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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 15:09
Le grand rideau rouge


http://www.edilivre.com/catalog/product/view/id/750815/s/le-grand-rideau-rouge-marie-andre-fassotte/

(Suite)

Les trois derniers jours de navigation parurent interminables à la famille. L’impatience les torturait et les nuits d’insomnie se succédèrent. Samuel avait tout préparé et il  ne restait plus qu’à faire face aux imprévus avec intelligence et audace. Il plaisanta en posant une main sur l’épaule de David :

  • Mon grand, j’espère que j’aurai autant d’imagination que toi  avec le matelot !
  • Ce ne sera pas difficile ! dit Sarah, il tient cela de toi !

Le jour tant attendu arriva. Le débarquement se fit facilement, le commandant veillait. Il les salua, il étreignit Samuel et David et dit d’une voix douce :

  • Bonne chance ! Faites attention à vous !

Le chariot et l’attelage de deux chevaux achetés par Samuel  arrivèrent, les bagages furent chargés rapidement et il fallut présenter les papiers permettant d’identifier la famille, au bureau d’entrée. Le père se présenta. L’homme assis derrière son bureau, le fixa un moment avant de lire les papiers puis, d’une voix monocorde demanda :

  • Samuel ! Samuel ! Il y en a un paquet des Samuel ! Vous n’avez pas un deuxième nom ?

David qui avait accompagné son père  le poussa et lui montra le nom du navire qui les avait transportés

  • Eisenzahn ! répondit alors Samuel, sans hésitation
  • Très bien Eisenzahn ! dit l’homme en écrivant

Il remplit les registres et mit son tampon sur les papiers de Samuel. Ils ne s’éternisèrent pas et retrouvèrent leur équipage. Ils filèrent vers le dépôt qu’un parent avait acheté pour eux. Samuel avait un plan et devait retrouver ce bâtiment assez facilement. En roulant, ils virent des juifs reconnaissables à leurs vêtements portant une rouelle.

  • Seigneur ! s’écria Sarah, il faut remettre nos habits, on risque la prison si nous sommes arrêtés !

Samuel rassura toute la famille :

  • Il ne fait pas très chaud ! Enfilons chacun une veste portant notre insigne !

    Il ralentit et ils se vêtirent. Alors que Samuel fouettait les chevaux, un homme, les bras en croix, se dressa devant eux. Ils stoppèrent et l’homme les scruta d’un regard perçant  en hurlant :

  • Contrôle ! Descendez tous et présentez vos papiers !
  • Samuel présenta tout ce qu’il avait, l’homme lu  et ricana :

  • Abraham Thar vous attend ! Vous avez de la chance ! Vous avez même une adresse ! Filez et disparaissez de ma vue !
  • David, qui avait observé le contrôleur confia :

  • Cet homme nous a fouillé dans les moindres détails ! Il aurait aimé nous faire payer une amende ! Mais, le nom de notre parent l’a intimidé, j’ai hâte de connaître notre cousin !
  • C’est un riche commerçant, très influent sur le port ! Il est le fils d’un cousin germain de  grand-mère !  Quand votre grand-père lui a écrit notre intention de migrer aux Pays-Bas, il a tout suite  proposé son aide !
  • L’attelage roulait sur la piste qui longeait les commerces de gros et se faufilait entre des groupes d’hommes et de tombereaux quand Samuel s’écria :

  • Notre cousin Abraham devant l’entrepôt !
  • Ils sautèrent du chariot et se précipitèrent vers l’homme qui leur souriait. Ils se sentaient légers, le poids de  l’anxiété qui pesait si lourd sur leur cœur s’était envolé et les enfants coururent à toutes jambes dans l’entrepôt. La vie s’installa sur cette Terre du Nord, le soleil était moins présent qu’en Espagne, la température était plus fraîche mais ils avaient retrouvé l’envie d’exister !

                                            ( à suivre )

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 14:25

(suite) En levant les yeux, il aperçut David qui s’était un peu mis à découvert  et d’un geste autoritaire lui fit signe de filer. Le garçon ne traîna pas et dévala les escaliers pour rejoindre les siens. Alors qu’il courait, il se retrouva nez à nez avec un matelot qui l’attrapa violemment en hurlant :

  • Et ce morveux, d’où sort-il  encore ?
  • Je ne suis pas un morveux ! s’écria David, mais vous, vous êtes un ours mal léché !
  • Ah ! Tu veux faire le malin ! Emmène-moi donc dans ta tanière !

