutenant, ils nous prennent pour des boches, ils se sont mis en batterie, ils seront bientôt prêts à tirer !

-Taisez-vous ! ragea-t-il

Mais, je ne désarmai pas :

- Bon, les copains ! Je n'ai pas encore envie de me faire casser la gueule par des Belges ! Et vous ?

- Nous non plus !

Alors, je pris ma décision : « Dévoue-toi encore une fois , pousse ta gueulante » :

- Eh ! Là-bas ! Ne faites pas les cons ! C'est nous ! Les boches sont plus loin !

Repost 0
28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 14:53

                     Le tombeau des souvenirs ( suite )

     La dernière résistance belge

<<..Les maisons et surtout les caves étaient envahies de civils ! Comme on était en pays flamand et qu'ils sont très croyants, on les entendait réciter le chapelet toute la journée. Quant à nous, les militaires, on était mort de fatigue, le ventre creux !

Je me demande encore comment on tenait le coup ! On avait de vingt à trente ans, la fleur de l'âge, c'était ça le secret !

On s'éloigna des maisons et l'ordre fut bref :

- Reposez-vous près de cette ferme, ne vous éloignez pas !

On avait tellement faim qu'on se mit en quête de nourriture ! On rentra dans la cour de la ferme. A notre arrivée, un gamin d'une douzaine d'années vint vers nous ! Il ne comprenait pas le français et beaucoup ne parlaient pas très bien flamand ! Heureusement, j’étais capable de communiquer, il comprit que nous cherchions de la nourriture, une poule chanta, il fonça au poulailler qui se trouvait au bout de la cour et revint avec un oeuf ! Et, je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que j’avais parlé flamand, mais le jeune garçon me donna l’œuf ! J'ai remercié ce bon gamin et je l’ai gobé ! Je crois que j'entends encore le bruit qu'il a fait en tombant dans mon estomac vide ! Mais aussitôt, j'ai cru que j'allais vomir ! Jamais plus je ne goberai un oeuf tiède surtout après une longue diète forcée !

La nuit tomba, ce fut le rassemblement et les ordres :

- Première section, allez prendre position dans la nature ! Deuxième section, restez ici pour garantir le Poste de Commandement !

Les deux chefs de section jugeant que la première, c'est à dire la nôtre, était toujours à l'avant et que nous étions complètement « vidés », décidèrent de faire partir la deuxième à notre place ! Pour une fois, on allait un peu décompresser ! C'est ainsi que nous avons assisté de loin, à la grande bagarre ! Les Allemands voulaient traverser la Lys à Deinze, Vinkt et Thielt . Devant nous, à quinze cents mètres, c'était Deinze ! Ça bardait ! Les avions allemands, les " Stukas " bombardaient en piqué à l'aller et mitraillaient au retour !....>>  ( à suivre )

 

Repost 0
27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 16:48

                 Le tombeau des souvenirs ( suite )

Vieux soldat !

<<.. J’ai continué à marcher comme un automate ! Enfin, je me suis retrouvé dans un patelin où il y avait un grand bistrot !

C'est alors que j'entendis crier mon nom, je dus reprendre mes esprits pour me rendre compte que c’était bien moi qu’on appelait .

C'était mon Lieutenant qui plaisantait avec l'Adjudant :

- T'as une permission pour le 16 mai !

Malgré toutes les violences qui nous entouraient, on s'est mis à rire comme des gosses ! Là, j'ai retrouvé tous mes copains ou ce qu'il en restait ! Le bistrot nous attira, on n’était pas seul ! Français et Belges auraient voulu boire une bière ! Mais, d'autres s'étaient servis avant nous ! Il restait les caves ! On défonça une porte ! Cri de victoire ! C'était la cave à vin ! J'ai mis quelques bouteilles dans mes poches, comme les

autres ! En sortant dans la rue, je vis un soldat français, fatigué et assoiffé !

- Tiens ! Lui dis-je, bois un coup ! On n'a pas besoin de tire-bouchon, c'est du champagne !

On s'est enfilé la bouteille à deux ! En voyant les numéros des Régiments de l'Est de la France, je cherchais toujours si je ne trouvais pas un copain français !