David comprit très vite les intentions de l’homme et répondit :

  • Ma tanière ? Vous voulez rire ! C’est tout le navire, je me cache à droite ou à gauche,  pour éviter l’équipage !
  • Où sont tes parents ? s’enquit l’homme
  • Je n’ai plus de parents, je suis orphelin !
  • Comment es-tu monté sur le bateau ?
  • Je me suis faufilé à l’embarquement ! Je voulais changer d’air !
  • Un gamin de ton âge ça a faim ! Alors, que manges-tu ?
  • Alors ça ! s’écria David en riant, j’ai l’habitude, je pique ce qu’il me faut !

Il parlait avec beaucoup d’assurance et le matelot ne semblait pas douter de lui .Il était même prêt à l’aider quand le commandant arriva. De sa voix tonitruante, il renvoya l’homme d’équipage à son travail et réprimanda fortement David en le secouant de belle importance. Quand le marin eut disparu, il le sermonna :

  • Mon garçon, je comprends que ce n’est pas facile de rester cloîtré dans votre coin ! Mais, il le faut ! Patience, nous devons arriver dans trois jours !

Il raccompagna David près de ses parents qui étaient inquiets et n’osaient plus se montrer. Samuel avait été au-devant de son fils et avait suivi la conversation intelligente qu’il avait inventée pour calmer le marin. Il n’était pas intervenu, son fils avait beaucoup d’imagination et s’en sortait très bien seul. Quand le commandant apparut avec David, il se précipita au devant d’eux  en s’excusant de l’escapade du garçon. Le commandant écouta en souriant et rassura Samuel :

  • Tout va bien Monsieur ! Vous débarquerez dans trois jours !
  • Je n’oublierai jamais votre aide et je ne vous remercierez jamais assez ! répondit Samuel
  • Le bonheur qui rayonne dans les yeux de vos enfants est le plus beau merci qui soit ! murmura le commandant. ( à suivre)
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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 20:24

(suite) Après l’habillage, ils ressemblaient à une simple famille espagnole, sans signe distinctif, pouvant dévoiler leur appartenance au peuple juif, ce qui leur permit de revoir la lumière du jour et de prendre l’air sur le pont. Alors qu’ils s’extasiaient devant le coucher du soleil, des vagues géantes frappèrent violement les flancs du bateau, et le vent se mit à souffler en tempête. Samuel comprit immédiatement le danger de rester sur le pont et entraîna toute la famille dans son refuge. Les rafales soulevaient des montagnes d’eau qui secouaient le bâtiment. Tous les hommes d’équipage étaient à leur poste, prêts à agir dans toutes les situations.  Le tangage devint insoutenable et les enfants étaient malades. De ses grands yeux sombres, David fixait ses parents d’un air interrogateur. Samuel le rassura :

  • Mon fils, reste calme ! L’ouragan cessera, le commandant est un homme sûr avec un équipage compétent ! Ce n’est pas le plus grand danger !
  • Père ! gémit David, tu veux dire que nous risquons plus des hommes que des éléments  déchaînés ?

Samuel acquiesça de la tête et leur conseilla de fermer les yeux pour trouver le sommeil. Bercés par le roulis et les hurlements du vent, les enfants finir par dormir,. Enfin, le jour se leva, ils avaient traversé la zone de tempête sans dégâts importants. Les parents n’avaient pas fermés les yeux de la nuit et le silence de la mer réveilla les jeunes. Eve, blottie contre sa sœur Myriam, bâilla, s’étira et d’une petite voix timide demanda :

  • C’est fini ?
  • Oui ma chérie ! répondit Sarah en serrant la petite dans ses bras
  • On arrivera bientôt ? supplia la fillette
  • Myriam, la cadette, qui parlait peu,  tellement elle était stressée,  implora :

  • Père, je voudrais que tout s’arrête ! Je n’en peux plus d’avoir peur ! Pendant la tempête, j’ai même demandé au Créateur de nous faire sombrer afin que la mort nous délivre !
  •  Samuel était accablé, ce que sa fille venait de lui avouer, l’avait plongé dans une profonde torpeur, il cacha son désarroi et d’une voix calme répondit :

  • Myriam, ne perdons jamais espoir ! Nous sommes à mi-chemin ! Encore un peu de patience et nous reconstruirons notre nouvelle vie !
  • La jeune fille, tremblante, resta immobile et muette.

  • Père, on peut aller sur le pont pour regarder l’océan ? s’enhardit David
  • Non, pas en plein jour ! Ce n’est pas le moment de se faire remarquer !
  • Avec ces habits, on ne nous voit pas !  protesta David
  • Ne penses-tu pas que la présence d’une famille sur ce navire de commerce soit suspecte ?
  • Le jeune garçon réfléchit et murmura :

  • Oui père ! tu as raison !
  • Jusqu’alors, tout s’est bien passé pour nous ! Obéissons aux consignes du commandant et restons très discrets ! C’est notre passeport de survie ! assura Samuel.
  • Ils discutaient sérieusement  et préparaient  leur nouvelle installation dans un pays inconnu quand des coups et des cris stridents arrivèrent à leurs oreilles. Ils se turent et écoutèrent attentivement le déroulement de cette scène de violence. Sarah serrait ses deux filles contre elle, David trépignait et bredouilla :

  • Mais que se passe-t-il sur le pont ? Ce n’est pas normal ? Je veux voir !
  • Samuel n’eut pas le temps de réagir qu’il était déjà parti. Le jeune garçon se faufila à travers le navire et atteignit le pont. Il s’arrêta net et vit une bagarre de  matelots. Les uns semblaient vouloir dévaliser une dizaine de personnes qui étaient entassées dans un coin alors que les autres les défendaient. Immobile et plaqué contre une paroi, David observait, attendant le dénouement de ce combat d’une extrême violence. La solution arriva avec le commandant qui hurla en tirant en l’air :

  • Bande de vauriens ! A vos postes !
  • Merci ! Merci commandant ! gémissaient les pauvres gens en se prosternant
  • C’est bien ! grommela-t-il, repartez dans votre réduit et ne vous montrez plus !
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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 10:55

                              ( suite )                        Le voyage

Après avoir chargé leurs bagages sur le navire, Samuel, Sarah et leurs trois enfants trouvèrent une place assez confortable. Le commandant compatissait  au malheur de cette famille qu’il essaya d’installer dans un endroit discret, à l’abri des regards de l’ensemble de l’équipage, il craignait la haine et la violence des marins espagnols qui soutenaient  souvent l’action de leurs souverains qui ne pensaient qu’à purifier l’Espagne ! Le navire avait quitté le port et atteignait la haute mer quand des cris et des hurlements arrivèrent jusqu’à eux. Soucieux, Samuel ordonna :

  • Personne ne bouge ! Aucun bruit, aucun son !

Chacun se recroquevilla sur lui-même, la tête dans les mains et les oreilles aux aguets. Le commandant arriva au pas de course et prit le père à part. David aurait voulu entendre ce qu’il disait et savoir ce qui se passait mais la seule réponse de Samuel fut :

  • Filez derrière ces barriques et silence complet !

La situation semblait grave, ils s’exécutèrent donc sans discussions. Après une bonne heure de bruits de lutte, le calme revint. Cependant, la famille resta confinée dans son réduit en communiquant à voix basse. La petite Eve souffla dans l’oreille de son frère :

  • Pourquoi qu’on ne doit plus parler ?
  • Père a ses raisons ! murmura David
  • C’est tellement triste ! gémit Eve

David lui caressa doucement la joue en souriant.

Les enfants souffraient de ne pas pouvoir se dégourdir les jambes, ils pensaient à leur grande maison entourée d’oliviers où ils jouaient et couraient toute la journée. Ce qui les attristait le plus, c’était de savoir que leurs grands-parents étaient restés en Espagne, dans leur  pays où tout était devenu si dangereux pour les Juifs.

Les nuits et les jours se succédaient, toujours aussi incertains. Ils dormaient sur le sol, emballés dans des couvertures et serrés les uns contre les autres. Un matin, fatiguée, Sarah fut incapable de se lever, son dos la faisait extrêmement souffrir.