Tous ces visages qui défilaient devant moi m'étaient inconnus quand tout à coup, j'entendis un éclat de voix connu :

- Eh ! C'est bien toi l'Grand ? Qu'est-ce que tu fais ici ?

- En Belgique ! Que veux-tu, c'est ma patrie ! Et toi le Français, n’es-tu pas loin de chez toi ?

On tomba dans les bras l'un de l’autre. C'était un ami français qui habitait à quatre kilomètres de chez moi !

- Tu sais Grand, je conduis un camion plein de matériel pour le génie !

- Tu n’as pas une place pour moi ?

- Pourquoi faire Grand ?

-Pour rentrer chez nous ! Crois-moi, j'ai déjà vu assez de massacres comme ça ! Je suis à bout ! Ici, chaque être vivant est une cible potentielle ! Civils, militaires, tout le monde y passe ! C’est un massacre organisé ou autorisé !

Mais le copain français riposta :

- N'y pense pas Grand, il faut que je fasse mon boulot, c’est mon devoir !

Et le copain français continua sa route .... Après la guerre, quand je l'ai rencontré, il m'a dit :

- Si j'avais su ! Mais je n'avais pas encore compris ! Maintenant, quand il me voit, il m'appelle Vieux soldat !

Les Français partis, on rassembla tous les Chasseurs Ardennais qui restaient et le Lieutenant marmonna :

- Voilà une école, reposez-vous un peu jusqu'à la nuit

Couchés sur le carrelage, c'était dur ! Comment fermer les yeux et trouver le sommeil quand votre tête explose d'images horribles et insoutenables ! Les tirailleurs marocains ! Les Français dans le bois !..... « Au lever » de la nuit, nous sommes repartis en longeant la forêt bombardée.

Là, le spectacle était apocalyptique , lambeaux de vêtements accrochés aux arbres, hommes déchiquetés et ces jeunes gars qui creusaient des tombes pour leurs copains tandis que les infirmiers couraient en tous sens pour sauver les survivants !

Après bien des péripéties, nous sommes enfin arrivés sur les lieux de ce qui fut la dernière résistance belge : Deinze, Vinkt et Thielt... >>

                                         ( à suivre )

 

Repost 0
26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 15:18

        Le tombeau des souvenirs ( suite )

<< ...Les pieds en sang, entourés de bandelettes, ils étaient morts de fatigue et ils allaient rencontrer les Allemands, armés jusqu'aux dents et transportés sur des camions ! C’était incroyable ! Ce spectacle m’était insupportable ! Je ne pouvais plus les voir et les regarder sans qu’un souffle de rage monte en moi ! J’étais horrifié en pensant à ce qui les attendait !

Pauvres Tirailleurs ! Ils allaient à la mort !

Ils avançaient courageusement, en silence et sans se plaindre ! J'ai eu une petite conversation avec un sous-officier français :

- N'allez pas affronter les boches dans cet état-là ! C’est inhumain !

Le jeune sous-officier me fixa et répondit :

- On est ici pour se battre ! Les tirailleurs ne reculent jamais !

Je me demande ce qu'il me répondrait aujourd'hui ! En les quittant, j’étais à la fois révolté et tourmenté ! Enfin, dans le bois, je me suis retrouvé un peu seul. Assis au pied d’un gros chêne, je me suis endormi ! Je ne sais pas combien de temps ! Quand je me suis réveillé, il y avait des Français partout, ils faisaient le café pas très loin de moi. Je me suis levé, j'étais encore dans le cirage, j'ai bu un café et j'ai demandé :

     - Avez-vous vu des soldats belges ?

- Oui, on en a vu des habillés comme toi ! Ils sont descendus dans la forêt ! Tiens, bois encore un jus avant de filer ! Me dit en souriant le « cuistot »

- Merci, ça réchauffe !. Mais, ne fais pas trop de fumée avec ton cubilot ! Ecoute l'avion là-haut ? C'est un mouchard, vous allez vous faire repérer !

Leur Capitaine arriva en hurlant :

- Qu'est-ce que vous regardez en l'air ? Vous n'avez jamais vu un avion ? Allez, préparez-vous, on part dans trente minutes !

- Adieu les Français ! Je pars à la recherche de mes copains ! A votre place, dis-je, je filerais tout de suite ! 

 

Je suis parti d'un bon pas ! L'avion qui tournait toujours en rond n'augurait rien de bon ! Je marchais depuis environ vingt minutes quand j'entendis des avions bombarder les pauvres Français que je venais de quitter ! De loin, je voyais les avions larguer des bombes qui explosaient dans un fracas épouvantable. Des flammes embrasaient toute la forêt ! J’ai posé les mains sur mes oreilles et j’ai fermé les yeux ! Je ne voulais plus rien voir, plus rien entendre. Je me suis mis à courir, à courir jusqu’à épuisement ...>> ( à suivre )

 

Repost 0
25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 16:16

         Le tombeau des souvenirs (suite )

Les Français…

« Nous roulions depuis une bonne heure quand on se trouva nez à nez avec des camions français plein de ravitaillement. On stoppa. On se demandait où ils allaient !

- Alors les Français, où allez-vous ? leur demandais-je.

- Dans un bled ! Perné ou Pernie !

- Perwez ! dis-je .Ce n'est pas possible les gars, nous , on en vient, il n'y a plus de Français, nous étions les derniers Belges ! A Perwez, vous allez tomber dans les bras des boches !

Le jeune sous-officier français me regarda en riant :

- Les boches ! Tu rigoles ! Allez en route !

On essayait de convaincre les chauffeurs de chaque camion qu'ils allaient droit dans la gueule du loup, que ce serait un massacre ! Quelques chauffeurs nous firent confiance, certains faisaient demi-tour, d'autres mettaient le feu au camion ! Quel triste spectacle ! Des Français et des Belges qui se repliaient, du ravitaillement qui continuait à avancer, des camions qui brûlaient et qui coupaient la circulation ! Le pire, c'étaient les camions de munitions !

Leurs chauffeurs, c'étaient des champions ! Ils se faufilaient entre tous les obstacles ! Ils filaient près des engins en flammes ! Tout ce charivari finit par se stabiliser ! Je me suis alors approché d'un camion de munitions que j'avais vu éviter tant de dangers et là, au volant, il y avait un jeune gars, la tête sur le volant ! Je lui ai tapé sur l'épaule en essayant de le réconforter :

- Salut ! T'es un vrai champion au volant de ton engin !

Il sursauta et murmura :

- Tu sais, la peur m’a donné des ailes !

Et moi de lui répondre :

- Mais, crois-moi, la peur peut aussi te faire mettre les jambes à ton cou et laisser tout en plan !

- Oh ! Je ne pouvais pas faire ça ! Tu te rends compte si mon bahut avait explosé au milieu de tous ces gars !

  • Oui, lui dis-je, t'es un gars bien !

Ce jeune Français, qui était-il ? Je ne lui ai même pas demandé son nom ! Lui et les autres ont risqué leur vie pour sauver les copains ! N'est-ce pas un acte d’héroïsme ?

Puis, je suis reparti à pied,… en camion.....

Au lever du jour, je me suis retrouvé dans un bois, en bordure de route, avec de nombreux soldats français et parmi eux beaucoup de Nord-Africains. C'était un régiment de tirailleurs marocains ! Ils avaient des canons sur des charrettes tirées par des bourricots !

              ( à suivre )

Repost 0

Présentation

  • : Les poubelles radioactives
  • Les poubelles radioactives
  • : Enterrer ? Enfouir ? Ne serait-ce pas oublier ? Comment traiter les déchets radioactifs ? L'enfouissement des déchets radioactifs dans les conditions actuelles est-il acceptable ? A-t-on préparé le démantèlement des centrales nucléaires ? Les recherches scientifiques permettent-elles, actuellement, le traitement de tous ces déchets pour les rendre inoffensifs ? Sommes-nous assez informés des dangers de toutes ces poubelles nucléaires ?
  • Contact

Recherche

Liens