Samuel n’était pas un expert du massage mais il fit ce qu’il put pour soulager sa pauvre épouse qui se sentit beaucoup mieux. Ils déjeunaient, loin de tous les regards quand le second, ami du commandant, arriva avec un sac et sans ménagement dit :

  • Retirez vos fringues et enfilez ceux qui sont là-dedans !
  • Mais les nôtres sont notre identité ! protesta Samuel
  • Ce n’est pas le moment de parlementer ! Ceux qui sont là-haut ne font pas de sentiments ! rétorqua l’officier

Samuel s’excusa et ordonna aux siens de faire ce que l’homme ordonnait

En voyant le désarroi des enfants, le marin donna une tape amicale à David  et murmura :

  • Ces vêtements peuvent vous sauver la vie !   (à suivre )
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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 13:07

( Suite )

 

  • David, on a besoin de toi pour remplir les malles !

Il aidait volontiers sa mère et ses sœurs, il ne les fit pas attendre. Le travail ne manquait pas, la tête pleine de nostalgie, chacun fit son bagage.  Minutieuse et organisée la mère les aida à ne prendre que tout ce qui était utile. Eve, la plus jeune demanda timidement :

  • On peut prendre un jouet ?
  • Oui les enfants ! répondit Sarah, celui que vous aimez le mieux !

Les trois enfants se trouvèrent devant un choix difficile.

  • Je les aime tous ! s’écria le plus jeune frère en pleurant.
  • Ne t’énerve pas ! lui dit David, je vais t’aider !

La gorge serrée, Sarah regardait ses enfants  affairés au rangement quand Samuel arriva et d’une voix enjouée annonça :

- Vous êtes formidables mes grands ! Vous avez déjà bien travaillé ! Venez goûter le bon gâteau de votre grand-mère.

Ce fut une envolée joyeuse qui se précipita à la cuisine, tous se régalaient mais le visage de David restait pensif et un voile de tristesse filait dans son regard sombre. Samuel s’assit avec eux et se mit à parler :

  • Nous n’attendrons pas la fin juillet pour partir, je pense qu’il y aurait trop de monde. J’ai trouvé un navire marchand qui part de La Corogne vers Amsterdam. Demain, nous chargerons nos bagages sur un chariot puis nous traverserons la Galice ce qui nous demandera plusieurs jours pour atteindre le port de La Corogne !

Toute la famille s’était groupée autour de Samuel et écoutait attentivement. Chacun  semblait  prêt à faire ce long voyage vers l’inconnu. Des questions se pressaient dans l’esprit de David, il ne put s’empêcher de demander :

  • Père, qui nous dit que les gens des Pays-Bas ne vont pas nous chasser et nous persécuter ?
  • Actuellement, le pays est gouverné par Maximilien de Habsbourg, père et régent du roi Philippe le Beau. De plus, la population est en majorité non catholique et notre peuple les intéresse, nos affaires commerciales sont prospères !

Le jour se leva avec le soleil, Samuel, Sarah et les enfants s’installèrent dans la diligence, ne voyant pas ses grands-parents,  David se précipita à la maison. Là, il vit son grand-père Isaac assis, tenant la main de sa grand-mère. Il aurait voulu hurler mais, la sérénité qui émanait de leur visage l’en empêcha. Il s’agenouilla, posa sa tête sur leurs genoux en murmurant :

  • Pourquoi ?
  •  Nous sommes âgés, on ne supporterait pas ce long  voyage !  Si tu veux nous faire plaisir, cours rejoindre la famille ! 

Les yeux embués de larmes, David sauta dans la voiture. D’un claquement de fouet, le cocher fit décoller l’attelage, suivi du chariot de bagages. La route empierrée et blanche défilait, bercés par les cahots, les plus jeunes s’endormirent. Après plus d’une semaine,  la Corogne se dressa devant eux, ils se dirigèrent directement vers le port. C’était très animé, des navires déchargeaient leur cargaison, d’autres chargeaient ! C’était une fourmilière humaine. Samuel partit à la recherche du navire. Le temps passait et David trouvait le temps long. Son père ne revenait pas et la nuit commençait à tomber. Des idées sombres envahirent ses pensées, « Je dois aller à sa recherche ! » pensait-il. A bout de nerfs, il s’écria :

  • Je vais au devant de père !
  • Non ! répondit Sarah d’une voix ferme, tu as bien entendu, ton père a dit : « Ne vous séparez pas, sous aucun prétexte !

Samuel avait du mal à se résigner, il était prêt à désobéir quand Samuel arriva en courant : « Notre navire marchand est là ! On y va ! »

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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 14:49

                                                       L’année 1492 (suite)

 

  • Lis cet écrit grand-père :

 «  En conséquence, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon interdisent de séjour sur les terres espagnoles, à dater de la fin du mois de juillet, tout Juif, sous peine de mort et de confiscation de ses biens immédiates sans autre forme de procès. Il est également interdit à tout non Juif de leur prêter assistance ou de les héberger sous peine de dessaisissement immédiat de leurs biens et titres.
Les Juifs sont officiellement placés sous protection royale jusqu’à cette date et il leur est loisible d’emporter tous leurs biens meubles et convertir leurs biens immeubles afin d’en emporter la contre-valeur sous toute forme, .à l’exception d’or, d’argent ou de devises.  Les Juifs ont toujours la possibilité de se convertir au catholicisme pour éviter l'expulsion ».

  • Tu vois Grand-père, on peut encore se convertir au catholicisme ! se lamenta David
  • Oui, c’est ce qui est écrit ! connais-tu le sort très souvent réservé aux Juifs convertis, les marranes ? Réfléchis mon garçon !

David se recroquevilla sur lui-même et resta muet, il cherchait des noms de « nouveaux chrétiens » qui avaient réussi leur nouvelle vie de chrétien pour convaincre le vieil homme. D’un bond, il se leva et dit :

  • Je connais une branche de notre famille qui a réussi ! Ils ne partiront pas et garderont leurs magasins !
  • Oui, il s’agit des descendants du frère de mon grand-père Moshé ! Ils ont perdu leur foi, leur honneur et leur identité !
  • Leurs enfants vont à l’université et portent des vêtements comme les riches espagnols ! clama le garçon
  • David, vois-tu avec quelle facilité ces malheureux « nouveaux chrétiens » sont condamnés au bûcher ?

David s’agenouilla devant  Isaac en murmurant :

  • Oui grand-père ! tu dis la vérité ! Mais, je suis si triste de quitter notre pays ! mon esprit est tourmenté, je ne peux plus dormir, j’essaie d’imaginer notre nouvelle terre et notre vie future !
  • Rassemblons nos forces, mon garçon ! Nous en avons besoin pour reconstruire notre avenir ! Notre peuple est imaginatif et courageux !
  • Oui, mais il faut de l’argent ! Qui achètera notre commerce et notre maison ?

Isaac parut très accablé puis, il répondit :

  • Ce sera difficile ! car il est interdit aux chrétiens de commercer avec les Juifs ! Mais, ne te désole pas,  nous avons ce qu’il faut pour faire le voyage puis, nous travaillerons !

David bondit comme un fauve aux abois et hurla :

  • Ils vont nous voler ce que notre famille a bâti depuis des siècles ! On ne peut pas accepter cela sans se battre !

Isaac comprenait la fureur qui habitait son petit-fils mais, d’une voix qui respirait le calme et la sérénité, il parla :

  • David, écarte la violence de ton esprit ! Ne te comporte pas comme les odieux tortionnaires de l’Inquisition ! La loi de Moïse ne nous invite pas à la haine, ce sont les humains qui sèment l’horreur !

Le jeune garçon admirait la sagesse de son grand-père mais la rage gangrenait son esprit. Il allait faire exploser toute la haine qui occupait son cœur quand, Sarah, sa mère l’appela :

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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 15:00

      

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                                                    L’année 1492

 

Dix ans plus tard. Moshé a quitté notre monde, à son tour, Isaac enseigne la bonne parole aux enfants tandis que Samuel a repris l’affaire familiale et fait prospérer son commerce de denrées alimentaires sur le port de Valence. Il fournit les vaisseaux en farine, olives et légumes secs. Comme  son grand-père et son père, Samuel est bien connu et apprécié par tous les commandants de navires, il fournit toujours des  marchandises de qualité. Les rois catholiques, Isabelle et Ferdinand, brandissent continuellement  une épée de Damoclès sur la tête des Juifs, la conversion ou le  bannissement ! La famille de Moshé est attachée à son  pays mais ils se sont préparés à partir quand la pression sera devenue insupportable.

  Le couperet officiel vint briser  leur existence ! Le décret royal du 31 mars 1492 était  signé : «  Il donne trente jours à tous les juifs d'Espagne pour quitter la terre de leurs ancêtres. Trente jours pour tenter de vendre leurs biens, faire leurs adieux et vider les lieux. »

En lisant cet écriteau, le jeune David, fils de Samuel hurla de colère :

  • Pourquoi ce bannissement ? Nous ne sommes pas des paresseux, nous travaillons pour notre pays !
  • Reste calme  mon enfant ! dit Isaac, nous ne pouvons pas lutter, nous partirons, c’est la solution !
  • Je ne veux pas quitter notre maison ! s’écria David puis, il ajouta en trépignant : pourquoi ne pas accepter le baptême ?

Son grand-père le regarda tendrement, l’attira près de lui et parla doucement :

  • Ah  David ! tu me rappelles ton père à ton âge ! il posait les mêmes questions !
  • Alors grand-père, Dieu nous a-t-il abandonné ?

Isaac donna quelques tapes de réconfort sur l’épaule du garçon puis expliqua :

  • Il ne s’agit pas de Dieu, mais des hommes ! Les caisses royales y perdront, mais les rois catholiques pensent que les sacrifices financiers et intellectuels valent la peine d’être faits, que l’Espagne y gagnera au change divin ! 
  • Je n’y comprends plus rien ! gémit David, tu nous dis que les chrétiens ont le même Dieu que nous ! Pourquoi nous chassent-ils ? ils nous traitent comme des criminels ! Lis cet écrit grand-père :            (à suivre)
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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 14:05
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Le Grand Rideau rouge

Par Marie Andre-Fassotte

Thème : Roman psychologique

Format : Roman (134x204)

Nombre de pages : 148

Date de publication : 14 avril 2016

ISBN : 9782334107204

Disponibilité : En stock

Résumé

Sarah, espiègle et gaie, vit une existence insouciante et grandit dans une famille heureuse et unie. La dernière d'une fratrie de trois enfants, elle a une volonté sans faille. Les enfants grandissent, chacun choisit sa voie mais la vie les sépare. Régulièrement, ils se retrouvent chez les parents, dans la grande maison familiale. Toutes les occasions sont bonnes pour faire la fête ! Malheureusement, l'infatigable Sarah tombe malade. Pendant deux ans, elle mène courageusement une lutte contre l'ignoble bête qui la ronge. Jour après jour, elle se bat pour la vie jusqu'à son dernier envol pour l’ultime voyage vers l'inconnu.

Biographie de Marie Andre-Fassotte

Avec tous les humains de son époque, Marie Andre-Fassotte traverse son temps en franchissant tous les obstacles, cimes et abîmes qui se dressent sur son chemin ! Élevée dans une famille aimant la vie, dont chaque membre est protégé par une barrière de boucliers invisibles, elle a appris à surmonter tous les tourments de l'existence en plongeant dans la lecture et l'écriture pour revenir forte et sereine au milieu du monde !

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 11:59

(suite)

Samuel se leva, se planta devant Moshé et déclara :

  • Grand-père, il y a un moyen de changer de vie, il suffit d’accepter le baptême ! Extérieurement, on vit comme des chrétiens mais, chez nous, on continue à pratiquer notre religion ! C’est ce qu’a fait la famille de ton frère !
  • Oh oui ! Cette conversion a été la honte de notre père mais je ne peux le blâmer, il a fait ce qu’il y avait de mieux pour les siens ! Des rabbins disent de faire ce qu’il faut quand notre famille est en danger !

Moshé parlait calmement, sans haine  et sans violence. C’était un sage qui tentait  de préserver tant bien que mal l’existence de sa communauté. Il ajouta :

      -   C’est le marranisme ! Je sais que Grâce au baptême, ces  convertis ont pu accéder aux emplois de Cour, aux postes honorifiques, aux charges ecclésiastiques qui leur étaient autrefois interdits, de plus, ils fréquentent les universités et les ordres religieux où, comme juifs, ils n'avaient pas droit de cité !

     Le visage illuminé d’un large sourire triomphant, Samuel s’écria :

  • Grâce à ce baptême,  ils ont pénétré des couches entières de la société, la médecine, l'armée , la magistrature, le clergé ! C’est très important pour notre peuple Grand-père ! Et maintenant, ne crois-tu pas que nous sommes en danger ?

Le vieillard passa une main sur son front et dit :

  • Nous sommes persécutés depuis si longtemps ! Lors de la captivité des Judéens à Babylone, durant l’époque Perse, nous l’étions déjà ! c’était environ en 510 avant J-C, après la reconstruction du second Temple de Jérusalem ! Notre peuple a survécu grâce à tous ceux qui continuent à respecter les lois du Créateur ! 
  • Mais, on ne ferait que paraître chrétiens et on pratiquerait notre religion, chez nous, cachés derrière nos murs ! hurla Samuel, c’est ce que font les marranes !

Moshé se sentit dépourvu d’arguments. Alors qu’il posait ses mains sur ses genoux  et levait les yeux vers le ciel, son fils Isaac qui avait tout entendu, vint à son secours :

  • Votre grand-père a raison, une nouvelle alarmante se répand, l'Inquisition, déjà présente en Castille, est introduite en Aragon !
  • Pourquoi ? S’écria Samuel
  • Même s’ils préfèrent donner l'administration des territoires pris aux musulmans aux Juifs plutôt qu'aux nobles ou au clergé, plus dangereux pour leur pouvoir, les Rois catholiques veulent s’assurer que les convertis sont de bons chrétiens !

Moshé expliqua que ce n’étaient pas des situations enviables :

  • Nous savons que les Juifs appelés à ces fonctions atteignent de hautes positions de trésoriers, de collecteurs d'impôts et de ministres ce qui  les rend  impopulaires et leur sort ne dépend que de l'état de leurs relations avec le roi ! De plus, ils peuvent, à tout moment, être en conflit avec les nobles et le peuple !

Le jeune Samuel se laissa glisser le long d’un tronc et tomba assis sur le sol, le désespoir avait envahi son visage, ses grands yeux reflétaient une indicible tristesse, il susurra en regardant Isaac :

  -    Père ! Nous sommes donc condamnés à mourir, à souffrir ou à fuir ! Personne ne veut de nous, nous sommes maudits !

 -      Non mon garçon ! Nous sommes forts, s’il le faut, nous trouverons une autre Terre   d’asile !   Nous ne sommes pas arrivés jusqu’à ce jour pour disparaître !

Tandis que l’océan jetait ses vagues sur les rochers, le soleil descendait sur l’horizon et ses rayons rougeâtres embrasaient l’horizon. Moshé appela son petit-fils :

  • Samuel, viens près de moi ! Tu te poses beaucoup de questions et c’est normal ! Tu n’es pas indifférent aux conditions de vie de notre communauté et cela me réjouit ! J’ai confiance en toi, je sais que tu sauras faire ce qu’il y a de meilleurs pour les tiens ! Vas mon grand, rejoins tes cousins !
  • Merci grand-père ! murmura le garçon
  • Je te comprends Samuel, la situation des marranes est actuellement enviable ! Mais combien  de temps cela va-t-il durer ? Et l’inquisition, crois-moi, les tortures attaquent ton corps et dans des souffrances intolérables, on te fait avouer n’importe quoi ! On ne peut pas juger ces pauvres créatures qui abjurent leur foi pour échapper aux fers rougis et à d’autres engins de mort !

Le jeune garçon courut rejoindre les enfants, le repas était sur le point d’être servi. Isaac s’installa à côté de son père et se mit à parler :

  • Père, la situation s’aggrave de jour en jour ! Ne penses-tu pas qu’il serait temps de préparer notre départ ? On dit que la reine Isabelle va nous menacer de bannissement en pensant que de nombreux Juifs vont se convertir parce qu’ils sont attachés à leur patrie !
  • Je crois qu’elle se trompe ! Et je suis persuadé que la grande majorité d’entre nous choisira l’exil ! D’autre part, si nous partons, le pays perdra une grande partie de ses revenus sans compter tous les intellectuels qui brillent par leur savoir et leur enseignement ! Cela va peser sur la balance ! Cependant, j’approuve ton initiative, nous devons préparer notre exil ! Mais où ?
  • Les Pays-bas, le port d’Amsterdam ! répondit Isaac, sans hésitation

 

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 16:37

                   Moshé

 

« Tous les exilés de Jérusalem en Espagne quittèrent cette contrée maudite le cinquième mois de l'année 5252, c'est-à-dire en 1492, et de là se dispersèrent aux quatre coins de la terre. »

 

"Les juifs s'en allèrent où le vent les poussa, en Afrique en Asie, en Grèce et en Turquie. D'accablantes souffrances et des douleurs aiguës les assaillirent, les marins génois les maltraitèrent. Des créatures infortunées mouraient de désespoir pendant leur route : les musulmans en éventrèrent pour extraire de leurs entrailles l'or qu'elles avaient avalé pour le cacher. Il y en eut qui furent consumées par la peste et par la faim. D'autres furent débarquées nues par le capitaine du vaisseau dans des îles désertes. D'autres encore vendues comme esclaves dans le port de Gènes et les villes soumises à son obéissance…….

Mon Dieu, nous ne t'avons pas oublié, ni trahi ton alliance. Mais à présent, hâte-toi de nous secourir, car c'est pour toi qu'on nous égorge tous les jours et qu'on nous considère comme des brebis destinées à la boucherie. Accours à notre aide, Dieu de notre salut, soutiens notre cause et sauve-nous pour l'amour de ton nom !.........

 

 

                                                                                   La Vallée des Pleurs (1560)

                                                                                           Joseph Ha-Cohen, 

 

« Les enfants, remerciez Dieu ! Chaque jour qu’il nous donne est précieux ! Ne gaspillons pas notre bonheur ! La paix est un bien précieux ! »  C’est Moshé qui parle ainsi à ses petits-enfants, assis sous un olivier,  il leur enseigne la sagesse.

  • Oui, grand-père ! dit Samuel, un jeune garçon d’une dizaine d’années, la Bible est notre Livre Saint mais, il ne nous dit pas d’où nous venons ! Je veux savoir, raconte-nous l’histoire de notre famille ?

Le vieux Moshé se gratta la tête, ferma les yeux et se mit à parler :

  • Notre peuple vivait en orient, nos ancêtres étaient installés en Judée. La vie y devint difficile. Ils fuirent les persécutions, quittèrent leur pays et se dispersèrent à travers le monde. Après des mois de pérégrination, nos aïeuls  atteignirent la péninsule ibérique. Là, ils durent s’adapter à de nouvelles coutumes tout en conservant nos traditions. Ils formèrent une communauté soumise aux cultures arabe et latine !
  • C’est dangereux d’être Juif ! gémit Samuel en se recroquevillant sur lui-même.

Moshé se redressa vivement et d’une voix forte déclara :

  • Les enfants, vous ne devez jamais baisser la tête ! Notre peuple, le peuple Juif est instruit, il  pratique l'astronomie, la médecine, la logique et les mathématiques depuis la nuit des temps parce que ces disciplines sont les fondements de la connaissance divine !  l'étude de la nature, permet de connaître l'œuvre du Créateur, c’est le chemin idéal pour mieux comprendre et se rapprocher de Dieu !
  • Si nous sommes des érudits, pourquoi devons-nous porter des vêtements distinctifs avec une rouelle ? Pourquoi être interdits d’universités et vivre dans des quartiers réservés aux Juifs ? s'écria samuel
  • Le vieil homme  hocha la tête et murmura :

  • Mon enfant, que le Tout Puissant te donne la sagesse ! Nous devons nous mouler dans le monde où nous vivons ! Es-tu mendiant et affamé ?
  • Oh non grand-père ! s’exclama le garçon, il y a beaucoup de travail, le commerce de denrées alimentaires de mon père est très prospère !
  • Alors, pourquoi cette agressivité  mon petit ? Notre peuple a connu des époques plus sombres au moment des campagnes de conversion forcée et les baptêmes sanglants de 1391 !   (à suivre)
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